Un volcan anatolien

Bergers sur les flancs du Süphan Dağı (photographie de l’auteur)

La singulière idée d’entreprendre mon premier voyage en Asie en ayant pour objectif de gravir le mont Ararat, montagne tutélaire des Arméniens, a une origine oubliée. Un souvenir biblique ? Une sensibilité récente au génocide de 1915 ? Une simple passion montagnarde ? Je ne sais plus vraiment, sinon que la décision fut prise dans un restaurant turc dans lequel je rencontrai pour la première fois mon compagnon de voyage, recommandé par un ami qui connaissait son intérêt pour les confins anatoliens. Le projet fut rapidement ficelé. Nous partirions un mois pour faire le tour de la Turquie orientale en passant par Istanbul et la mer Noire, franchirions les Alpes pontiques comme premier entraînement pédestre, avant de poursuivre la route le long de la frontière soviétique jusqu’au pied de l’Ararat. De la ville de Doğubeyazıt, il ne resterait plus qu’à obtenir le permis des autorités. Rien ne se passa comme prévu. La région, proche de l’URSS et de l’Iran devenu République islamiste, était « stratégique » d’autant que les Kurdes guerroyaient contre Ankara. Dépités, nous jetâmes notre dévolu sur la seconde montagne de Turquie, le Süphan Dağı ou çiyayê Sîpan en arménien, surplombant le lac de Van. Tout comme l’Ararat, le Süphan est un volcan, culminant à plus de quatre mille mètres. Mais il fallut d’abord faire la route pour y parvenir, puis retrouver à la descente notre tente sur les flancs du cratère…

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Face à la « Grande Migration »

Émigrés juifs américains et migrants juifs russes (1909, source Wikipedia)

 « La discussion n’est pas : est-ce qu’on remet en cause la séparation de l’Église et de l’État ? C’est : comment la décline-t-on avec un changement démographique « 

Ihsane Haouach, ancienne commissaire du gouvernement belge auprès de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes

Interview au quotidien belge Le Soir, juillet 2021

« Si les Bangladais d’Angleterre constituent « la communauté bangladaise » et les Somaliens « la communauté somalienne », il est presque inévitable que les indigènes finissent par devenir « les Anglais ». Or, si les choses évoluent ainsi, le sens de la nationalité partagée s’évanouira ; c’est un boulevard qui s’ouvre devant les slogans tels que « L’Angleterre aux Anglais » ».

Paul Collier, Exodus (livre publié avant le Brexit)

L’actualité belge et internationale, et probablement les évènements à venir, m’incitent à aborder un sujet que je n’ai traité que latéralement dans différents articles sur ce site et, précédemment, dans diverses revues. La parution du livre de Raffaele Simone, La Grande Migration et l’Europe, m’en donne l’occasion et le support critique. Ce livre, bien documenté et sans langue de bois, tente d’analyser la question migratoire en Europe en évitant le piège idéologique qui, écrit l’auteur, rend le phénomène « presque insaisissable ». Entre la vision de « l’Europe coupable » et celle du « Grand Remplacement », il convient d’abord d’établir les faits et de les situer dans l’histoire. Notamment celle des vagues migratoires vers l’Europe de 1945 à aujourd’hui, cela avec un recul économique et sociologique, voire anthropologique. Car il s’agit bien, selon Simone, d’un « Évènement fatal », d’un « aboutissement de la modernité » auquel il faut faire face. Pas seulement pour les pays d’accueil, mais également – on l’oublie souvent – pour les pays de provenance des migrants et réfugiés, y compris ceux de la partie ex-communiste du continent. Certes, le phénomène dans ses diverses modalités ne touche pas que l’Europe, mais c’est cette dernière qui nous intéresse ici.

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Nomadland : entre Steinbeck, Kerouac et Malick

Couverture originale du livre de Jessica Bruder (source Wikipedia)

Nowhere alors n’est plus l’absence de lieu,
mais le lieu américain par excellence. »

Pierre-Yves Petillon, La grand-route. Espace et écriture en Amérique

Sous le choc d’un film remuant et paradoxalement pacifiant, je ne ferai pas ici de critique cinématographique, mais bien une brève plongée dans l’histoire de l’imaginaire américain dont cette œuvre est une prolongation visuelle. La cinéaste est chinoise, née à Pékin, mais son film – inspiré par le reportage en immersion de Jessica Bruder – est imprégné du thème de l’espace et de la grand-route, pour reprendre le titre du livre de Pierre-Yves Petillon, La grand-route. Espace et écriture en Amérique. Au-delà d’une incursion dans l’univers des travailleurs nomades âgés, vivant en vans et en caravanes, frappés par la crise de 2008, la chute des fonds de pension, astreints aux petits boulots et réfugiés dans des sortes de nowhere – déserts, campings ou parkings – le film nous entraîne au cœur d’un imaginaire qui nous est à la fois étranger et familier. Nomadland est une œuvre avec un foyer secret et c’est sans doute pour cela qu’elle nous remue, qu’elle nous touche au plus vif. Elle nous enseigne aussi, comme disait Orwell, la common decency de ces hobos sexagénaires, frappés par le déclassement et la précarité.

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Un voyage oublié

Lha-to dans la vallée de Markha (photographie de l’auteur)

Retrouvées au fond d’une malle où elles reposaient depuis plus de vingt ans, ces images témoignent d’une rude escapade au Ladakh, envisagée d’abord comme la première étape d’une folie de jeunesse. Le projet initial était de relier Leh, capitale du pays « entre les cols » (sens du tibétain La-dwags), au monastère de Ki Gompa dans la lointaine vallée du Spiti. Un bon mois de randonnée dans un désert de haute altitude, presque sans village, avec plusieurs cols dépassant les cinq mille mètres. Après de multiples hésitations, je décidai de scinder ce projet démesuré en deux parties. J’ai raconté la seconde partie, du lac de Tso Moriri au Spiti, dans « Himalayan Queen ». Mais la première demeurait un peu oubliée, comme effacée par la suivante. Pourtant, ce tour de la vallée de la rivière Markha en solitaire me fit connaître la faim, la peur et la soif. Mais également la violence des lumières, le gel des hautes terres, la poussière d’une vieille maison, les cornes rougies d’un sanctuaire et la proximité invisible de quelques fauves des neiges.

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Du Divin au divan

Divan de Sigmund Freud au Freud Museum de Londres (source Wikipédia)

« L’homme n’est pas né libre ; il est né dans les fers – des fers qu’il s’est forgés lui-même pour se soutenir dans l’existence »

Marcel Gauchet, Le nouveau monde

« Quel qu’en soit l’avenir, ce déclin [de l’imago paternelle] constitue une crise psychologique. Peut-être est-ce à cette crise qu’il faut rapporter l’apparition de la psychanalyse elle-même. Le sublime hasard du génie n’explique peut-être pas seul que ce soit à Vienne – alors centre d’un Etat qui était le melting-pot des formes familiales les plus diverses, des plus archaïques aux plus évoluées ( …) –  qu’un fils du patriarcat juif ait imaginé le complexe d’Œdipe. »

Jacques-M. Lacan, « Le complexe, facteur concret de la psychologie familiale », Encyclopédie française, t. VIII, 1938

Tel Œdipe, Sigmund Freud désirait résoudre une énigme, mais il voulait aussi devenir riche et célèbre au moyen d’une brillante découverte. D’autant que son identité juive l’aurait discriminé, malgré sa volonté d’assimilation et son rejet des religions, en particulier du judaïsme traditionnel. Il lui fallait donc être meilleur que les autres, d’abord dans diverses branches de la biologie et de la médecine, puis, après son séjour à Paris, dans le traitement des maladies nerveuses. Il se retire graduellement du monde académique, où il pensait faire carrière, et prend une certaine distance avec le monde médical, même s’il reste membre de la Société médicale de Vienne jusqu’en 1938 – et devient membre la Royal Society of Medicine à Londres en 1939. Ayant ouvert un cabinet privé, il cherche à comprendre et soigner les troubles psychiques, ceux de femmes et d’hommes aisés, issus surtout de la communauté juive assimilée. Des patients que lui envoyait d’abord Joseph Breuer – le créateur du terme « psycho-analyse ». Certains devinrent « ses professeurs ». C’est une patiente de Breuer, Bertha Pappenheim – connue sous le nom de « Anna O. », un pseudonyme choisi par les médecins – qui qualifia ses entretiens (1880-1882) avec son thérapeute de « cure par la parole » et de « ramonage de cheminée ».

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Freud et la crise du monde moderne

René Guénon en 1925 (source Wikipedia)

« Il n’en faut pas moins admirer la vitalité d’une tradition religieuse qui, même ainsi résorbée dans une sorte de virtualité, persiste en dépit de tous les efforts qui ont été tentés depuis plusieurs siècles pour l’étouffer et l’anéantir ; et, si l’on savait réfléchir, on verrait qu’il y a dans cette résistance quelque chose qui implique une puissance “non humaine”» 

René Guénon, La crise du monde moderne

« Le Midrash paraît (…) la voie royale de la pensée des maîtres du Talmud et du même coup de la culture juive dans son originalité. Dès lors, la démarche de Freud, son art d’interpréter les rêves et les actes manqués, apparaît dans cette perspective comme un retour du refoulé »

Gérard Haddad, L’Enfant illégitime

« On a déclaré, par exemple, et à juste titre, que l’œuvre psychanalytique de Freud montre beaucoup de caractéristiques que nous classons en général, dans la rubrique religion. C’est plutôt contre la religion dans sa tradition mosaïque, qui trouvait son expression la plus parfaite dans l’orthodoxie juive, que Freud s’insurge »

David Bakan, Freud et la tradition mystique juive

Certains mots ont circulé dans tant de bouches, ont été utilisés par tellement d’auteurs et autant de commentateurs, qu’ils sont usés comme de vieilles cuillères. Ils ne semblent plus rien vouloir dire. Il en va ainsi de « modernité » et de « tradition », un vieux couple qui n’arrête pas de se chamailler, de prendre appui l’un sur l’autre ou, parfois, de se combiner « harmonieusement » comme dans les brochures touristiques. On le rencontre dans des secteurs aussi variés que la cuisine, les arts, les mœurs, la famille, l’école, la politique, l’histoire ou la sociologie. Le mot « crise » a également une longue carrière derrière lui. C’est aussi le cas de « Freud », qui désigne, la plupart du temps, « le freudisme » comme théorie et comme pratique, identifiés à la vie de son inventeur. Identification qui n’est pas abusive, tant la psychanalyse se revendique de la singularité des individus pris « un à un », et, dès lors, de l’idiosyncrasie psychique, historique et culturelle de son fondateur.

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L’ombre du Blanc

Projection du mont Blanc à l’aube (photographie de l’auteur)

« If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same »

Rudyard Kipling, If

C’est une étrange histoire qui lui était survenue, il y a longtemps d’ici. Elle avait commencé par un prélude insolite, aboutissant malgré lui à l’ascension solitaire du toit de l’Europe. Membre d’un Club alpin, il s’y était lié à un randonneur aguerri, mais sans expérience de la haute montagne. Un jour, son camarade lui proposa de faire la course du mont Blanc. « Le rêve de ma vie », lui confia-t-il. De son côté, l’alpiniste amateur avait déjà gravi le Süphan Dağı en Anatolie, son premier quatre mille, puis le dôme des Écrins et le mont Rose, ainsi que diverses montagnes. Il se sentit donc prêt pour cette aventure. Son comparse – appelons le Freddy – n’avait jamais grimpé de sommet, mais en brûlait d’envie. Ils avaient donc convenu de partir cet été-là et de scruter la météo. Mais l’amateur constata qu’à chaque fenêtre d’opportunité, son camarade lui disait qu’il avait consulté un office météorologique montagnard, plus spécialisé. Celui-ci indiquait des conditions locales défavorables. Deux ou trois « fenêtres » passèrent, et il lui fit toujours la même objection. Arriva début septembre, un ciel radieux couvrit le massif. L’alpiniste consulta à son tour une source locale ; la météo était au beau fixe pour plusieurs jours. Puis il téléphona à son équipier pour convenir de leur aventure. À sa surprise, ce dernier demanda de le voir pour lui parler d’une chose importante.

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Renverser Ciel et Terre

« Cette fois nous faisons une assez grande purge du Parti, du gouvernement, de l’armée, du peuple. Ils se purgent eux-mêmes, ils s’exposent eux-mêmes. Sur 700 millions de personnes, il y en a environ 1 sur 1.000 de mauvais (…) La purge des rangs de classe va encore durer six mois à un an. De la sorte, on pourra garantir une période de calme, entre dix et vingt ans, mais on ne pourra pas encore parler de purge totale. »

Mao Zedong au dirigeant albanais Beqir Balluku, octobre 1968

« Notre drame sur terre est que la vie, soumise à l’attraction du ciel, nous empêche de revenir sur nos erreurs de la veille, comme la marée sur le sable efface tout dans son renversement. »

François Bizot, Le portail

Ce livre monumental de Yang Jisheng, Soljenitsyne chinois à sa manière, né en 1940, ancien garde rouge et journaliste retraité de l’agence Chine nouvelle, paraît à la suite de Stèles. Ce dernier ouvrage, extrêmement documenté, était consacré à la famine du « Grand Bond en avant » (1958-1961) qui fit plus de trente millions de morts, dont son propre père adoptif. La Révolution culturelle (1966-1976), à laquelle est consacré Renverser ciel et terre, ne peut être comprise sans les conséquences du désastre de cette famine, notamment la fragilisation politique de Mao Zedong, et ses fondements idéologiques profonds. Comme nous avions rendu compte de Stèles dans La Revue nouvelle, il était cohérent de faire une recension du second sur ce site. Nous nous appuierons également sur la biographie de Lin Zhao par Anne Kerlan et Penser en Chine, dirigé par Anne Cheng. Ensuite, nous irons brièvement au-delà d’une recension, car il nous semble que la passion manichéenne de la pureté qui a soulevé la Chine, d’abord chez les lycéens et étudiants guidés par Mao Zedong, comporte une dimension historique et anthropologique qui ne paraît pas éteinte aujourd’hui. Sans faire d’assimilation abusive, mais en nous appuyant sur l’épigraphe de François Bizot qui va au-delà des Khmers rouges, force est de constater que « l’ambition du définitif » et le manichéisme associé semblent toujours vivaces. Certains comparent même les agissements de certains groupes « woke » et de la « cancel culture » sur les campus à ceux des gardes rouges. Mais voyons le livre de Yang Jisheng, dans lequel il est question du Ciel et de la Terre, et de leur renversement.

Complément du 6 septembre 2021. En Chine, ambiance de révolution culturelle pour une reprise en mains idéologique, par Pierre Haski sur France Inter. Beaucoup d’autres articles inquiétants dans la presse sur le même sujet.

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Le Grand Tour

Le village de Manang, face aux Annapurnas (photographie de l’auteur, octobre 1987)

À Richard, mon frère

Il était d’usage dans les classes dominantes anglaises, dès la fin du XVIe siècle, d’encourager les jeunes générations à réaliser un voyage en Europe pour leur édification culturelle et morale. Ce voyage un peu initiatique était appelé « The Grand Tour », d’où provient notre mot « tourisme », sa pratique itinérante originelle avant de devenir plus sédentaire. Elle fut d’abord élitiste, puis irrigua progressivement les couches sociales et les nations du monde. Dans la seconde moitié du XXe siècle, de nouveaux pays se sont ouverts au tourisme, dont une partie du Népal en 1951, puis ensuite la région des Annapurnas dans les années 1970. Deux montagnards belges, Jean et Danielle Bourgeois, sont partis marcher autour de ce massif. Danielle en écrira le récit dans Deux lotus en Himalaya paru en 1977, un livre que j’avais lu avec passion à l’époque. Mis en appétit par une traversée pédestre des Alpes, des ascensions en France et en Turquie, une pratique de l’escalade, je me mis à penser à l’Himalaya. Il n’était pas dans mes goûts de participer à un voyage organisé ; mon budget était maigre, j’aimais la liberté et avais l’expérience de la montagne. Le livre de Danielle Bourgeois me décida de partir en solo dans les années quatre-vingt, mais l’aventure, comme il se doit, comporta des imprévus. Tels un compagnon de voyage surgi en dernière minute et un grave accident de santé au pied du col de Thorong, le verrou du Tour des Annapurnas. 

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La leçon de Kaspar Hauser

Kaspar Hauser en 1830, par Johann Lorenz Kreul (source Wikipedia)

« Un sociologue qui ne se poserait à aucun moment la question de savoir ce qui se passe dans la tête des individus singuliers qu’il appréhende comme acteurs sociaux, c’est-à-dire de l’extérieur et en masse, serait un étrange sociologue »

Marcel Gauchet, La condition historique

« Au cours des cinquante dernière années, l’histoire a revendiqué des secteurs de l’activité humaine dont on considérait jadis qu’ils n’étaient pas soumis au changement. »

Peter Burke, L’histoire sociale des rêves

En mai 1828, un jeune homme au corps balourd et semblant totalement égaré fit son apparition, une lettre à la main, sur la place du Suif à Nuremberg. Il paraissait seize ou dix-sept ans, titubait, clignait des yeux comme blessé par la lumière du jour, ne prononçait que quelques mots qu’il semblait ne pas comprendre. Il ne savait ni où il allait ni d’où il venait, mais avait son nom écrit sur la lettre. Kaspar fut emmené au poste de police, puis passa quelques jours dans la prison de la ville avant d’être confié de 1828 à 1829 à un professeur, ancien élève de Hegel, Georg Daumer. Après une tentative d’assassinat en 1829, le jeune inconnu changea de lieux et de protecteurs et fut finalement tué en décembre 1833 dans la famille Meyer. Son meurtrier, l’« Homme en noir » que sa victime reconnut, fut sans doute celui qui le séquestra une grande partie de sa vie. Kaspar y vivait seul dans un lieu obscur où il était enchaîné, parfois drogué à l’opium, avec de petits chevaux de bois et des rubans colorés. Selon toute probabilité, l’enfant était l’héritier écarté d’une famille princière. Que peut nous enseigner cette histoire célèbre, ayant inspiré notamment Verlaine, Trakl, Handke ou Herzog, documentée et analysée par l’historien Hervé Mazurel dans Kaspar l’obscur ou l’enfant de la nuit ? Et que nous apprend sur notre époque cet intérêt grandissant pour une « histoire de l’intimité, des sensibilités et des émotions », cette historicisation socioculturelle de ce qui ne semblait relever jusqu’ici que d’une psychologie ou d’une médecine individuelle et transhistorique  ?

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