Le Naufrage des Cadets

Monument situé Place Jean Jacobs à Bruxelles, commémorant le naufrage du navire-école belge, le Comte de Smet de Naeyer, qui périt le 19 avril 1906 dans le golfe de Gascogne. 
Il est dédié « Aux victimes du premier navire-école belge ».
Sculpture de Charles Samuel

Récits d’un siècle

Aux Cadets

« Car notre vie ne commence pas avec nous et ne se termine pas avec nous. Elle ne fait que changer d’enveloppe physique temporaire, comme l’eau qui passe dans les tuyaux – et nous ne savons pas, en regardant devant nous, à qui appartiennent ces yeux par lesquels nous voyons, ni qui se tient alors à nos côtés »

Julius Margolin, Le livre du retour

La ville semblait solitaire, abandonnée dans une encoignure aux confins du Belarus et des pays Baltes. Bordant le coude d’un fleuve s’écoulant mollement vers Riga et la mer Baltique, c’était un amas d’immeubles soviétiques et de bâtiments modernes délavés, assoupis sous une forteresse réduite à des blocs de parpaings, sertis de barbelés. Une route étroite, traversant la province de Latgale de son ruban de cahots, avait conduit les voyageurs des petites villes estoniennes, blanches et propres, à cet amoncellement improbable. Après avoir franchi une arche de béton enjambant la Daugava, un fleuve prenant sa source en Russie dans les collines de Valdaï, ils avaient erré le long de sa rive sud, face à la cité endormie. Prisons, asiles et orphelinats étaient aujourd’hui la principale activité de Daugavpils – traduction lettonne de Dünaburg, forteresse de l’Ordre de Livonie érigée sous l’autorité du baron balte Ernst von Razeburg. La majorité des habitants était composée de Russes ou d’Ukrainiens, échoués de l’autre côté de la frontière entre Lettonie et Belarus, après le reflux soviétique. Si les eaux du fleuve reliaient les ruines de la forteresse et ses pénitenciers à Riga, ses délices urbains et ses plages bordées de palais pour riches Moscovites, aucun oligarque n’aurait songé à visiter ses frères dans un lieu aussi déshérité.

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Régler son compte à Sandormokh

Vue du cimetière mémoriel de Sandormokh en Carélie (source Wikipédia russe)

« Bien avant la parution de l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne, le nom des Solovki est connu bien au-delà des frontières de l’URSS. Durant le « Dégel » khrouchtchévien, l’image des Solovki s’affirme comme celle de « l’archipel de la Mort » dont on ne revient pas. »

Irina Flige, Sandormokh

« Les condamnés à la mesure suprême de défense sociale étaient amenés en camion sur le lieu d’exécution, dans une forêt, où de grandes fosses avaient été préalablement creusées. On ordonnait aux condamnés de s’allonger dans la fosse, face contre terre, après quoi, on tirait au revolver à bout portant. »

Déposition du capitaine Mikhaïl Matveiev, 13 mars 1939

Sandormokh est un hameau abandonné en Carélie russe, au nord-est de la Finlande. Il est proche de la ville de Medvejegorsk, le long du canal Baltique-mer Blanche, creusé entre 1931 et 1933 sur ordre de Staline. C’est un lieu à proximité des origines du Goulag, les camps des îles Solovki dans la mer Blanche, et ceux du canal vers la Baltique (Beltbaltlag) où travaillèrent des milliers de zek (prisonniers du Goulag) dans des conditions proches de l’esclavage. Mais c’est également le titre d’un livre admirable, écrit par la géographe Irina Flige, militante russe de Memorial, traduit par Nicolas Werth et publié en 2021 aux éditions Les Belles lettres. Car Sandormokh est le nom donné à un charnier de centaines de fosses communes, découvert par Iouri Dimitriev, Irina Flige et Veniamine Ioffé, en 1997 dans la forêt du hameau. Un livre précis retraçant un dévoilement documenté, effarant, mais également un livre noir, non seulement par ce qu’il révèle, mais également par le sort réservé aujourd’hui à ce lieu de mémoire et à l’un de ses co-découvreurs, Iouri Dimitriev. Ce dernier a été condamné en septembre 2020 à treize ans de réclusion dans une colonie pénitentiaire à régime sévère par la justice de Poutine, ce qui, écrit Werth, vaut « arrêt de mort » pour cet homme de soixante-cinq ans à la santé dégradée. L’archipel de la mort des Solovki continue de tuer. Et l’association Memorial elle-même, fondée par Sakharov en 1989, est menacée de liquidation à la demande du Parquet général de la Fédération de Russie.

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Le mystère Oulianine

La famille Oulianov 1879

La famille Oulianov à Simbirsk en 1879 (source Wikipedia)

C’était une de ces créatures russes idéales qu’une quelconque idée forte peut soudain envahir, et même, pour ainsi dire, écraser d’un coup complètement, parfois à tout jamais.

Dostoïevski, Les démons

Nous butons toujours sur le mystère du moi léninien. Voici le plus probable : ce moi n’est pas et l’armature doctrinale l’a remplacé. Quelle catastrophe intérieure contraignit Lénine à sécréter cette énorme et compliquée prothèse du moi, ce « marxisme » élémentaire mais cohérent, dont il ne pouvait douter sans mettre en péril son identité, sans en ressentir une menace qu’il conjurait en perfectionnant le système et en anéantissant les fauteurs de doute ?

Alain Besançon, Les origines intellectuelles du léninisme

La plupart des historiens s’accordent pour constater que, sans Lénine, il n’y aurait pas eu de prise de pouvoir par les bolcheviques en octobre 1917. Et, dès lors, pas d’expansion mondiale du communisme au XXe siècle, que ce soit par le biais de révolutions endogènes, inspirées et souvent financées par l’URSS, ou de régimes imposés de l’extérieur par la force ou diverses opérations téléguidées par le Komintern. La personne de Lénine apparaît par conséquent comme un pivot et un levier central – voire unique – d’un bouleversement géopolitique majeur. Certes, il s’agit de la rencontre d’un homme singulier et d’une conjoncture historique, celle de la Russie au tournant du XXe siècle, puis de la Grande Guerre. Mais c’est bien l’individu Lénine qui fut à la fois le vecteur d’une fermentation idéologique radicale et l’acteur primordial d’Octobre. Qui était donc Vladimir Ilitch Oulianov et pourquoi devint-il l’intercesseur privilégié entre la terre des hommes et le ciel de l’Histoire ? Voire, selon Stéphane Courtois, rien moins que « l’inventeur du totalitarisme » ? Pour le savoir, il n’est guère nécessaire de retracer son parcours jusqu’à sa mort en 1924, ni même octobre 1917. Tout semble joué dès 1893, lorsque Vladimir Ilitch s’embarque pour un voyage en bateau sur la Volga, direction Saint-Pétersbourg.

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Staline radicalisé par Lénine

Staline Lénine Wiki

Lénine et Staline à Gorki en 1922, sans doute un photomontage (Wikimedia Commons)

Mais moi, je disais : Ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des koulaks. Et plus j’y pense, plus je me demande qui a inventé ce mot : les koulaks. Est-il possible que ce soit Lénine ? (Anna Sergeevna, activiste repentie, évoque la dékoulakisation en Ukraine)

Vassili Grossman, Tout passe (dernier livre de Grossman, écrit entre 1955 et 1963)

L’érudition moderne (…) n’a aucune peine à démontrer que ce qui est entendu sous le nom de stalinisme (…) découle des principes du léninisme.

Alain Besançon, Les origines intellectuelles du léninisme (1977)

Les crimes du stalinisme sont inscrits bien plus qu’en filigrane dans le léninisme;
ils lui sont consubstantiels.

Nicolas Werth, Le cimetière de l’espérance (2019)

Quelques jours après l’invasion allemande du 22 juin 1941, un convoi secret quitta Moscou pour la Sibérie. Il participait du grand mouvement de panique et d’évacuation de la capitale soviétique, notamment celle des « valeurs » et des archives de l’URSS. Ainsi, le 27 juin, le Politburo décida de déplacer le Sovietdiamondfond (réserve de pierres et métaux précieux) et les objets de valeur du Kremlin. Le lendemain, 28 juin, c’est l’évacuation de l’argent contenu dans les coffres de la Banque d’Etat (Gosbank) et de la Monnaie (Gosznak). Les principales institutions furent déplacées le 29 juin. Enfin, le 2 juillet, ce fut au tour du mystérieux convoi ferroviaire de prendre la direction de Tioumen, la plus ancienne ville russe de Sibérie.

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La seconde mort du Goulag

Varlam Chalamov Wikimedia Commons

Varlam Chalamov (source Wikimedia Commons)

Les documents sur notre passé sont anéantis, les miradors abattus, les baraques rasées de la surface de la terre, le fil de fer barbelé rouillé a été enroulé et transporté ailleurs. Sur les décombres de la Serpentine fleurit l’épilobe, fleur des incendies et de l’oubli, ennemie des archives et de la mémoire humaine.

Varlam Chalamov, « Le gant » (1970-72), Récits de la Kolyma

– A-t-on beaucoup écrit, à l’étranger, sur nos camps ?
– On n’écrit rien, on ne sait rien, on ne veut rien savoir.

Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka (1949)

Pour Iouri Dmitriev

La réalité de ce que nous nommons le Goulag – depuis que cet acronyme russe du terme bureaucratique Glavnoïé OUpravlénié LAGuéreï, (Administration principale des camps)[1] s’est imposé avec l’oeuvre de Soljenitsyne – a toujours été voilée, sauf pour ceux qui en étaient les esclaves (un mot utilisé par la plupart des témoins) ou les gardiens. Et bien évidemment pour le pouvoir soviétique, ses bénéficiaires politiques et économiques. Le Goulag était en effet autant un moyen de « refonte » et de répression qu’un instrument de colonisation et d’exploitation économique des « terres inhospitalières ». Les nombreux camps qui composaient l’Archipel, « du détroit de Béring jusqu’au Bosphore, ou presque » (Soljenitsyne), n’ont jamais été libérés par des forces étrangères comme le furent les camps nazis[2]. Il n’y a pas eu de smoking gun, de « fusil fumant » surpris sur la scène du crime par des témoins extérieurs (sauf l’armée allemande, nous y reviendrons).

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Que faire de Lénine ?

Lénoine 1895

Lénine en 1895 (source Wikipedia)

Peu importaient les victimes puisqu’elles seraient compensées, voire annulées, par le bonheur final et suprême apporté à l’humanité tout entière par le communisme.

Dominique Colas, Lénine politique

Quittant Zurich pour Petrograd fin mars 1917, le fondateur du bolchévisme voulait déclencher l’insurrection sur les cinq continents en commençant par la Russie. Bousculant la géographie, l’histoire et la théorie de Marx, il avait puisé sa certitude inébranlable et forgé son mode d’action dans les œuvres intellectuelles et programmatiques d’une intelligentsia radicale coupée du peuple. La complicité d’une Allemagne sur la défensive lui permit d’atteindre la capitale d’un Empire moribond, dévasté par la Grande Guerre et décapité par Février. Après la prise de pouvoir d’Octobre, le régime bolchevique étendit son emprise par une épuration continue, et emprisonna nombre d’esprits dans le cercle magique de son idéologie. À violenter les évolutions conflictuelles d’en bas par une révolution monolithique imposée d’en haut, il n’est pas certain que le progrès y gagne. Un regard documenté sur cette histoire pourrait peut-être éclairer la question.

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Vladimir l’Européen

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Vladimir Poutine cosmonaute (source Pixabay)

Des observateurs et analystes de la politique russe n’ont pas manqué de nous mettre en garde depuis plusieurs années. Loin de constituer uniquement un virage autoritaire visant à reprendre en main une Russie exsangue et humiliée après la chute de l’URSS et les années Eltsine, la politique de Vladimir Poutine adossée aux « structures de force » aurait, selon eux, une ambition bien plus vaste. Le président de la Fédération de Russie n’aspirerait pas seulement à s’affirmer comme protecteur des minorités russes hors du territoire national, à préserver son « étranger proche » d’une propagation démocratique risquant d’atteindre la Russie — et, bien sûr, à maintenir ces pays ex-soviétiques dans sa sphère d’influence. Il viserait également l’affaiblissement de l’Union européenne, voire sa réduction à une mosaïque éclatée d’États nations. L’écrivaine fino-estonienne Sofi Oksanen, auteure de l’angoissant roman Purge (prix Femina étranger 2010), entrevoit même, sur fond de ses recherches documentaires sur l’occupation soviétique de l’Estonie (thème du roman) et de sa sensibilité frontalière, la menace d’une « finlandisation de l’Europe ». Propos qui fait écho à celui de l’historienne Françoise Thom qui, dans un article récent, évoquait « …un projet de vassalisation de l’Europe : car le déclin continu de l’économie russe rend indispensable à Moscou la mainmise sur les ressources financières et technologiques de l’Europe » Poutine serait-il parti « à la conquête de l’Ouest », comme le titrait récemment le journal Libération ?

Bernard De Backer, La Revue nouvelle, éditorial 8/2016

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Dans La Revue nouvelle,  Russie : le retour du même ? par Bernard De Backer et Aude Merlin, avril 2012

Complément du 3 décembre 2021. Poutine masse des troupes pour « finlandiser » l’Ukraine, Pierre Haski, Géopolitique, France Inter, 2 décembre 2021.

Le tsar, c’est moi

La tsar c'est moi

À l’approche du centième anniversaire de la révolution d’Octobre 1917, cet ouvrage robuste documente et analyse la tradition autocratique russe sous l’angle spéculaire de son « imposture ». Un legs pluriséculaire et une spécificité de la « voie russe » qui, selon l’auteur, déborde amplement la période tsariste. Son sujet concerne une dimension centrale et difficilement compréhensible — pour nous Européens vivant au XXIe siècle — du pouvoir politique moscovite : celui de l’ancien régime, mais aussi celui du pouvoir actuel, malgré les nombreuses évolutions en Russie et en Europe.

Bernard De Backer, 2016

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Dans La Revue nouvelle,  Russie : le retour du même ? par Bernard De Backer et Aude Merlin, avril 2012

Eurasisme, revanche et répétition de l’histoire

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Alexandre Douguine (source Wikipedia)

Depuis la fin de l’Union soviétique et la chute des régimes communistes vassaux, les tensions entre le monde euro-atlantique et la Fédération de Russie furent longtemps et communément perçues ou interprétées à travers le prisme des luttes géostratégiques, des intérêts économiques divergents et des enjeux de pouvoir. L’idéologie alternative du communisme s’étant évaporée, il semblait que la Russie s’était grosso modo convertie à la « démocratie-économie-de-marché », même si cette conversion se faisait à son rythme et selon ses modalités propres. Nous étions encore dans le récit populaire ou savant de la « fin de l’Histoire » (Hegel, Kojève, Fukuyama…), de l’extension irrésistible d’un modèle supposé universel, né en Europe occidentale, version libérale du défunt millénium marxiste. C’est cependant à La Revanche de l’histoire (titre d’un ouvrage du néo-eurasiste Alexandre Panarin) que l’on semble avoir progressivement assisté.

Bernard De Backer, mai 2015

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En lien étroit avec ce texte : Dans La Revue nouvelle,  Russie : le retour du même ? par Bernard De Backer et Aude Merlin, avril 2012

Complément du 8 février 2021. A Moscou, une leçon pour l’Europe, éditorial du Monde. Le message qu’a confirmé le pouvoir russe au cours de la désastreuse visite du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, c’est qu’il n’a aucunement l’intention de dialoguer avec l’UE. « Le chef de la diplomatie européenne a dressé lucidement dimanche soir un constat d’échec de son expérience : cette visite l’a convaincu que la Russie s’est « progressivement déconnectée de l’Europe » et qu’elle « voit dans les valeurs démocratiques une menace existentielle ». Sa priorité stratégique, de toute évidence, n’est pas l’Europe, mais la Chine. L’UE, conclut-il, « devra en tirer les conséquences » et « procéder, unie, avec détermination ». »

Complément du 3 mars 2020. En Russie, « Dieu » devrait faire son apparition dans la Constitution, par Benoit Vitkine dans Le Monde du 3 mars. « La réforme de la Loi fondamentale voulue par Vladimir Poutine s’enrichit d’un fort volet identitaire et prévoit l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe. » (nous soulignons)

Les vieux habits du président Poutine

Poutine enfant
Vladimir Poutine enfant
(source Wikipedia)

L’Ukraine, c’est la “Nouvelle Russie”, c’est-à-dire Kharkov, Lougansk, Donetsk, Kherson, Nikolaev, Odessa. Ces régions ne faisaient pas partie de l’Ukraine à l’époque des tsars, elles furent données à Kiev par le gouvernement soviétique dans les années 1920. Pourquoi l’ont-ils fait ? Dieu seul le sait.

Vladimir Poutine, déclaration à la télévision russe, 17 avril 2014

Dans l’actualité haletante, tortueuse et mortifère qui nous parvient d’Ukraine depuis l’automne 2013, il est une expression qui monte en puissance dans la bouche du président russe et de son pouvoir : la « Nouvelle Russie » (Novorossiya). Une commande d’État a même été faite auprès d’historiens russes pour en écrire l’histoire officielle. Ce nom désigne un espace géographique aux contours variables, mais situé dans la partie méridionale et orientale de l’Ukraine, pays pourtant souverain avec des frontières reconnues, dont la Fédération de Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, s’était portée garante en 1994. C’est un peu comme si Paris, après avoir garanti l’inviolabilité du territoire belge, qualifiait la moitié du pays de « Nouvelle France », massait ses troupes à la frontière et disait à qui voulait l’entendre que la Belgique est un pays artificiel, intégré naguère à l’Empire sous Napoléon, dominé aujourd’hui par le mouvement fasciste flamand de Bart De Wever. De nombreux francophones de Mons et de Charleroi, ne captant que les médias parisiens, auraient pris les devants avec l’aide de soldats français dégriffés, en proclamant une « République du Hainaut oriental ». La comparaison s’arrête là. Bruxelles n’est pas supposée être « la Mère des villes franques » et le « Grand Prince des Francs » n’y reçut pas le baptême dans la Senne en 988.

Bernard De Backer, La Revue nouvelle, éditorial de novembre-décembre 2014

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Textes sur l’Ukraine et la Russie dans Routes et Déroutes

Complément du 11 janvier 2022. Article de Vladimir Poutine sur « L’unité historique des Russes et des Ukrainiens », publié sur le site du Kremlin en juillet 2021. Voir également Le Tsar, c’est moi de Claudio Ingerflom sur ce site. Enfin, n’oublions pas que le « poutinisme » n’est pas qu’une volonté de puissance impériale et militaire, mais également une idéologie dont nous avons retracé la genèse.

Complément du 15 janvier 2022. Lire à ce sujet la remarquable lettre du Grand Continent de ce jour, consacrée à « L’État long de Poutine« . Extrait : « Plus de vingt ans après (ndlr : Primakov en 1998), Vladislav Sourkov, l’un des principaux propagandistes du Président russe qui est notamment chargé du dossier ukrainien, exposait sa vision de l’État poutinien. Traduit et commenté par Galia Ackerman, ce texte plaide pour le renforcement de « l’État long » de Vladimir Poutine. Contrairement aux démocraties européennes affaiblies, Poutine s’inscrirait dans la lignée des grands bâtisseurs de l’État russe : Ivan III, Pierre le Grand et Lénine. Tous auraient eu une « volonté de long terme », favorisant l’ascension du monde russe et sa domination impériale sur un vaste espace eurasiatique. Dans le sillage de Primakov, l’une des forces de cet État long serait de prendre ses adversaires au jeu de leurs contradictions pour accélérer le délitement de la domination américaine. D’Ivan III à Poutine en passant par Lénine, la chaîne des temps russes, brisée en 1989, aurait donc été réparée. » (nous soulignons). La traduction de Galia Ackerman est accessible sur le site de Grand Continent.