L’Heure du Tigre

UTAMARO-Chushingura

Utamaro, 忠臣蔵 (source Wikimedia commons)

Et ils se taisent, car l’on ôta
les cloisons de leur esprit,
et l’heure où on les comprendrait
s’ébauche et disparaît.

Rainer Maria Rilke, Les fous

La voiture filait vers Laeken, par des confins peu familiers de ses passagers. Au-delà du canal strié de vaguelettes, séparant les deux rives de la ville, les voyageurs virent la vaste zone boisée du Palais bordant les quais, les avenues circulaires contournant le séjour muré du souverain. Le véhicule avait roulé le long de boulevards, emprunté des rocades, traversé de nombreux croisements et rails de tramways, longé grues et péniches après un large pont de pierre, puis des arbres crépitant de verdure en ce mitan d’avril.

Emportés par le tournis, les deux automobilistes conversaient sans modération : elle, la conductrice, légère, s’exprimant par saccades et avalant ses mots ; lui, le passager, faussement sagace, un peu lourd et feignant la maitrise de soi. Ils s’étaient égarés à plusieurs reprises, d’abord du côté de la Basilique et de ses larges avenues, ensuite aux approches de la Tour rouge à six étages, une fantaisie de l’ancien roi à la barbe blanche. Ajoutant à la confusion, un étrange défaut du moteur donnait l’impression que le véhicule était en permanence poursuivi par des ambulances avec sirènes et gyrophares.

Bernard De Backer, 2013

Téléchargez le fichier pdf : L’Heure du Tigre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s