Le secret de Néerlande

Fenêtres mi-occultées d’une maison face au vieux port de Zierikzee
(photographie de l’auteur)

La petite cité apparaît tel le décor d’un conte de Grimm en ce soir d’hiver. Une mosaïque louvoyante de maisons séculaires rénovées et soignées, penchant tantôt vers l’avant, tantôt vers le côté, illuminées de guirlandes, filaments ou étoiles couleur ivoire. Pas un seul véhicule à moteur dans les rues, étroites et silencieuses. Elles ne sont parcourues que de rares piétons et de lourdes bicyclettes aux guidons en arc de cercle, diffusant des murmures de passage. Les fenêtres ne sont pas occultées, laissant transparaître des salons, des cuisines ou des salles à manger subtilement éclairés. L’intérieur est parfois brouillé par des vitres anciennes, floutant des familles ou des clients attablés. L’on nous y fait souvent signe en souriant, avec quelquefois un clin d’œil ou un doigt pointant l’assiette. À l’arrière du chenal de l’ancien port où flottent d’antiques bateaux de bois aux dérives latérales, une grande porte urbaine est surmontées de deux tours pointues. Elle se dresse comme un décor de briques orangées par les illuminations sur fond de ciel noir. La porte franchie, un pont-levis nous conduit au-dessus du canal menant vers l’Escaut oriental. Il fut le cordon ombilical séculaire de la ville vers la haute mer et la Flandre.

« Oui, c’est dans cette atmosphère qu’il ferait bon vivre, – là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et plus significative solennité. »

Charles Baudelaire, L’invitation au voyage

« Les maisons de Hollande ont
Le cœur traversé de lumière
Si bien que tête la première
Sans pudeur nous y regardons
»

Louis Aragon, Le voyage de Hollande

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La Pologne à l’Horizon

Coucher de soleil sur l’Elbe près de Wittenberg
(photographie de l’auteur)

« La bicyclette fait de vous un heureux ;
quelqu’un de libre en tout cas, de nouvellement libre et c’est insondable et exquis ce sentiment. »

Charles-Albert Cingria

« Le vélo est un jeu d’enfant qui dure longtemps »

Eric Fottorino

En juin 2015, je me suis aventuré dans un long périple me conduisant de Bruxelles à Słubice, sur la rive orientale de l’Oder – fleuve marquant, avec la Neisse, la frontière actuelle entre l’Allemagne et la Pologne. Bien que muni d’un équipement de cyclo-campeur et d’une condition physique assortie, ce ne fut pas « un voyage sportif ». Le but était de rejoindre ma cycliste à la frontière polonaise, puis de poursuivre notre route vers le nord des pays Baltes, au voisinage de Saint-Pétersbourg. Dans cette étape initiale, il s’agissait de mieux connaître l’Allemagne réunifiée, tout au long de l’axe ouest-est, parcourue jadis jusqu’au Danemark sur l’axe vertical. Une traversée par la voie lente, exposée au soleil et aux pluies, à la fraîcheur et à la canicule, riche en paysages, villes, villages, rencontres de hasard et de nécessité, de fortune et d’infortune. Une leçon de géographie et d’histoire. Jusqu’au jour où, entre les arbres d’une forêt, je verrai la terre polonaise par-delà le fleuve.

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