
Lou Salomé à Zurich en 1882
(source Wikipédia)
Un jour de hasard, j’ai découvert le journal de voyage titré En Russie avec Rilke 1900 de Lou Andreas-Salomé, posé sur une table du lieu où je me trouvais. Le livre avait été publié en 1992 sous le titre Russland mit Rainer 1900, puis traduit en langue française par les éditions du Seuil. J’avais donc trente-trois ans ans de retard sur l’actualité éditoriale, mais beaucoup moins sur la géopolitique. Lou y parle en effet de son « retour aux sources » russes – elle était née en 1861 à St-Pétersbourg et vivait en Europe depuis 1880 – mais aussi de l’Ukraine lors de son séjour à Kyiv. Et sur ce point, elle s’y exprime en termes grands-russiens presque « poutiniens ». Avec une tonalité quelque peu racialiste, selon l’idéologie de l’époque qui perçoit les différences entre les peuples davantage en termes de race que de culture ou d’histoire. Certes, Salomé ne m’était pas inconnue de par sa réputation de « femme fatale et libre » (Gillot, Rée, Nietzsche, Andreas, Rilke, Zemek, Bjerre, Freud, Tausk…), de psychanalyste. Mais je ne connaissais rien de son histoire et ne l’avais jamais lue. Ce qui m’a passionné en la découvrant, ce n’est pas tant sa personnalité (j’ai peu de dispositions pour le culte des individus « exceptionnels ») que la manière dont elle est un produit de l’histoire. Comment diable s’est-elle fabriquée avec son legs social et familial ? Et quel était le ressort de son « empire sur les hommes » ?
« Sous la puissante influence de Gillot, elle avait tourné le dos à son héritage russe et, en cultivant son esprit, avait essayé de réprimer ses impulsions, sans grand succès, il est vrai. Sa spontanéité était beaucoup plus grande que celle de la plupart de ses contemporains et était, de fait, le secret de son succès et comme femme et comme écrivain. Mais elle avait été forcée de le dissimuler. À Moscou, elle se trouva soudain face à face avec une expression de sentiment presque élémentaire. »
Ma sœur, mon épouse, H.F. Peters
« C’est un monde à peu près ignoré des étrangers : les Russes qui voyagent pour le fuir payent de loin, en éloges astucieux, leur tribut à leur patrie, et la plupart des voyageurs qui l’ont décrit n’ont voulu y découvrir que ce qu’ils allaient y chercher. »
Marquis de Custine, Lettres de Russie. La Russie en 1839
Lire la suite









