Que faire de Lénine ?

Lénoine 1895

Lénine en 1895 (source Wikipedia)

« Peu importaient les victimes puisqu’elles seraient compensées, voire annulées, par le bonheur final et suprême apporté à l’humanité tout entière par le communisme »

Dominique Colas, Lénine politique

Quittant Zurich pour Petrograd fin mars 1917, le fondateur du bolchévisme voulait déclencher l’insurrection sur les cinq continents en commençant par la Russie. Bousculant la géographie, l’histoire et la théorie de Marx, il avait puisé sa certitude inébranlable et forgé son mode d’action dans les œuvres intellectuelles et programmatiques d’une intelligentsia radicale coupée du peuple. La complicité d’une Allemagne sur la défensive lui permit d’atteindre la capitale d’un Empire moribond, dévasté par la Grande Guerre et décapité par Février. Après la prise de pouvoir d’Octobre, le régime bolchevique étendit son emprise par une épuration continue, et emprisonna nombre d’esprits dans le cercle magique de son idéologie. À violenter les évolutions conflictuelles d’en bas par une révolution monolithique imposée d’en haut, il n’est pas certain que le progrès y gagne. Un regard documenté sur cette histoire pourrait peut-être éclairer la question.

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La Convocation

Corée du Nord la nuit

La péninsule coréenne la nuit (source Wikipedia)

C’est assurément un recoin extrêmement sombre de la planète, notamment la nuit, lorsque les ouvriers éreintés, les paysans affamés et les esclaves des camps de travail gémissent dans des casemates de béton ou des dortoirs surpeuplés d’ennemis du peuple. Certains prétendent qu’alors, vu à hauteur de satellite, le pays se découpe comme un trou noir dans la mer de Chine, bordé par le collier scintillant du trente-huitième parallèle, les lumières blafardes des cargos ou d’erratiques queues de missiles ondoyant vers le soleil levant. Les images qui surgissaient dans sa mémoire — de rares reportages filmés à la dérobée avec une caméra tremblante — étaient celles de montagnes nues, pétrifiées par le froid, de fleuves gris traversés par des ombres et de villes, bâties de décombres, où des enfants en haillons erraient en quête de nourriture.

Il se souvenait aussi de ces images officielles relayées par les médias occidentaux : la capitale vide et propre, la mosaïque colorée et vibrante de jeux du stade, les scènes d’opéras militaires, les soldats rigides marchant au pas de l’oie dans des rues désertes. Le jeune Leadeur, visage poupin et coupe au bol, venait de liquider un général quatre étoiles, son oncle maternel, qualifié de saleté factieuse. Il l’avait, en signe d’infamie, fait empoigner dans les travées du comité central du parti du Travail, avant que, d’une balle, on ne lui arrache le cerveau. Sa famille, adultes et enfants en bas âge, fut exécutée dans la foulée, « pour qu’il ne reste aucune trace de cet homme ».

Bernard De Backer, 2016

Post-scriptum d’octobre 2018. Droit du travail en Corée du Nord : Les hommes de Kim (prix Albert Londres 2018)

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Les crimes du communisme entre amnésie et dénégation

Holodomor Kiev

Mémorial de Holodomor à Kiev (photographie de l’auteur)

Dans la nuit du 12 janvier 1937, on frappa à ma porte… Dès ma première minute
d’emprisonnement, il m’apparut clairement que ces arrestations ne relevaient d’aucune
erreur et que se réalisait la destruction planifiée de tout un groupe social — tous ceux qui ont gardé dans leur mémoire ce dont il ne fallait pas se souvenir de l’histoire russe des dernières années…

Varlam Chalamov, Cahiers de la Kolyma

Fin janvier, un entrefilet dans la presse nous apprenait que l’organisation russe de défense des droits de l’homme Mémorial, qui a notamment pour but l’étude de l’histoire de la répression en URSS, avait subi un contrôle fiscal au printemps 2005. Ce contrôle n’avait rien laissé au hasard : le fisc russe avait réclamé le paiement de « l’impôt social sur les bols » offerts par Mémorial à des vétérans du Goulag, lors du cinquantième anniversaire du soulèvement du camp de Kenguir. Il avait également exigé « une fiche de renseignement détaillée sur chaque bénéficiaire ». Au même moment, une pétition, visiblement orchestrée par le Parti du travail de Belgique (PTB) et son réseau, circulait sur le web. Elle appelait au rejet d’une résolution adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, condamnant « les crimes des régimes communistes totalitaires ». Cette conjonction d’évènements a le mérite d’ouvrir le débat sur la reconnaissance publique des crimes du bolchevisme et de s’interroger sur la nature du postcommunisme dans certains pays. Car, comme le disait Adam Michnik dans une boutade, « Ce qu’il y a de plus terrible dans le communisme est ce qui vient après lui ».

Bernard De Backer, 2006

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Apocalypse Mao. Adhérez au PTB comme entrer en religion ?

Mao et Staline

Staline et Mao (source pxhere)

Emporté par les évènements, le rapport de la commission parlementaire sur les sectes n’a pas vraiment suscité le débat escompté. La secte est pourtant, avec le réseau pédophile, l’une des grandes figures actuelles de la dangerosité sociale. Objet d’attraction autant que de répulsion, le groupe sectaire fascine par le caractère extrême de ses vues et la radicalité de l’engagement qu’il est supposé demander à ses membres, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie. Les affinités entre groupes politiques radicaux et sectes religieuses constituent par ailleurs un  thème bien connu de la sociologie des mouvements sociaux. Nul surprise, donc, à voir ici le PTB interrogé sur ce registre. Serait-il la 190e secte belge ?

Bernard De Backer, 1997 (article paru dans Politique, revue de débats)

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