
Nan Shepherd
(source University of Aberdeen)
Le manuscrit de ce récit nourri de marches, de veilles et d’éveils au cœur des montagnes écossaises, La montagne vivante, était écrit à la fin de la Seconde guerre mondiale. Mais le livre ne fut publié chez Aberdeen University Press que vingt-deux ans plus tard, et traduit en français il y a sept ans seulement. Le premier délai est énigmatique à première vue, d’autant que Nan Shepherd était connue comme poétesse et romancière écossaise. Ce n’est pourtant que quatre années avant sa mort, survenue en 1981, que le texte fut exhumé de ses tiroirs. Son impact fut réduit, notamment parce que l’année de sa publication, 1977, fut aussi celle de En Patagonie de Bruce Chatwin et du Temps des offrandes de Patrick Leigh Fermor. Le Léopard des neiges de Peter Matthiessen parut l’année suivante. J’avais lu ces trois livres avec passion, mais La montagne vivante de Shepherd m’était inconnue. Ce livre est d’une rudesse, d’une sensibilité, d’une précision et d’une beauté sans pareilles. Cela par la grâce d’une femme ayant vécu une relation fusionnelle et extraordinairement attentive avec la substance physique et vivante de ce plateau de granit, découpé de recoins et de vallées, que sont les Cairngorms. Pour Nan, sa vie en montagne était un « exercice de disparition », comme l’écrivait Nicolas Bouvier. Voyons ce qui dès lors apparaît.
« Les détails ne font pas partie de l’ensemble d’un tableau dont je suis le foyer, le foyer est partout. Rien ne se réfère à moi, la spectatrice. C’est ainsi que la terre doit se voir elle-même. »
Nan Shepherd, La montagne vivante
« Si demain quelqu’un s’inquiète de notre ami d’au-delà des mers,
dites que, déposant ses sandales, il est rentré chez lui, pieds nus… »
À la mémoire du bonze Eisen, cité par Nicolas Bouvier, Le dehors et le dedans
Lire la suite










