Populisme, le parti pour le tout ?

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Un spectre hante l’Europe, le populisme… Le propos est commode et racoleur, comme le « retour des années trente » ou le « réveil des vieux démons ». L’Europe abriterait un monstre increvable en son sein, toujours prêt à reprendre du service dans différentes circonstances, notamment celles d’une confrontation à « l’Autre ». Et si le peuple s’avère mauvais – car c’est quand même lui qui vote populiste –, il faudrait adopter la solution attribuée par Brecht à l’Union des écrivains et décider « d’en élire un autre ». Mais le phénomène semble dépasser le continent européen, à en croire politologues et journalistes qui utilisent le terme pour désigner des mouvements ou régimes qui vont des Philippines aux États-Unis, du Venezuela à la Pologne, de la Turquie au Danemark. On choisira ici d’examiner cette notion à la lumière de l’histoire de la démocratie et d’un parent proche auquel elle est parfois identifiée, le totalitarisme, le plus souvent dans sa version dite « fasciste ». Cela en tentant de se déprendre d’une vision universelle et intemporelle. Peut-on, en effet, mettre sur le même plan l’idéologie et l’action de Le Pen, Orban, Trump, Mélenchon, Wilders, Erdoğan, Chavez ou Kaczyński ? En dehors de la représentation exclusive du corps national revendiquée par un parti – la tentation « d’un-seul » incarnant « l’un-seul-vrai-peuple » –, les différences sont notables. Cependant, si la variabilité des trajectoires et des cultures politiques est évidente, des interactions souterraines relient peut-être ces phénomènes dans le cadre de la globalisation actuelle.

Complément du 17 janvier 2020. Au sujet de Le Siècle du populisme de Pierre Rosanvallon (Seuil, janvier 2020),  le journaliste du Monde, Florent Georgesco, écrit : « L’ensemble des traits que Rosanvallon retient pour dessiner un « idéal-type » du populisme trouvent leur cohésion dans un sentiment d’impuissance. Mythologie du « peuple-Un » (et pur) ; croyance dans l’efficacité (et la justice) sans mélange d’une démocratie directe ; recherche d’un leader charismatique, « homme-Peuple » qui rassemble en incarnant ; national-protectionnisme ; exacerbation des émotions : tout converge vers une même tentative pour surmonter l’angoisse d’une perte irréparable. Celle d’une figure antérieure du monde, qu’aucune autre n’est venue remplacer. Il faudrait s’habituer à vivre dans l’incertitude. Il ne semble pas qu’on y parvienne. » Le populisme est donc bien un symptôme de la sortie de la religion, de la perte irréparable d’une « figure antérieure au monde ». Vox populi est devenue vox dei, et non l’inverse. Ce n’est pas Dieu qui s’incarne dans le peuple, c’est ce dernier qui est divinisé : Un et Pur.

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Écolo, la démocratie comme projet

Démocratie comme projet

 

Ce livre fouillé et documenté, instructif par son sujet et son iconographie, est le premier tome d’un diptyque que le décès de son auteur a empêché de mener à son terme. Il offre le grand intérêt de retracer le contexte, l’incubation, puis la naissance du parti Écolo en Belgique francophone. Et cela sur la base d’archives diverses, de souvenirs personnels et de rencontres avec différents acteurs clé. Aux antipodes d’un ouvrage surplombant de philosophie politique, consacré à l’émergence des « Verts » dans le champ politique, nous avons affaire à la reconstitution historique minutieuse d’un phénomène localisé, du moins à l’échelle mondiale. Cela, de surcroît, par un témoin direct et un acteur « aux premières loges » (à partir de 1999) de la période temporelle et politique qu’il tente de reconstituer.

Bernard De Backer, 2015

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