Hiver démographique au Japon

Matsue

Soleil couchant au lac Shinji près de Matsue (photographie de l’auteur)

Il y aura bientôt un demi-siècle, en écrivant Tristes Tropiques, j’exprimais mon anxiété devant les deux périls qui menacent l’humanité : l’oubli de ses racines et son écrasement sous son propre nombre.

Claude Lévi-Strauss, préface à la dernière édition japonaise de Tristes Tropiques (2001)

Une des manières d’aborder l’épineuse question démographique – notamment celle de sa décroissance, si l’on souhaite préserver les capacités et les diversités qu’offre la planète aux humains et autres vivants – consiste à examiner un cas concret pouvant préfigurer notre avenir mondial. Depuis quelques années, des analyses souvent alarmistes concernant le Pays du Soleil Levant se multiplient. Elles concernent tantôt la décroissance démographique et le vieillissement de la population qui lui est associé, tantôt l’ensauvagement de grandes parties du monde rural qui en est une des conséquences frappantes.

Près de cinquante pour-cent des communes sont classées en « surdépeuplement », une phase de déclin démographique sévère, avec menace de disparition de la présence humaine. Si ces communes rurales couvrent soixante pour-cent du territoire, elles ne représentent plus que neuf pour-cent de la population. Le Japon est aujourd’hui un pays dont l’essentiel des habitants est concentré dans les villes bordant la mer. Le reste du territoire est principalement couvert par la « montagne-forêt », les vallées en lisière et les plaines où se nichent les villages. Ce sont eux qui se dépeuplent. Certains sont qualifiés de « villages-critiques » lorsque la moitié de la population dépasse les soixante-cinq ans, puis deviennent des « villages fantômes ». Entre les deux, la forêt gagne les rizières abandonnées ; les ours, les macaques, les cervidés et les sangliers pillent les potagers et attaquent les villageois âgés. L’archipel nippon est devenu un « laboratoire du vieillissement », selon des démographes. Comment comprendre le refus des Japonais de compenser leur démographie déclinante par l’immigration ? Le Japon préfigure-t-il l’avenir de l’humanité et l’hiver démographique sera-t-il un printemps écologique ?

Dépeuplement et ensauvagement

Les évolutions démographiques japonaises contemporaines sont la résultante de trois facteurs quantitatifs associés : un taux de fécondité très bas, une espérance de vie élevée et une très faible immigration. C’est à partir de 2005 que la population de l’Archipel a commencé de décroître et les projections annoncent une diminution très importante au XXIe siècle. Avec les conséquences connues : chute de la population active, augmentation continue de la proportion de personnes retraitées et perte d’influence géopolitique.

Les causes spécifiquement japonaises de la faible natalité sont diverses (lutte contre le « surpeuplement » essentiellement urbain, politique antinataliste des autorités politiques après 1945 – y compris des formes d’eugénisme –, facteurs culturels), mais le phénomène général se retrouve dans d’autres pays développés, notamment en Europe. Le seuil de remplacement des générations a été atteint dans l’Archipel dès 1974. Le Japon entre alors dans un « hiver démographique » (expression du démographe G.-F. Dumont) : une fécondité durablement en dessous du seuil de remplacement des générations et un vieillissement de la population (l’augmentation de l’espérance de vie étant par ailleurs favorisée par les progrès médicaux et des soins). Des facteurs socioculturels, semblables à ceux d’autres pays industrialisés mais aussi spécifiques au Japon, prennent le relais des politiques antinatalistes, notamment la diminution des mariages, surtout de la part des femmes qui travaillent et refusent la domination masculine liée au couple japonais. Il y a peu d’enfants hors mariage, la crise de la nuptialité entraîne dès lors une crise de la natalité. De plus, une femme qui attend un enfant risque de perdre son travail. De nouvelles politiques, natalistes cette fois (« Angel plan » et « New Angel Plan » de 1995 à 2005 et « Next Generation Law » de 2005 à 2015), n’ont produit que peu d’effets à ce jour.

Les projections démographiques envisagent une population de 88 millions d’habitants en 2065, au lieu des 128 millions actuellement, ce qui représente une diminution de 31 % (chiffres de L’Institut pour la population et la sécurité sociale, cités par Mesmer, 2018). La chute de la population active est impressionnante. Étant donné la difficulté d’augmenter le taux d’emploi dans un pays où le chômage est faible, la seule possibilité de maintenir la production est soit d’augmenter la productivité, soit de favoriser l’immigration (ou un mixte des deux). On peut également envisager de réduire la production, avec ses conséquences géopolitiques – notamment par rapport à l’encombrant voisin chinois.

Kagoshima

Ville de Kagoshima (photographie de l’auteur)

Les caractéristiques du territoire japonais expliquent par ailleurs la forte spatialisation de cette évolution démographique. La première est l’extrême concentration de la population le long des côtes, principalement dans la mégalopole Sendai-Kumamoto – incluant la mégapole Tokyo et la conurbation Osaka-Kyoto-Kobe –, ainsi que dans des villes plus petites ; la seconde est le caractère montagneux et forestier de l’Archipel, qui ne permet que la culture de petites parcelles en vallée ou plus grandes en plaine. Tout comme l’eau ruisselle des montagnes vers la mer, les jeunes ruraux sont attirés par les centres urbains où se trouvent les opportunités d’emploi ou de rencontres, notamment matrimoniales, et davantage de liberté par rapport aux coutumes villageoises. Des éléments climatiques, comme les précipitations intenses (de pluie ou de neige) et les typhons, incitent par ailleurs à maintenir un couvert forestier important pour éviter l’érosion et les glissements de terrain. Enfin, la forêt est traditionnellement un espace sacré où sont supposés demeurer les kamis, les esprits de la nature, qui viennent périodiquement fertiliser les cultures. Une grande partie du territoire est dès lors impropre à l’agriculture et à d’autres activités humaines, sauf certaines zones de tourisme.

Porte à la fois ouverte et fermée

Un autre aspect de la civilisation japonaise, et ceci depuis des millénaires, est la dialectique ouverture/fermeture qui régit ses relations avec le reste du monde – surtout la Chine et l’Occident – favorisée par son caractère insulaire (un trait que l’on retrouve en Grande-Bretagne, à laquelle on a souvent comparé le Japon). Si l’Archipel s’est ouvert dans différents périodes de son histoire aux influences étrangères (chinoises, puis occidentales) auxquelles il a énormément emprunté (riziculture, écriture, architecture, religion, science et techniques, musique, cuisine, etc.), il a toujours été très sourcilleux de son indépendance et de sa spécificité civilisationnelle.

Pour ne prendre qu’un exemple bien connu, le pays s’est fermé (sakoku) pendant les deux siècles et demi qu’a duré la période Edo, entre 1603 et 1868, afin d’éviter une colonisation et une christianisation par les Portugais et les Espagnols, comme aux Philippines, mais aussi pour des raisons commerciales et politiques internes (lutte entre le Shogun, vivant à Edo dans l’Est du Japon, et les puissants clans maritimes de l’Ouest). Il était interdit aux Japonais de quitter l’Archipel sous peine de mort.

Cela n’a pas empêché le Pays du Soleil levant de se développer pendant cette période de manière endogène, mais également de maintenir sa curiosité envers le monde extérieur par le truchement de contacts avec les commerçants Hollandais dans le port de Nagasaki. Les « études hollandaises » (rangaku – o-ran-da signifie Hollande) permettait de se tenir au courant des avancées scientifiques occidentales. Cette stratégie d’ouverture/fermeture est ce qui a permis aux Japonais, non seulement de pas être soumis comme la Chine, mais d’acquérir très rapidement les techniques occidentales, au point de battre la flotte russe à la bataille de Tsushima en 1905. Et bien davantage qu’à la seule technoscience, le Japon s’est également ouvert aux idées politiques et philosophiques occidentales, comme l’a richement documenté Pierre-François Souyri dans un passionnant ouvrage, Moderne sans être occidental Aux origines du Japon d’aujourd’hui[1].

Montagne forêt

Montagne-forêt près de Nara (photographie de l’auteur)

Cette dynamique à double battant, à la fois xénophile et xénophobe[2], s’est poursuivie après l’occupation américaine. Elle déboucha sur la Haute Croissance[3] qui fit du Japon un géant économique (deuxième puissance mondiale à partir de 1968, troisième aujourd’hui). Cela tout en préservant les acquis démocratiques qui avaient été développés à la fin du XIXe siècle et, ensuite, après le régime militaire totalitaire et la Seconde guerre mondiale. Mais, en même temps, le pays demeura très réticent à l’immigration et même à l’établissement temporaire de professionnels gaijin (étrangers) sur son territoire. Selon les dernières données (2017), le nombre de travailleurs étrangers établis au Japon était de 1,28 million sur une population de 128 millions d’habitants, soit 1 %. Cela avec un taux de chômage de 2,3 % dans une situation où l’on compte 164 offres d’emploi pour 100 demandes (septembre 2017). La plupart des étrangers sont des Asiatiques proches (Coréens, Chinois et Philippins) ou des descendants d’anciens émigrés japonais installés en Amérique latine (les Nikkeijin). Bien que signataire de la Convention de Genève, le Japon n’accorde que peu de statuts de réfugié aux demandeurs d’asile. Enfin, la récente affaire Carlos Ghosn montre, au-delà des faits qui lui sont reprochés, combien les Nippons acceptent difficilement qu’une de leurs entreprises (Nissan) soit dirigée par un « samouraï étranger ».

« Bonheur dedans, démons dehors »

Ce que certains appellent la xénophobie japonaise se résume bien dans ce dicton significatif qui touche de nombreux aspects de la vie quotidienne, ceci entre Japonais et pas seulement à l’égard des gaijin. L’expression est dérivée d’une fête qui célèbre l’arrivée du printemps selon l’ancien calendrier lunaire. Nommée Setsubun, on l’appelle aussi « Fête du lancer de haricots » car on y projette les fèves en criant « Dehors les démons, dedans le bonheur ! ». Promenez-vous au Japon, vous verrez qu’il est la plupart du temps impossible de voir à l’intérieur des maisons ou dans les jardins, qui sont systématiquement occultés, qu’il faut enlever ses souliers et monter quelques marches pour pénétrer dans l’espace protégé de la demeure ou de l’auberge. Il est par ailleurs extrêmement difficile de se faire inviter au domicile privé des Japonais.

Un autre indice est le masque sanitaire porté par de nombreux citadins quand ils sont à l’extérieur de leur maison. Bien que d’usage relativement récent, il ne vise pas seulement à se protéger (ou à protéger les autres) de la pollution ou des microbes dans les mégapoles, mais aussi à masquer ses émotions et son « dedans ». Si l’usage n’était que sanitaire, on le verrait aussi se répandre dans d’autres sphères culturelles[4]. D’autres usages du même ordre, comme les bains chauds quotidiens et la propreté minutieuse des maisons ou de l’espace public, constituent des indices d’un trait essentiel de la culture japonaise : le souci de pureté, dont la xénophobie dans sa modalité nipponne n’est qu’une des manifestations[5].

Ecoliers japonais

Ecoliers japonais à Kyoto (photographie de l’auteur)

Farouchement attachés à leur identité et à leur mode de vie, les Japonais sont ainsi souvent interloqués quand ils rencontrent des émigrés japonais (les Nikkeijin) visitant leur ancienne patrie et ne parlant plus un mot de leur langue ancestrale. Ceux qui reviennent s’installer au pays éprouvent d’ailleurs de fortes difficultés d’intégration (Hammouche, Le Bail et Mori, 2013). Inversement, un étranger parlant parfaitement la langue japonaise ne sera pas nécessairement apprécié, car il sera suspecté d’usurpation d’identité. Le phénomène trouve évidemment sa source commune dans un attachement à une autochtonie culturelle et physique[6]. Les Nippons sont habités d’une immense curiosité pour le monde extérieur, ce dont témoigne toute leur histoire, mais ils veulent rester entre eux. D’où, notamment, leur forte réticence face à l’immigration.

Toujours est-il que l’Archipel fait face à une décroissance rapide de sa population, qui n’est à ce jour pas compensée par un flux de population étrangère. Si l’on s’abstrait d’un jugement moral ou politique sur leur refus de l’immigration de peuplement (un aspect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?), on peut prendre leur situation comme un avant-goût de ce qui attend l’humanité, le plafonnement ou la décroissance étant inévitable pour des raisons de soutenabilité et de biodiversité. Les possibilités de colonisation d’autres planètes étant par ailleurs minces et la terre n’étant pas prête à recevoir des migrants extra-terrestres, il faudra bien faire face au « syndrome japonais » dans un avenir plus ou moins proche. Nous examinons ici deux de ses conséquences : vieillissement et ensauvagement.

« Loi des nombres et loi de langueur »

La décroissance démographique – avec le vieillissement induit de la population, qui connaît déjà une espérance de vie très élevée au Japon – passe inévitablement par un goulet d’étranglement générationnel et économique avant que les classes d’âge ne retrouvent un certain équilibre (la hausse de l’espérance de vie ayant ses limites, hors développements de type transhumaniste). De manière quasi unanime, cette évolution de la composition du peuplement est perçue négativement, tel un « inquiétant déclin »[7]. Les deux raisons souvent évoquées concernent, d’un côté, l’influence géopolitique associée au poids démographique (nombre), et, de l’autre, la perte de vitalité humaine (langueur) liée au vieillissement. Les vieux sont moins créatifs et les jeunes ploient sous la charge des retraites et des soins prodigués aux aînés (le coût de la dépendance), qui sont par ailleurs de moins en moins pris en charge par la famille (certaines personnes âgées vont même volontairement en prison pour trouver un logement).

On peut remarquer que ces arguments rejoignent la logique productiviste d’une « croissance sans fin », dont nous savons maintenant qu’elle n’est pas soutenable dans sa dimension quantitative. Notons cependant que la question géopolitique est ce qui distingue notre exemple japonais de la problématique à l’échelle planétaire : si la terre est « seule au monde » pour le moment, le Japon ne l’est pas. Il y a concurrence avec les voisins et il est peut être risqué de « faire la décroissance dans un seul pays ».

Mais là où le Japon peut également nous instruire, c’est dans la prise en compte du contexte socioculturel du vieillissement. Comme tous les indicateurs le montrent, la stagnation ou la décroissance démographique est – sauf situation de guerre, d’épidémie ou de famine – le propre des pays entrés dans la modernité technoscientifique et culturelle. Et une des caractéristiques de cette modernité est l‘individualisation de l’existence (y compris au Japon) qui induit notamment un relâchement des liens familiaux et de voisinage dans la prise en charge des aînés. Il en résulte une plus grande solitude des personnes âgées et la nécessité de construire des structures d’hébergement et de soins collectifs, surtout des maisons de retraite, pour les personnes dépendantes (le cinéma japonais témoigne de ces questions). À l’inverse, la prise en charge traditionnelle assurée par les enfants et la communauté locale, dans un contexte de plus importante mortalité infantile, est ce qui soutient une forte natalité dans les pays à la structuration sociale plus traditionnelle. Incorporation collective dans un groupe hiérarchisé et liberté individuelle ne sont pas très compatibles.

Au Japon, les tensions sur le marché du travail concernent, comme ailleurs, des métiers dont les nationaux ne sont pas très friands (pénibles et/ou mal payés). On les désigne parfois (Dumont, 2017) par les « trois K » : Kiken (dangereux), Kitanaï (sale) et Kitsaï (exigeant). Et parmi ces métiers, ceux qui concernent l’accompagnement et les soins aux personnes âgées. D’où la nécessité de recourir à des travailleurs étrangers, surtout venant des Philippines, et ceci dans des conditions plus attirantes et plus respectueuses des droits que dans les pays du Golfe. Le pays se retrouve donc face à son dilemme migratoire, qu’il gère à sa manière. Le premier ministre actuel, Shinzo Abe, déclarait ainsi en septembre 2016 que le déclin démographique « n’est pas un mal, mais un bien » et qu’il fallait « compter sur la robotique, l’intelligence artificielle ou les technologies sans contact pour renforcer la productivité d’une population déclinante » (Mesmer, 2018). Mais il déclarait lors de ses vœux de janvier 2018 que le pays était face à « une crise nationale », tout en refusant de recourir à l’immigration[8]. Précisons que les Japonais, dont la cosmologie est encore fortement imprégnée d’animisme, éprouvent moins de réticences que les Occidentaux face aux robots et autres artefacts, y compris dans les maisons de retraite et autres lieux de soins.

Les sangliers attaquent

La situation japonaise de déclin démographique accéléré, avec ses divers enjeux (sociétaux, économiques, migratoires, géopolitiques, territoriaux, technologiques), comporte un volet écologique qui nous semble également instructif : « l’ensauvagement du Japon » (Scoccimarro, 2018). Comme nous l’avons souligné en introduction, les communes rurales représentent 60 % du territoire, dont une grande partie est bordée de montagnes couvertes de forêts. Elles étaient autrefois très peuplées, malgré les difficultés du terrain, mais les effets conjugués du déclin démographique et de l’exode rural les transforment lentement en désert humain.

Village japonais

Village japonais, région d’Asuka (photographie de l’auteur)

Remy Scoccimarro indique que près de huit mille villages sont devenus des « villages seuil » (genkai shuraku, un terme du sociologue Akia Hono) dans lesquels la moitié des habitants dépasse 65 ans. Différentes caractéristiques de l’agriculture dans ces zones rurales, notamment le caractère collectif de la riziculture inondée et de l’entretien des maisons construites en matériaux périssables, expliquent, qu’après le départ des jeunes, le village retourne littéralement à la nature. Le climat humide et la présence proche de la forêt favorisent la rapidité avec laquelle cette dernière envahit rizières et maisons abandonnées, accompagnée par les animaux sauvages de la montagne-forêt (ours, sangliers, cervidés, singes) – ceci jusque dans les banlieues de Tokyo, Kyoto ou Kobé – pour se nourrir de poubelles. Les paysans restant dans les villages sont obligés de protéger leurs champs en les entourant de grilles, constituant une nouvelle « agriculture sous cage ». Mais, d’un autre côté, c’est le caractère en partie artificiel de la forêt, résultant de plantations de résineux pauvres en biodiversité et nutriments, qui pousse les animaux à rôder dans les villages et les plantations en quête de nourriture. En tout état de cause, il apparaît logique qu’une désertification humaine des zones rurales trouve son pendant dans un accroissement des espaces livrés aux autres espèces vivantes. L’hiver démographique au pays du protocole de Kyoto augure-t-il – à très long terme – d’un printemps écologique mondial ?

Bernard De Backer, février 2019

Mise à jour du 19 septembre 2019. Un très beau texte, « Fragment. d’un parcours japonais », du sociologue et juriste Pierre Lascournes publié dans la revue Cimaises en 1978. Merci à Aude Merlin pour cette référence.

Mise à jour du 24 avril 2019. Dans les campagnes japonaises, désertées par les départs des jeunes vers les villes et le vieillissement de ceux qui restent, des habitants remplacent les populations perdues par des poupées. Nous avions assisté à un phénomène similaire dans le village de Sabile en Lettonie, sans savoir si la motivation était identique.

Mise à jour du 16 févier 2019. Le Monde du lundi 18 février fait sa une sur L’explosion démographique, un défi pour la planète. Même si, selon des démographes, « la bombe P n’a pas explosée », la stabilisation démographique et le vieillissement de la population sont inéluctables. Les questions posées par la situation japonaise sont donc aussi celles que devra affronter l’humanité dans sa globalité. En attendant, ce sont les variations démographiques régionales et continentales qui sont à l’agenda géopolitique.

Voir aussi cet excellent article de Stéphane Madaule dans le même numéro « La démographie est bien le chaînon manquant du développement durable ».

Le Japon sur Routes et déroutes

Notes

[1] Publié chez Gallimard dans la « Bibliothèque des histoires », en 2016.

[2] Comme l’écrit Souyri (2016, p. 445), « L’essayiste Kato Shuichi dès les années 1950 ou plus récemment Nishikawa, ont ainsi remarqué qu’il existait comme une alternance cyclique dans l’histoire du Japon moderne entre des moments d’occidentalisation, voire de xénophilie occidentaliste fondée sur une ouverture au monde et une volonté de modernisation, et des moments de retour aux sources, caractérisés par une relative xénophobie, parfois de repli sur soi. »

[3] Une croissance qui fut dévastatrice en termes environnementaux et engendra des catastrophes écologiques comme celle de Minamata (pollution au mercure) en 1950, qui fit 15.000 victimes reconnues. Sur ce sujet et le mouvement habitant, voir « Réappropriation du milieu » dans Augustin Berque (1986, pp. 239 et suivantes).

[4] Une Japonaise de Tokyo, que nous avons rencontrée en Haute Provence, portait ce masque sur les chemins de montagne, à mille lieues de la pollution.

[5] Selon le géographe et spécialiste du Japon Augustin Berque : « Dans la maison japonaise, l’exhaussement du plancher – exhaussement d’une hauteur variable, réduit par exemple à une dizaine de centimètres dans les collectifs modernes, mais toujours présent – joint à l’obligation de se déchausser et à la coutume de prendre un bain chaud au retour du travail, définit l’intérieur de l’extérieur sous le signe évident de la pureté. De fait, la culture japonaise semble bien associer le thème de l’habiter à celui de la pureté. » (Berque, 1986, p.214).

[6] Le phénomène n’est pas propre au Japon. Nous avons connu un homme passionné de danses folkloriques, qu’il pratiquait avec une très grande maîtrise. Il fit un jour une démonstration devant un groupe de danseurs slovaques. Ces derniers furent meurtris de voir qu’un étranger pratiquait aussi bien leurs danses qu’eux, tout en ne partageant pas leur ethnos. Ce qui leur semblait « naturel » n’était qu’un artefact.

[7] Voir Philippe Mesmer, « La population du Japon poursuit son inquiétant déclin », Le Monde, 9 janvier 2018

[8] On pourrait aussi se demander si d’importants flux migratoires en provenance de pays à forte natalité vers des pays à faible natalité ne constituent pas des « vases d’expansion » démographiques. Ils ralentiraient d’autant la nécessaire décroissance dans le pays d’accueil (voire dans certains pays de provenance) et, dès lors, à l’échelle planétaire. Un vaste sujet impliquant de multiples variables (culturelles, politiques, économiques, éthiques) que nous ne pouvons traiter sérieusement dans le cadre de cet article.

Sources

4 réflexions sur “Hiver démographique au Japon

  1. Long, dense mais instructif et excellent. Je ne sais pas où tu trouves le temps – ou le courage – de t’appuyer toutes ces lectures préalables, Bernard, mais à l’évidence tu y trouves un plaisir intellectuel intense et tu as le souci d’en faire bénéficier les autres à travers ce blog. Continue, peut-être en alternant articles de fond aussi longs et billets courts. J’ai moi-même noté naguère sur mon blog que les seconds avaient davantage la faveur du lecteur moderne. Rapidité des flux et décroissance de la capacité de concentration expliquent cela et obligent… JD

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  2. Merci Jacky. C’est exactement ce que je compte faire (et qui est déjà fait avec certains récits). Mais je ne veux pas me dissoudre dans la « société liquide » et la tyrannie des flux. Ce site, qui n’est pas un blog au sens habituel du terme, n’a pas d’autre ambition que d’élaborer ma compréhension du monde en la partageant avec celles et ceux que cela intéresse. BDB

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  3. Bonjour Monsieur de Backer, Merci à Jacques Pain de m’avoir fait découvrir votre site. Je viens de lire votre texte sur l’hiver démographique du Japon. Très intéressant. J’ai beaucoup appris. J’aime bien l’idée simple, la réalité, de l’ensauvagement quand les hommes ne sont plus là, que je prolonge en pensant à la disparition d’espèces, par exemple des insectes dans les zones où se mènent les mono cultures, sur-exploitation humaine, et en même temps ré-apparition du loup en France,ensauvagement. Il y a là un vaste champ de réflexions possible.
    Je me réjouis des lectures à venir.
    A bientôt par vos textes. PhJ

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  4. Bonjour. A vrai dire, j’ai pris l’exemple du Japon (pays où j’ai voyagé en solo et qui m’a très profondément marqué) comme paradigme de ce qui pourrait arriver à la planète entière. Le déclin démographique de l’humanité me semble inévitable à moyen ou long terme (cela dépend des continents et des pays), ainsi que le vieillissement consécutif, avec tous les enjeux associés. (notamment économiques, migratoires, sociaux, culturels, médicaux, « transhumanistes », etc.).

    C’est un défi énorme que nous ne verrons pas de notre vivant – mais dont il faut déjà prendre la mesure, me semble-t-il. C’était le modeste objet de ce texte.

    L’ensauvagement en est une des conséquences possible.

    BDB

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