La Misère, frontière linguistique

Brabant 2

Brabant belge (photographie de l’auteur)

Ce 16 août, un dimanche, la chaleur stagnait dans les chemins creux. Seules les hauteurs échappaient à la fournaise, balayées par une petite brise irrégulière. Vers dix-sept heures, à la fin d’une longue marche, on longea le rebord d’une butée sablonneuse culminant à cent mètres d’altitude. Comme souvent dans ces paysages d’openfield, les mamelons sont ensauvagés, coiffés d’arbres et de broussailles. Des repaires de lapins, faisans et perdrix sur lesquels les notables du coin déversent leurs chevrotines aux premiers brouillards. Peu avant le hameau de La Misère, un chemin s’élevait à droite et traversait un bosquet, mélange de pins sylvestres, de chênes et de bouleaux. Dans le cercle clair au bout du couloir végétal, sur ce replat que l’on devinait dans le lointain, on ne voyait que ciel bleuté et bouts de chaume. Au-delà du mamelon, selon notre carte, la terre descendait vers Opvelp en Flandre, le village d’un ancêtre brasseur qui avait acquis, à vil prix, un bien noir des Jésuites au XVIIIe siècle. Nous empruntâmes le chemin qui, une fois le sommet atteint, obliquait vers le nord et suivait la crête entre cultures et futaies sombres.

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Bouddha dans tous ses véhicules

Bouddha Nara
Statue de Bodhisattva à Nara au Japon (photographie de l’auteur)

À bonne distance des reportages convenus et des fictions éthérées, un film récent et bien documenté montre les multiples visages du bouddhisme en Belgique. Son auteur, cinéaste bilingue et bouddhiste zen, nous entraîne dans un montage astucieusement élaboré. Associant fondamentaux de la Bonne Loi, témoignages de pratiquants et portraits croisés de groupes, Konrad Maquestiau donne à voir de quelle manière l’enseignement du Bienheureux s’incarne de manière diverse dans la vie d’individus et de communautés. Ce faisant, il nous en apprend peut-être bien plus qu’il n’en a l’air.

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Bouddhismes et reconnaissance

Statue de Bouddha

Statue de Bouddha au Viet-Nam (source Wikipedia)

Le paysage bouddhique en Belgique[1], comme dans la plupart des pays occidentaux, est une mosaïque complexe traversée par deux lignes de partage principales : la première sépare le « bouddhisme hérité » (communautés migrantes asiatiques) du « bouddhisme choisi » (adeptes Occidentaux) ; la seconde sépare les trois grandes branches du bouddhisme (Theravada, Mahayana, Vajrayana) et les différentes écoles qui en sont issues (Zen, école Gelukpa, école Kagyapa…). Cette situation est typique de nos contrées, car, en Asie, c’est le plus souvent une seule branche qui domine le paysage religieux.

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Le dilemme tibétain

Kampa Dzong 1904 John C. White

Forteresse de Kampa Dzong (photographie de John C. White, 1904)

Rien n’était moins imprévisible que les manifestations qui ont secoué la « région autonome » du Tibet en mars 2008. Chaque année, en effet, nombre de Tibétains de l’intérieur et de la diaspora commémorent le 10 mars 1959, date de l’insurrection populaire contre l’occupant chinois et de la fuite du dalaï-lama en Inde (Mao a envahi le Tibet en 1950). La précédente révolte importante eut lieu en mars 1989, trente ans après l’insurrection. L’enchaînement des événements, tels que nous les connaissons, ne paraît cependant pas accréditer la thèse d’un mouvement entièrement prémédité, une première manifestation pacifique de moines le 10 mars à Lhassa n’ayant été suivie d’incidents violents que trois jours plus tard, perpétrés par des jeunes qui s’en sont notamment pris à des commerçants non Tibétains. Volontairement ou non, les Tibétains ont anticipé le cinquantième anniversaire de mars 2009 et saisi de fait l’opportunité des Jeux.

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Déverrouiller la porte de l’intérieur ?

Baghwan 1977 Poona

Disciple face à Baghwan, Poona 1977 (source Wikipedia)

Le soi en transformation est un architecte dessinant son propre environnement
[…] c’est un sculpteur libérant sa propre forme du bloc de l’habitude
[…] il tient son journal intime, rédige son autobiographie, examinant les
fragments de son passé comme un archéologue.

Marylin Ferguson, Les enfants du Verseau

L’espérance d’une nouvelle ère de l’humanité, placée sous le signe du Verseau, aurait-elle précédé le diagnostic de sociologues sur la « modernité liquide », la société des réseaux, de la réflexivité et du « travail sur soi » ? Car c’est dès les années soixante, voire bien avant dans certains milieux, que des groupes mystiques-ésotériques entrevoyaient ce que notre monde est devenu aujourd’hui. En ce sens, ils ont eu le nez fin. Mais dans la mesure où leur optimisme millénariste concevait la fin du « travail sur soi » comme « révélation du Soi », vecteur d’une humanité réconciliée et pleinement réalisée, ils semblent s’être trompés. Tout l’intérêt réside dès lors dans la motivation de leur espérance et les causes de leur désenchantement.

Bernard De Backer, 2007

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Bouddhismes en Belgique

Couverture Bouddhismes en Belgique

Couverture du courrier du CRISP consacré aux Bouddhismes en Belgique
(source CRISP)

Introduction de cette étude parue en 2002

« Les indicateurs d’une présence non négligeable du bouddhisme en Belgique, comme dans la plupart des pays occidentaux, sont nombreux. Outre sa grande visibilité médiatique, la diffusion de multiples ouvrages d’inspiration bouddhique, d’études consacrées au bouddhisme et les films récents qui l’ont popularisé (essentiellement sous sa modalité tibétaine), différentes enquêtes et recherches menées en Europe et aux États-Unis montrent l’attractivité de la « Bonne Loi ».

De nombreux occidentaux sont touchés par le bouddhisme, que ce soit sous la forme plénière d’une « prise de refuge » (conversion) comme laïc ou moine, ou sous des modalités plus souples et intermittentes d’adhésion, impliquant ou non des pratiques religieuses et la fréquentation de groupes constitués. Dans certains cas, la pratique et l’étude du bouddhisme peuvent aller de pair avec une affiliation religieuse différente, notamment chrétienne ou juive, voire un agnosticisme ou un athéisme déclaré. Par conséquent, les formes d’adhésions et d’identités bouddhiques des Occidentaux se caractérisent par une très grande variété et fluidité, ce qui rend la mesure de son implantation particulièrement difficile.

En outre, les flux de migrants et de réfugiés en provenance de pays ou de régions de tradition bouddhiste ont été accompagnés par la création de lieux de culte (pagodes, monastères,…) et la reconstitution de communautés croyantes, dans le cadre du « bouddhisme transplanté ». C’est le cas également en Belgique, notamment dans les communautés vietnamienne, laotienne, thaïlandaise, cambodgienne et chinoise.

L’implantation du bouddhisme dans notre pays, comme dans d’autres pays occidentaux, est donc la résultante d’au moins deux lignes de développement distinctes : la diffusion d’idées et de pratiques auprès d’Occidentaux et la transplantation de communautés asiatiques de tradition bouddhiste. Dans le premier cas, il s’agit d’un bouddhisme électif, « choisi » par des individus d’une autre tradition religieuse, voire de filiation agnostique ou athée, dans le second d’un bouddhisme natif, « hérité » de la communauté d’appartenance. »

Bernard De Backer, 2002

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Ciel avec nuages dans paysage moderne

Nuages

Nuages (source pixnio)

On oppose bien trop facilement la modernité techno-scientifique et « la religion », comme si la première, dans son expansion indéfinie, allait inévitablement résorber la seconde. Un peu à l’instar de Freud qui pensait vider l’inconscient comme les Hollandais asséchant le Zuiderzee. Il faudra sans doute encore beaucoup de trajets avant que le petit bonhomme n’ait fini de vider la mer. À supposer que son seau ne soit pas troué et qu’il accepte de se passer du grand large…

Parfois nous voyons un Nuage en forme de Dragon,
Parfois une vapeur pareille à un Ours, à un Lion,
Une Citadelle à tours, un Rocher suspendu,
Une Montagne fourchue ou un Promontoire,
Couvert d’arbres, qui font signe au Monde,
Et abusent nos yeux avec de l’Air.

Shakespeare, Antoine et Cléopâtre

Certains auraient donc espéré ce scénario limpide, d’autres y croient toujours. Les Lumières ayant chassé l’Obscur ou écrasé l’Infâme jusque dans ses moindres sanctuaires, une société rationnelle d’individus libres, authentiques, transparents à eux-mêmes et aux autres en aurait finalement résulté. Certes, le combat aurait été long – parfois tortueux car l’Histoire a ses ruses – mais l’issue n’aurait laissé aucun doute. Lentement, l’Aurore de la Raison aurait terrassé la Nuit de l’Ignorance, le soleil de la Science dissout les nuages qui voilent le ciel et fomentent les chimères. Éblouies par ce rêve prométhéen – s’enracinant dans une passion aussi trouble que ce qu’il escomptait liquéfier – des cohortes d’humains s’engouffrèrent dans le millénarisme moderne du dévoilement ultime.

Puis, l’expérience historique des nations et la vie imparfaite des hommes apporta son lot de déceptions amères. Les sociétés qui s’engagèrent dans l’aventure radicale de l’homme nouveau, fondée sur les prétendues Lois de l’histoire ou de la Science hypostasiée, voire les deux intimement associées, sombrèrent dans le chaos de la guerre et les affres de la purification par la faim et la déportation. La vie des militants éclairés elle-même, loin de suivre la ligne claire de leurs espérances, se heurta à des passions troubles, des contradictions insécables et de noirs complots, ou sombra dans la grisaille des jours ordinaires. D’autres se révoltèrent contre le totalitarisme techno-scientifique « avec de l’irrationnel dans tous les domaines » afin de « garder le primitif en circulation libre », comme l’exprimait le poète Maurice Chappaz[1].

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Développement, un facteur invisible ?

The Purloined Letter

Illustration de La lettre volée d’Edgar Poe (source Wikipedia)

En général, cette révolution ne dépend pas d’un afflux d’argent frais,
mais d’un esprit nouveau.

Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme

Les voyages, pour peu qu’ils nous confrontent de manière intense à d’autres cultures, peuvent faire vaciller les routines les plus solides qui constituent notre ancrage cognitif et émotionnel. Expérience qui, bien entendu, n’est pas sans risques. Les voyageurs le savent bien, et c’est sans doute pour cela qu’ils circulent le plus souvent en groupes – organisés de préférence. Mais lorsque la route déroute, elle peut aussi ouvrir les yeux. Les assurances les plus solidement ancrées se trouvent progressivement déboîtées par le jeu qui s’introduit dans leurs fondements. Une « fenêtre », au sens balistique du terme, permet alors d’apercevoir le caractère relatif d’une série de traits que l’on supposait universels[1]. Le modelage des corps et des esprits par l’incorporation de normes sociales apparaît dès lors d’une profondeur insoupçonnée, avec toutes les conséquences qui s’en suivent, notamment dans le domaine du développement économique et social[2].

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Apocalypse Mao. Adhérer au PTB comme entrer en religion ?

Mao et Staline

Staline et Mao (source pxhere)

Emporté par les évènements, le rapport de la commission parlementaire sur les sectes n’a pas vraiment suscité le débat escompté. La secte est pourtant, avec le réseau pédophile, l’une des grandes figures actuelles de la dangerosité sociale. Objet d’attraction autant que de répulsion, le groupe sectaire fascine par le caractère extrême de ses vues et la radicalité de l’engagement qu’il est supposé demander à ses membres, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie. Les affinités entre groupes politiques radicaux et sectes religieuses constituent par ailleurs un  thème bien connu de la sociologie des mouvements sociaux. Nul surprise, donc, à voir ici le PTB interrogé sur ce registre. Serait-il la 190e secte belge ?

Bernard De Backer, 1997 (article paru dans Politique, revue de débats)

Téléchargez le fichier pdf : Apocalypse Mao

Complément du 20 mars 2023. « Fonctionnement sectaire », « pression financière » et sur les héritages: d’anciens membres du PTB témoignent. La Libre a contacté une dizaine d’anciens membres ou élus du PTB, issus de toutes les régions de Wallonie et de Bruxelles et qui, pour la plupart, ne se connaissent pas. Objectif : comprendre le fonctionnement interne du parti, notamment sur le plan pécuniaire.

New Age : entre monade mystique et neurone planétaire

Aquarian Conspiracy

Dans l’univers foisonnant des nouvelles formes religieuses, la nébuleuse New Age semble se répandre comme un effluve capiteux. Spiritualité totalitaire pour les uns,  bric-à-brac religieux pour les autres, le troublant parfum pourrait bien avoir gagné une position durable dans notre atmosphère spirituelle. S’interposant entre les villageois planétaires et l’immensité sidérale d’un ciel aussi vide que profond, les nuées du Verseau paraissent autant voiler l’abime extérieur que donner sens à la nostalgie la plus intime du sujet. Et si, de plus, elles se trouvent magnifier dans le registre religieux l’univers social où elles se sont développées, comment ne pas voir dans cette heureuse coïncidence une formation de compromis qui porte le joli nom de sumptôma en grec. Soit, littéralement, « ce qui arrive en même temps ». Mais que quoi, au fait ?

Bernard De Backer, 1996

P.-S. La Revue Nouvelle a écrit à Raphaël Liogier, suite à la publication de son livre Souci de soi, conscience du monde. Vers une religion globale ? (Armand Colin, 2012), dans lequel le sociologue français fait une référence totalement erronée à notre article. Voir également ici, note 7. Nous avions échangé une correspondance antérieure avec lui sur cet sujet, et il connaissait notre analyse du New Age comme une religiosité inividualo-globaliste, ce qui rend sa citation d’autant plus étonnante et frisant la mauvaise foi. Il suffit de lire notre article. La lettre de la RN : Liogier 4 septembre 2012

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