
Les trois singes de la sagesse, sculpture au sanctuaire Tōshōgū à Nikkō (Japon)
(source Wikipédia)
Deux citations reviennent souvent dans les commentaires des analystes et journalistes au sujet des dénis relatifs aux dangers géopolitiques et climatiques. Il y a cette phrase de Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Et puis cette comparaison animalière, mobilisée pour décrire les Européens surpris et aveuglés par les menaces de Poutine ou de Trump – et que l’on peut étendre au changement climatique : « Comme un lapin pris dans les phares ». Toutes les deux, à leur manière, pointent le déni ou le « refus de voir », sinon le « refus du réel », celui de la guerre, de la tyrannie et du bouleversement climatique. C’est assez clair pour la première citation, moins pour la seconde. Mais le lapin « pris dans les phares » est celui qui n’a pas vu venir la voiture. On peut supposer qu’il y avait des signes avant-coureurs : bruits, vibrations, lueurs… Mais tout occupé à sa recherche de luzerne, le lapin n’a « pas voulu » voir ni entendre. Il ressemblait aux fameux trois petits singes japonais. Pour l’auteur que je suis, il fait référence au livre À l’assaut du réel du sociologue Gérald Bronner, dont j’ai rendu compte récemment. En effet, le « singe magicien » est aussi à l’œuvre dans le déni. Voyons quels en sont les mécanismes et les effets redoutables. Pour le lapin, ce sera sans doute la mort.
« Nous, Ukrainiens, n’y croyions pas non plus, avant la guerre. C’est la condition humaine : les gens veulent tenir les conflits loin d’eux le plus possible. C’est une fuite, parce qu’il est trop fou, trop dangereux, d’y penser. Nous n’avons pas cru que la guerre arrivait, même si cette croyance était une aberration. Comme nous avons vécu quelques décennies sans conflit majeur, nous avons pris la situation pour acquise »
Yaroslav Hrytsak, historien ukrainien, Le Monde du 15 février 2026
« Se tromper sur la guerre, c’est se tromper sur la société »
Pierre Clastres, Archéologie de la violence, 1977
(cité par Stéphane Audouin-Rouzeau dans Notre déni de guerre)










