Anvers, d’une main l’autre

Mas Anvers Anne

Anvers vu du MAS – Museum aan de Stroom (photographie Anne Capet)

A contre-jour, une tête de Bouddha brun-doré offre son beau profil à l’angle d’une fenêtre, ouvrant sur un jardin japonisant percé d’un étang dans lequel batifolent des carpes dodues, entre bambous, rocailles et feuilles mortes. La haute pièce est éclairée par une lumière changeante, alternant des rayons d’arrière-saison filtrés par les arbres et de brusques nuées qui laissent l’Eveillé impassible. Une douce odeur d’omelette au lard se répand dans la tiédeur du matin, une desserte est garnie de fromages et de charcuteries, de pain, de beurre et de marmelades pour les hôtes de la maison.

La demeure centenaire est située à proximité de la Marnixplaats, un moyeu cerclé de métal formant la jointure de huit rues. Au centre du cercle, un monument imposant de style néorenaissance, érigé en 1883 et dénommé « Schelde vrij », célèbre le vingtième anniversaire du rachat, par Bruxelles, de la taxe de navigation sur l’Escaut due aux Pays-Bas. Le fleuve est symbolisé par une tête de faune crachant des flots au-dessus de chaînes brisées. Comme un écho redoublé de la légende de Brabo, tranchant la main du géant Antigoon qui rançonnait le passage fluvial et amputait ceux qui ne payaient pas. Deux sculptures illustrent ce combat mythique face à l’Hôtel de Ville, celle de Quinten Metsijs, datant du seizième siècle, et celle de Jef Lambeaux, érigée trois siècles plus tard. Le « Schelde vrij » de la Marnixplaats fait, quant à lui, référence aux conséquences (surtout au bénéfice d’Amsterdam) de la prise de la ville par les Espagnols en 1585 : la fermeture, puis la taxation de l’accès maritime par les Provinces-Unies protestantes, ainsi que l’exil de plus de la moitié de la population anversoise. La libération de l’Escaut en 1863 est d’une telle importance dans la mémoire urbaine que son cent cinquantième anniversaire fut célébré avec faste cette année, sous le signe de Neptune brandissant son trident. Ecoulement du fleuve, mains tranchées, fantasme des origines anversoises.

Bernard De Backer, 2014

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