
Couverture du livre de Nathan Stern
(source Éditions Mardaga)
Un psychothérapeute « déconverti » de la psychanalyse, Jacques Van Rillaer, m’a un jour fourni les références du livre dont il sera question ici. Il ne s’agit pas d’un ouvrage écrit par un « ennemi » de Freud – qualificatif guerrier qui vient parfois sous la plume de certains psychanalystes quand on examine leur théorie et leur pratique d’un regard extérieur et critique. Mais bien d’un livre très documenté et fouillé écrit par un sociologue (un « homme impartial », différent de celui imaginé par Freud en 1926). Je n’en avais alors lu que deux chapitres, « L’investissement et la persévération en analyse » et « La cure interminable ». Et j’avais été frappé par leur justesse qui correspondait à mon expérience du divan et, ensuite, à l’ombre portée de celle-ci. J’ai consacré divers articles au freudisme, dans La Revue nouvelle et sur Routes et déroutes. Ces textes étaient centrés sur la dimension socio-historique de la psychanalyse, ses origines en lien avec la mystique juive et la modernité viennoise, sa dimension géoculturelle ou ses analyses des effets psychiques de la modernité contemporaine. Le « cas » particulier de Masud Khan avait également attiré mon attention. Mais je n’avais pas rendu compte de ce livre. Il est temps de le faire, dans la perspective d’une sociologie des croyances qui me passionne depuis longtemps. Précision : le livre de Stern date de 1999 et concerne les pratiques de la « cure-type » de cette époque à partir des sources de l’auteur mentionnées plus bas. Elles correspondent à celles que j’ai connues dans les années 1970-1980.
« Et au terme de la cure – un terme qui sera plusieurs fois repoussé –, ils auront manifesté une même difficulté à énoncer ce que la cure leur a apporté, tout en jugeant qu’il s’agit de quelque chose d’essentiel. Ils seront devenus des adeptes, voire des prosélytes, de cette forme de thérapie, et malgré les années passées sur le divan, regretteront de ne pas être allés « plus loin », de ne pas être parvenus, malgré leurs efforts, au terme de « l’exploration » »
Nathan Stern, La fiction psychanalytique
« Celui que la psychanalyse a empoigné, elle ne le lâche plus »
Ludwig Biswanger, psychiatre suisse
« Les cures interminables réveillent le reproche de dépendance impossible à liquider envers le thérapeute. La remontée de plus en plus avant vers la racine précoce du trouble psychique débouche sur un inconnu vertigineux. On redécouvre, non sans quelque effroi, le côté suggestion de la relation analytique. »
Gladys Swain, « Du traitement moral aux psychothérapies », Dialogue avec l’insensé
« Quand tu as bu à l’eau de la fontaine sacrée, tu penses au début que cet instant durera toujours : tu te trompes. Il te faut bientôt y retourner et de plus en plus souvent. Plus tu bois, plus tu as soif. Dieu est une drogue dure. »
Gérald Bronner, Exorcisme
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