La Convocation

Corée du Nord la nuit

La péninsule coréenne la nuit (source Wikipedia)

Gagnera qui réussira à rendre l’autre coupable.
Perdra qui avouera sa faute.

Milan Kundera, La fête de l’insignifiance

C’est assurément un recoin extrêmement sombre de la planète, notamment la nuit, lorsque les ouvriers éreintés, les paysans affamés et les esclaves des camps de travail gémissent dans des casemates de béton ou des dortoirs surpeuplés d’ennemis du peuple. Certains prétendent qu’alors, vu à hauteur de satellite, le pays se découpe comme un trou noir dans la mer de Chine, bordé par le collier scintillant du trente-huitième parallèle, les lumières blafardes des cargos ou d’erratiques queues de missiles ondoyant vers le soleil levant. Les images qui surgissaient dans sa mémoire – de rares reportages filmés à la dérobée avec une caméra tremblante – étaient celles de montagnes nues, pétrifiées par le froid, de fleuves gris traversés par des ombres et de villes, bâties de décombres, où des enfants en haillons erraient en quête de nourriture.

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Les crimes du communisme entre amnésie et dénégation

Holodomor Kiev

Mémorial de Holodomor à Kiev
(photographie de l’auteur)

Dans la nuit du 12 janvier 1937, on frappa à ma porte… Dès ma première minute
d’emprisonnement, il m’apparut clairement que ces arrestations ne relevaient d’aucune erreur et que se réalisait la destruction planifiée de tout un groupe social — tous ceux qui ont gardé dans leur mémoire ce dont il ne fallait pas se souvenir de l’histoire russe des dernières années…

Varlam Chalamov, Cahiers de la Kolyma

Fin janvier, un entrefilet dans la presse nous apprenait que l’organisation russe de défense des droits de l’homme Memorial, qui a notamment pour but l’étude de l’histoire de la répression en URSS, avait subi un contrôle fiscal au printemps 2005. Ce contrôle n’avait rien laissé au hasard : le fisc russe avait réclamé le paiement de « l’impôt social sur les bols » offerts par Memorial à des vétérans du Goulag, lors du cinquantième anniversaire du soulèvement du camp de Kenguir. Il avait également exigé « une fiche de renseignement détaillée sur chaque bénéficiaire ». Au même moment, une pétition, visiblement orchestrée par le Parti du travail de Belgique (PTB) et son réseau, circulait sur le web. Elle appelait au rejet d’une résolution adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, condamnant « les crimes des régimes communistes totalitaires ». Cette conjonction d’évènements a le mérite d’ouvrir le débat sur la reconnaissance publique des crimes du bolchevisme et de s’interroger sur la nature du postcommunisme dans certains pays. Car, comme le disait Adam Michnik dans une boutade, « Ce qu’il y a de plus terrible dans le communisme est ce qui vient après lui ».

Article publié en avril 2006 dans La Revue nouvelle.

Bernard De Backer, 2006

Téléchargez le fichier pdf de l’article publié dans La Revue nouvelle : Les crimes du communisme

Significativement (de mon point de vue, ayant connu La Revue nouvelle en interne), cet article ne figure pas sur le site de la RN, sauf le chapeau. Après demande d’informations auprès des « anciens » de la RN, il est apparu qu’aucun autre article n’avait été publié par la Revue nouvelle sur les crimes de masses du communisme, ni à fortiori sur l’amnésie et la dénégation de ceux-ci (en Russie et à l’Ouest), avant celui-ci publié avril 2006, et un seul sur le Goulag (32 ans après la publication de L’Archipel du Goulag). Aude Merlin avait en effet écrit un très beau récit, « Le zek, la houille et le traîneau« , publié en décembre 2005, dans lequel elle parle du Goulag (camps de Vorkouta). J’ai vécu une expérience semblable, une siècle après « la révolution » d’octobre, en 2017 avec la publication de « Que faire de Lénine ? » sur mon blog de la RN. Ce fut le seul article sur le sujet, qui ne fut même pas imprimé dans la revue papier (mais quand même sur mon blog RN…). Un membre du Comité de rédaction m’avait alors confié que mon article sur Lénine avait fait l’objet d’intenses discussions internes dans la groupe « blog ». Même les « chrétiens de gauche » étaient quelque peu négationnistes.

Sur le PTB et la pétition de 2005, voir la page Wikipedia (cet article est cité comme ressource dans la note 142…)

Apocalypse Mao. Adhérer au PTB comme entrer en religion ?

Mao et Staline

Staline et Mao (source pxhere)

Emporté par les évènements, le rapport de la commission parlementaire sur les sectes n’a pas vraiment suscité le débat escompté. La secte est pourtant, avec le réseau pédophile, l’une des grandes figures actuelles de la dangerosité sociale. Objet d’attraction autant que de répulsion, le groupe sectaire fascine par le caractère extrême de ses vues et la radicalité de l’engagement qu’il est supposé demander à ses membres, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie. Les affinités entre groupes politiques radicaux et sectes religieuses constituent par ailleurs un  thème bien connu de la sociologie des mouvements sociaux. Nul surprise, donc, à voir ici le PTB interrogé sur ce registre. Serait-il la 190e secte belge ?

Bernard De Backer, 1997 (article paru dans Politique, revue de débats)

Téléchargez le fichier pdf : Apocalypse Mao

Complément du 20 mars 2023. « Fonctionnement sectaire », « pression financière » et sur les héritages: d’anciens membres du PTB témoignent. La Libre a contacté une dizaine d’anciens membres ou élus du PTB, issus de toutes les régions de Wallonie et de Bruxelles et qui, pour la plupart, ne se connaissent pas. Objectif : comprendre le fonctionnement interne du parti, notamment sur le plan pécuniaire.