Nomadland : entre Steinbeck, Kerouac et Malick

Couverture originale du livre de Jessica Bruder (source Wikipedia)

Nowhere alors n’est plus l’absence de lieu,
mais le lieu américain par excellence. »

Pierre-Yves Petillon, La grand-route. Espace et écriture en Amérique

Sous le choc d’un film remuant et paradoxalement pacifiant, je ne ferai pas ici de critique cinématographique, mais bien une brève plongée dans l’histoire de l’imaginaire américain dont cette œuvre est une prolongation visuelle. La cinéaste est chinoise, née à Pékin, mais son film – inspiré par le reportage en immersion de Jessica Bruder – est imprégné du thème de l’espace et de la grand-route, pour reprendre le titre du livre de Pierre-Yves Petillon, La grand-route. Espace et écriture en Amérique. Au-delà d’une incursion dans l’univers des travailleurs nomades âgés, vivant en vans et en caravanes, frappés par la crise de 2008, la chute des fonds de pension, astreints aux petits boulots et réfugiés dans des sortes de nowhere – déserts, campings ou parkings – le film nous entraîne au cœur d’un imaginaire qui nous est à la fois étranger et familier. Nomadland est une œuvre avec un foyer secret et c’est sans doute pour cela qu’elle nous remue, qu’elle nous touche au plus vif. Elle nous enseigne aussi, comme disait Orwell, la common decency de ces hobos sexagénaires, frappés par le déclassement et la précarité.

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Bouddha dans tous ses véhicules

Bouddha Nara

Statue de Bodhisattva à Nara au Japon (photographie de l’auteur)

À bonne distance des reportages convenus et des fictions éthérées, un film récent et bien documenté montre les multiples visages du bouddhisme en Belgique. Son auteur, cinéaste bilingue et bouddhiste zen, nous entraîne dans un montage astucieusement élaboré. Associant fondamentaux de la Bonne Loi, témoignages de pratiquants et portraits croisés de groupes, Konrad Maquestiau donne à voir de quelle manière l’enseignement du Bienheureux s’incarne de manière diverse dans la vie d’individus et de communautés. Ce faisant, il nous en apprend peut-être bien plus qu’il n’en a l’air.

Bernard De Backer, 2009

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Passage du Nord-Ouest

Passage du Nord Ouest
Carte du nord de l’Amérique (source Wikipedia)

Mais telle est la nature de ce lendemain-là que la simple marche
du temps ne parvient jamais à faire poindre. La lumière qui
aveugle nos yeux n’est que ténèbres pour nous. Seul ce jour-là
point, celui dont nous avons conscience.

Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois

Tout le monde a pris place, la lumière s’est évanouie et les murmures se sont étouffés. Le regard découvre un ciel parsemé de nuages reflété dans le miroir tremblant d’un ruisseau, une orante aux bras tendus vers le soleil. Puis il se laisse guider le long de cartes anciennes. Une écriture en belle ronde survole le planisphère, des eaux-fortes qui semblent projetées par une lanterne magique se succèdent dans le champ de vision : Indiens courtauds, plantes ombelliformes, petits papillons posés comme des mouches sur le paysage de papier, rivages dentelés, roses des vents aux innombrables aiguilles. Au large, quelques caravelles se cabrent sur l’océan bleu sombre. Cris d’oiseaux et bourdonnements d’insectes se mêlent au flot musical.

Bernard De Backer, 2007

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Complément du 25 juillet 2021. Les « danses siciliennes  » de Respighi, proposées par le blog Un Sogno italiano. Elles accompagnent The Tree of Life de Mallick.

Complément du 13 juin 2021. Les voix intérieures de Terrence Malick, RTBF, 2 juin 2021. Il y est également question des transcendantalistes américains, surtout Emerson.

Complément du 4 février 2019. Une analyse fouillée de l’oeuvre de Malick et du Nouveau Monde, avec des références aux transcendantalisme américain, notamment Henry David Thoreau : Laurent Guido, « De l’Or du Rhin au Nouveau Monde : Terrence Malick et les rythmes du romantisme pastoral américain », Décadrages [En ligne], 11 | 2007, mis en ligne le 01 octobre 2008, consulté le 04 février 2019.
URL : http://journals.openedition.org/decadrages/400 ; DOI : 10.4000/decadrages.400

Nicolas Bouvier, 22 Hospital street

Chambre de Bouvier fev 2008

Chambre de Nicolas Bouvier à Galle (photographie de Marianne Lootvoet)

Il faut bien trouver un nom pour les coups bas et trahisons que la vie nous réserve […] Par moments, c’est à se demander si ce n’est pas expressément pour cela que nous sommes ici.
Nicolas Bouvier, Le Poisson-Scorpion

Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. C’est une règle vieille comme le monde. Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n’a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer. Le reste, c’est du patinage ou du tourisme.

Nicolas Bouvier, Le vide et le plein

Après deux années de voyage continental au début des années cinquante, de Genève au sud de l’Inde, l’écrivain suisse franchit une dernière douane qui lui ouvre les portes d’une ile ensorcelée : Ceylan. Il y rejoint son compagnon de voyage qui l’a quitté à Kaboul, le peintre Thierry Vernet et sa femme, Floristella. Ceux-ci retournent au pays et le laissent seul dans la petite ville côtière de Galle. Bouvier y sombrera dans une zone de silence, peuplée d’insectes et de magie noire, brisé par une lettre qu’il attendait depuis six mois. Elle était Scorpion, lui Poisson ; il n’y aura jamais de trait d’union. Le récit de cette déréliction sera un livre « surécrit », d’une prose splendide et malicieuse : Le Poisson-Scorpion.

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