Le tutorat du père aux pairs

Enseignement mutuel

Enseignement mutuel (source Wikimedia Commons)

Depuis le milieu des années quatre-vingt, avec le développement de la formation en alternance et des dispositifs de soutien aux apprenants fragilisés, le tutorat est un thème de plus en plus présent dans les milieux de l’enseignement, de la formation, du travail et de l’insertion socioprofessionnelle. Succédant de manière lointaine au compagnonnage, le tutorat s’est d’abord développé dans le monde de l’enseignement, ceci dès l’aube des temps modernes. Mais ces formes scolaires ont connu des transformations profondes, révélatrices des mutations de la matrice qui structurait une de ses fonctions principales, la socialisation des élèves. Il est dès lors utile de faire un détour par l’histoire du tutorat scolaire pour mieux comprendre sa diffusion en milieu de travail, car ce sont notamment les échanges croisés entre sphères de l’éducation, de la formation et de la production qui éclairent sa croissance et ses modalités actuelles.

Bernard De Backer, 2009

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La cloche et la brique

Cent portes

À la mémoire de Bronislaw Geremek

Chaque année, à l’approche du long tunnel hivernal qui engrisaille et refroidit nos villes, le peuple de la rue refait surface dans nos médias et dans nos consciences. Décès d’un SDF, dispositif d’urgence, « restos du coeur » nous rappellent la présence de centaines de personnes livrées à la brutalité de la rue. Cette image est pourtant doublement trompeuse. D’abord, parce que la population privée de domicile est loin de se limiter aux « gens qui vivent dehors », ensuite parce que de nombreuses associations, très diversifiées, travaillent toute l’année avec des milliers de personnes sans logement. Fait nouveau : la majorité des nuitées dans les centres d’accueil sont celles de femmes et d’enfants.

Bernard De Backer, 2008

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L’exil de soi. Sans-abri d’ici et d’ailleurs

Exil de soi

Dans un ouvrage dense et parfois poignant, combinant diverses approches en sciences sociales – dont des phases d’immersion « participante » sur le terrain – Lionel Thelen nous décrit la réalité des sans-abri de longue durée. Ceci sur trois territoires : Lisbonne, Paris et Belgique (Bruxelles et Verviers). Il analyse également les dispositifs d’aide et d’accueil des personnes sans domicile, du sinistre CHAPSA de Nanterre (décrit par Patrick Declerck dans Les naufragés) à certaines maisons d’accueil lisboètes et belges, en passant par des dispositifs d’aide de jour ou ambulatoire, comme La Fontaine ou Diogènes à Bruxelles.

On se gardera bien de tenter de résumer ce livre de 300 pages (version abrégée d’une thèse doctorale) dont certaines particulièrement touffues d’un point de vue théorique ou humainement très perturbantes. Difficile, en effet, de lire le descriptif de l’expérience de sans-abri à Lisbonne ou au CHAPSA du CASH (Nanterre) de Thelen sans avoir l’estomac noué par autant de violence et de cruauté.

Le livre se présente sous la forme d’un triptyque, comportant en son centre les chapitres consacrés aux six « terrains » étudiés et vécus par l’auteur dans trois pays (France, Portugal, Belgique), précédés d’une partie méthodologique et théorique, suivies d’un développement de la thèse centrale sur « l’exil de soi ». L’étude de terrain dans une approche transnationale constitue bien le coeur de l’ouvrage, et le lecteur pourrait s’y rapporter directement pour avoir une idée plus concrète des réalités évoquées, puis lire les deux autres pans du triptyque. Précisons que l’objet principal est d’analyser le commun dénominateur qui lie les personnes clochardisées : « la désocialisation aiguë », aboutissant à une véritable « dépersonnalisation » et « désubjectivation », d’où le titre de l’ouvrage.

Bernard De Backer, 2007

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Des ateliers de moins en moins protégés ?

Pilifs

Exposition de tomates à la Ferme nos Pilifs (source de la Ferme)

Le changement de dénomination de ce que l’on appelait autrefois les « ateliers protégés » en « entreprise de travail adapté » (ETA), au milieu des années nonante en Belgique francophone, officialise dans les termes une lente évolution du secteur qui avait débuté des décennies plus tôt. Dans le contexte particulier de la Région bruxelloise, les ETA doivent affronter des réalités et des défis qui dessinent un parcours contrasté dans un univers quelque peu parallèle, qui conduit de bâtiments « éco-dynamiques » sur les hauteurs verdoyantes de Neder-over-Heembeek à de petits ateliers nichés dans de vieilles maisons de quartier, en passant par de grands hangars emplis de machines et de bruit.

On pourrait commencer par une énigme : comment un divertissement anglais du XVIe siècle a-t-il donné naissance à un mot qui semble faire partie de notre vocabulaire depuis toujours ? Dans la Merry England des Tudor, une loterie populaire d’objets personnels impliquait qu’un tiers-arbitre mette « la main dans le chapeau » pour y déposer une valeur équilibrant celle des lots mis en jeu. Le geste du dépôt dans le chapeau, ce « hand in cap », a progressivement pris la signification d’une action visant à rendre une compétition plus équitable en défavorisant le concurrent le plus performant. Le sens s’en est dès lors inversé, passant d’une signification positive à une signification négative.

Bernard De Backer, 2006

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Les éducateurs font le mur

Mur

Qui se souvient encore des « bagnes d’enfants » et des « hauts murs gris qui les écrasaient de leur masse énorme », selon le mot de Jules Brunin ? Des scandales de Saint-Hubert, de Brasschaat, de Marcinelle ou de Mol, qui éclatèrent dans les homes au milieu des années septante ? Pourtant, c’est autour de cette irruption de « l’enfance inadaptée » dans l’actualité médiatique et sociale que se cristallisa le mouvement des éducateurs, vecteur d’une série de transformations qui modifièrent autant le sort des enfants que celui des travailleurs des institutions. Au paradigme du cloisonnement, de la normalisation et de la dépendance succéda celui de l’ouverture, de l’accompagnement et de l’autonomie. Loin d’être l’histoire d’un pan marginal de notre univers social, l’aventure singulière des « gueules noires du social » est celle d’un passage qui nous concerne tous. Nous y retrouvons, tel un hologramme ou un fractal, une image réduite des métamorphoses ambigües du monde social dans lequel nous baignons.

Bernard De Backer, 2002

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Du mur à l’ouvert

Du mur à l'ouvert

Livre publié par les Éditions Luc Pire en 2001

Depuis le début des années 70, de larges secteurs de l’aide sociale se sont modifiés en profondeur. L’aide à la jeunesse et à la petite enfance, les centres d’accueil pour adultes en difficulté, l’aide aux personnes handicapées ont connu des transformations multiples et souvent liées. Elles affectent l’organisation du travail, les modèles pédagogiques, les modes d’intervention, sans parler des changements touchant les publics et leurs problématiques. En première ligne de ces diverses « mutations » : les professionnels des services. Les éducateurs, ces « gueules noires du social », y sont très largement représentés. Il sera donc surtout question d’eux dans cet ouvrage.

Du mur à l’ouvert est la synthèse de deux études menées entre 1996 et 2000, avec l’aide du Fonds social européen. La première était centrée sur les transformations du métier d’éducateur et la fatigue professionnelle (usure, burn out, perte de sens…), la seconde sur les besoins en compétences et en formation continuée des éducateurs et de leurs collègues intervenants psycho-sociaux (AS, psychologues, puéricultrices…), actifs dans les mêmes institutions. Cette synthèse donne largement la parole aux acteurs de terrain et nous conduit des premiers décloisonnements de la fin des années 60 au professionnalisme polyvalent de l’intervenant social en milieu ouvert, en passant par l’éducateur-référent en milieu résidentiel.

Post-scriptum d’octobre 2018. Ce livre écrit par Bernard De Backer sera présent à l’exposition sur l’évolution du travail social (principalement axée sur la professionnalisation des assistants sociaux et des éducateurs) au Musée de l’emploi et du travail « La Fonderie » à Molenbeek du 18 décembre 2018 au 7 avril 2019.