Le zek, la houille et le traineau

Avec les Nénetses sous le tchoum
(photographie via Aude Merlin)

J’ai le plaisir d’accueillir un récit d’Aude Merlin, lu avec beaucoup d’intérêt lors de sa première publication dans La Revue nouvelle en décembre 2005. Merci à l’autrice de le confier à Routes et déroutes

À Vorkouta, dans le Grand Nord russe, se côtoient deux populations : les anciens prisonniers du goulag — les zeks — et des éleveurs de rennes, qui pratiquent la transhumance. Sous Staline, les zeks ont construit la ville et le complexe charbonnier, qui n’étaient qu’un immense camp. Aujourd’hui, leurs descendants sont frappés de plein fouet par la fermeture des mines, tandis que les éleveurs, qui sont parvenus à conserver leur mode de vie traditionnel, résistent mieux aux bouleversements de la crise économique.

Dernière minute : Sibérie, la toundra des Nénètse. À 600 kilomètres au nord du cercle arctique, en Sibérie, les Nénètse vivent depuis des millénaires sur la péninsule de Yamal, le « bout du monde ». Ces éleveurs de rennes nomades ont su s’adapter aux conditions climatiques parmi les plus hostiles de la planète. Mais aujourd’hui, la toundra subit de profonds bouleversements liés au réchauffement climatique, qui menacent la survie de leurs troupeaux. Documentaire de Mike Magidson (France, 2021), diffusion Arte. (tissé autour du fil conducteur du chemin de migration des Nénètse vers leurs paturages d’été, récits et témoignages sur les bouleversements induits par la sédentarisation, l’acculturation, l’exploitation gazière et le réchauffement climatique – notamment la fonte du permafrost et l’explosion consécutive de poches souterraines de méthane)

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Tissus de vie

Le printemps, une des cinq Saisons de la terre de Bernadette Sacré
(photographie de l’auteur)

« Les feuilles tremblent, brillent, autant de miroirs du ciel.
Ainsi le ciel s’enracine. »

Philippe Jacottet, La semaison – Carnets 1954-1979

Voici un article singulier pour ce début de printemps. Il n’était pas anticipé et contraste avec les textes de ce site : sciences humaines, histoire, géopolitique, recensions de livres, récits de voyage ou fictions. Il résulte d’un enchantement. Nous étions à la fin d’une soirée amicale chez Bernadette et Joël, dans un petit appartement bruxellois. L’atmosphère était conviviale, chaleureuse. Bernadette avait souhaité nous montrer ses paysages en tissu, étalés l’un après l’autre sur la table que nous venions de débarrasser. Elle nous a fait découvrir des rectangles colorés, assemblages de « tissus glanés, chutes, échantillons quémandés ou trouvés dans les poubelles de marchands de tissus ». Des paysages « vus de l’œil de l’oiseau », chacun précisément localisé dans les saisons et les lieux, à la fois réalistes et abstraits. J’étais ébahi. Sans être un amateur éclairé, j’aime les images, les œuvres picturales, les paysages réels ou rêvés, mais je n’avais jamais vu cela. Enfin, si, je l’avais peut-être déjà vu. Mais où ? Au Japon ? En Chine ? À Vienne ? Dans mes rêves ? Ou était-ce une fusion de tout cela ? J’ai proposé à Bernadette Sacré – c’est son nom – de présenter certaines de ses œuvres sur Routes et déroutes. Elle a accepté. Nous avons convenu d’associer les images tissées avec ce qu’elles font revivre ou imaginent, ainsi que le contexte de leur création. Suivez-nous, lisez et ouvrez les yeux.

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