
Exposition à l’Abbaye du Val de Choues, Parc national des forêts
(photographie de l’auteur)
La conquête, l’exploitation, la destruction ou l’artificialisation de l’environnement naturel qui nous constitue sont souvent attribuées à quelque « diabolus ex machina » : la maîtrise du feu, la révolution néolithique, le christianisme, le Moyen Âge, l’ontologie naturaliste, les Lumières, la révolution techno-scientifique, le capitalisme, le productivisme… On s’accorde parfois pour dire qu’ils s’emboîtent et que, in fine, c’est l’espèce humaine prédatrice « par nature » qui serait la cause première de sa propre destruction. Mais un acteur me semble généralement oublié parce qu’il est paré de toutes les vertus en Occident : la démocratie. On ignore bien souvent qu’elle aussi est une « sortie de la nature ». Gouvernement des hommes par eux-mêmes et non par les injonctions des Dieux transmises aux ancêtres ou aux prêtres, elle opère par une désacralisation du monde, Entzauberung der Welt écrivait Max Weber. Autrement dit, la « sortie de la religion » est aussi une exfiltration des humains d’une nature perçue comme cosmos immuable. Suivons ce parcours à grandes enjambées.
« Toute la puissance mobilisée depuis toujours au service du maintien de la reproduction d’un univers humain-naturel immuablement identique à lui-même, toute l’énergie déployée en vue de la neutralisation du changement – celui du monde environnant comme celui du lien ancestral – se voient ainsi, au terme de ces métamorphoses de l’altérité religieuse, retournées contre la nature et mises au service d’un universel changement »
Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, 1985
Chapitre IV, « De l’immersion dans la nature à la transformation de la nature »








