Allumettes suédoises

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Carl Wilhelmson, Juniafton (1902)

À Greta Thunberg,
petite allumette suédoise qui a mis le feu aux marches des jeunes pour le climat

Les élections suédoises du 9 septembre 2018 se sont déroulées dans une nation touchée par plusieurs crises. Les effets du changement climatique se sont fait ressentir de manière violente, avec une sécheresse et des températures jamais mesurées. Des incendies de forêt ont détruit des milliers d’hectares, des récoltes ont été perdues, du bétail abattu ; les îles baltiques de Gotland et d’Öland ont été touchées par de graves pénuries d’eau. Même le point culminant du pays, en Laponie, a fondu de quatre mètres.

Ce choc survenait alors que la Suède, non membre de l’OTAN, avait vu sa population mise en « défense totale » par le gouvernement, suite à des incursions russes réitérées dans ses eaux territoriales et son espace aérien. Sa réputation était par ailleurs entachée depuis an par le scandale du prix Nobel de littérature décrédibilisant les élites culturelles, la crise de l’Académie suédoise portant au grand jour des aspects peu reluisants des coteries d’initiés de Stockholm. Enfin, la problématique migratoire, dans une « superpuissance humanitaire » qui a accueilli un nombre très élevé de réfugiés en proportion de sa population en Europe, connaît des développements inquiétants. D’un côté, par des difficultés de cohabitation dans les trois grandes villes (Stockholm, Göteborg et Malmö) qui connaissent une hausse de la criminalité, du vandalisme et des actes antisémites, et, de l’autre, par l’euphémisation ou le déni de certaines réalités par une bonne partie des élites intellectuelles, politiques et médiatiques. Comme ailleurs en Europe, ce cocktail détonnant a creusé le fossé entre « le peuple et les élites », alimenté l’extrême droite ou « le populisme ». L’échiquier politique s’en est trouvé bouleversé. Éclairages au fil d’un voyage dans un Nord qui vire au Sud.

En cette fin mai 2018, le trajet de trois heures à bord du ferry-boat de la Stena Line, reliant la paisible bourgade danoise de Frederikshavn à la métropole suédoise de Göteborg, offre des allures de croisière égéenne vers les îles Fortunées. Le ciel est céruléen, les voyageurs bronzés et la température frise les trente degrés sous un soleil de plomb. Cette météo paradisiaque n’intéresse cependant guère les passagers qui s’affairent dans ce qui ressemble à un supermarché flottant. Ce qui paraît les préoccuper, c’est l’achat d’alcool dans des proportions astronomiques. Déjà, lors de l’embarquement, la voiture d’un retraité à casquette nous précédant avait montré un curieux ballet : le coffre avait été vidé par le vieil homme ayant transféré tous ses bagages sur le siège arrière. A l’arrivée dans le grand port de Göteborg, le même coffre était rempli à raz bord de packs de bière et d’alcools forts. Pendant la traversée, des cohortes de passagers bedonnants tiraient des caddies à roulettes, chargés de Carlsberg ou de Tuborg. D’autres avaient le regard perdu devant leur litron de rosé. La Suède ne serait-elle qu’un pays de vieux alcooliques qui contournent la prohibition[1] sur les ferries ? Cette fois, la première impression n’est pas la bonne.

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Sur le ferry-boat entre Frederikshavn et Göteborg (photographie de l’auteur)

Peuple des clairières

A peine débarqués dans le centre aux allures impériales de Göteborg, après avoir remonté le fleuve Göta donnant son nom à la cité portuaire bâtie sur des rochers arrondis par la dernière glaciation, l’image est tout autre. Des norias de cyclistes virevoltent sur les pistes cyclables, malgré le terrain pentu. Ils bénéficient de voies protégées prenant toute leur place dans une ville où les flux automobiles sont strictement contrôlés, les transports en commun bien organisés, notamment les ferries traversant le fleuve vers les quartiers de Lindholmen et de Frederiksberg. On arpente une ville créative, jalonnée de parcs et de bois, traversée d’eau, quadrillée de vieux bâtiments et d’audacieux immeubles ultramodernes. Le design scandinave[2] y fait merveille et plusieurs restaurants servent de la « nouvelle cuisine nordique », exquise et raffinée. Une sorte de paradis urbain écrasé de soleil en ce printemps, bien loin de l’image d’un port pluvieux et empestant le hareng. La vague de chaleur semble avoir déplacé cette ville boréale à des milliers de kilomètres au sud. Les maisonnettes rouges posées sur de vieilles moraines rabotées n’auraient qu’à être repeintes en bleu et blanc pour donner l’illusion de la Grèce. Au centre historique de la seconde ville de Suède, dans le « jardin des roses » situé au cœur d’un parc de treize hectares, des dames font des concours de tricot en suant sous leur chapeau de paille. Les enfants barbotent dans les fontaines et les clients du restaurant se bousculent pour se servir d’eau glacée au distributeur (l’eau est gratuite dans les restaurants). Parapluies, vestes polaires et autres accessoires « nordiques » resteront rangés dans le coffre pendant les trois semaines du voyage.

C’est le début d’un périple en boucle de deux mille kilomètres qui conduira d’abord vers le nord-est, de Göteborg à Uppsala – capitale religieuse et universitaire du pays – en longeant les plus grands lacs de l’Union européenne, le Vänern (5.650 km2) et le Vättern (1.900 km2). Un premier trajet traversera les provinces historiques du Bohuslän, du Västergötland, du Östergötland et de l’Uppland. La seconde partie de la boucle, après un séjour à Uppsala et une visite de Stockholm, replongera vers le sud-est en longeant la côte balte vers l’île d’Öland en face de la ville de Kalmar, puis obliquera vers la Scanie et Helsingborg à quelques kilomètres de son vis-à-vis danois, Helsingor – qui a inspiré Shakespeare sous le nom d’Elseneur, avec son château où Hamlet croisa le spectre de son père. Hormis quelques villes, c’est un long périple dans la Suède rurale, avec hébergement dans de petites maisons en bois  : les stuga (ce mot désigne des cabanons rustiques à la campagne) peintes en rouge de Falun[3] ou faluröd, une couleur faite avec des scories de cuivre de la célèbre mine éponyme située en Dalécarlie, l’Arcadie suédoise.

Maison de campagne Linné

Maison de campagne de Linné à Hammarby, peinte en faluröd  (photographie de l’auteur)

Ce qui frappe le voyageur tout au long du chemin, c’est l’absence de fortes inégalités[4] perceptibles dans l’immobilier, le parc automobile, les commerces ou l’habillement. Cette impression d’égalitarisme est associée à d’excellents équipements publics, tels les routes et les transports en commun performants (les gares sont de vrais joyaux), des services efficaces. On le remarque de manière anecdotique, mais significative, aux pontons publics aménagés au bord des innombrables lacs, en passant par le Allemansrätt, le droit de libre accès à la nature (camping sauvage inclus)[5]. Le contrôle routier est très strict, les radars nombreux, la vitesse autorisée plus lente que dans d’autres pays, les phares obligatoirement allumés en journée. Le tout donne l’impression d’un « pays de l’Est qui aurait réussi » ou d’un « paradis social-démocrate », certes discipliné et conformiste (Booth, 2014), mais compétitif et créatif. C’est notamment le cas dans les domaines industriels (Tetra Pak, H&M, Ericsson, Volvo, Ikea, etc.), les nouvelles technologies, le numérique (l’argent liquide a pratiquement disparu), l’architecture, la vie culturelle, les musées, l’enseignement, la protection de l’environnement[6]. La Suède est en tête des classements internationaux en termes de développement humain, d’écologie, d’égalité des genres et de démocratie.

Le pays est gouverné par le Parti social-démocrate (SAP) depuis 1932 (il a connu diverses périodes d’opposition ; il est à nouveau au pouvoir dans une coalition minoritaire avec les Verts depuis 2014). Un mode de gouvernance qui a su progressivement combiner de manière efficiente économie de marché et protection sociale, autonomie individuelle et Etat social, égalité des genres et système éducatif performant, prélèvements obligatoires élevés et innovation industrielle, État social et négociations entre partenaires sociaux, ouverture au monde et identité nationale (voir Kalinowski, 2017). Si d’innombrables maisons arborent le fanion national au bout d’un mat ou d’une hampe (comme dans tous les pays nordiques), l’on ne perçoit guère de nationalisme agressif et l’accueil suédois n’est pas un vain mot.

L’hiver a déversé son flot de pluie et de neige imbibant les forêts et les champs, alimentant les milliers de lacs et rivières qui serpentent dans ce pays de quinze cents kilomètres de long sur quatre cents de large, peuplé d’un peu plus de dix millions d’habitants, majoritairement établis dans les trois grandes zones urbaines (Stockholm, Göteborg et Malmö) et les régions méridionales. La Suède est l’un des pays les plus boisés et les moins densément peuplés de l’Union européenne, ayant connu de surcroît une très forte émigration[7] rurale (un quart de la population faiblement urbanisée de l’époque) vers les Etats-Unis au XIXe siècle.

Roulotte

Roulotte de Scanie transformée en chambre d’hôte (photographie de l’auteur)

La Suède rurale est une succession de clairières cultivées, nichées entre forêts interminables (couvrant 53 % du territoire, souvent en sylviculture pour l’industrie du papier), lacs, marécages et saillies rocheuses. D’où le nom de « peuple des clairières » (Hammarström et Wästeberg, 2013) donné aux habitants vivant à l’intérieur du pays. Les Vikings, qui vécurent avant la christianisation et la fondation des royaumes, n’étaient ni un peuple ni une entité politique, mais le nom donné à des navigateurs, marchands et pillards vivant au bord des fjords des trois pays scandinaves. Les habitants des villes ont gardé la nostalgie de la forêt et nombre d’entre eux possèdent une stuga rouge, que l’on découvre au milieu des arbres ou sur de petites îles. Les incendies de l’été 2018 constituent dès lors une atteinte symbolique à l’identité suédoise[8]. Mais en cette fin de printemps, le paysage est encore verdoyant malgré l’absence de pluie depuis début mai. Un phénomène climatique exceptionnel qui perdura en juin et puis durant tout l’été, avec récoltes perdues, gigantesques feux forestiers et abattage de troupeaux[9]. La Suède, tout comme le Danemark et la Norvège, est frappée par le réchauffement climatique, qui intensifie les variations météorologiques saisonnières[10].

Élites urbaines et scandale du Nobel

Mais d’autres feux éclatent en Suède, un pays dont la réputation internationale est cruellement marquée par le scandale récent de l’Académie Nobel. Car « le scandale dépasse largement le Nobel », me confie un universitaire polyglotte (il est professeur d’économie en Suède et aux USA, sa femme est française). Je l’avais rencontré dans la cathédrale d’Uppsala lors de la consécration de deux nouveaux évêques, dont une femme, par l’Archevêque de l’Église luthérienne de Suède, l’Allemande Antje Jackelén.

L’universitaire luthérien et francophone m’a d’abord commenté les détails de la liturgie, qui se veut une célébration œcuménique avec diverses églises chrétiennes. Un prêtre africain se dirige au cœur de la foule pour lire un passage de l’évangile, des hiérarques coptes ou éthiopiens chantent avec ferveur. Un pasteur mal rasé à collerette blanche, portant queue de cheval et boucle d’oreille, pouponne son bébé dans les travées. A l’arrière de la cathédrale, un espace de jeu est réservé aux enfants qui peuvent se déguiser en pontifes, grâce aux mitres et aubes multicolores mises à leur disposition. C’est un bout de la Suède multiculturelle, humaniste, égalitaire et « moderne »[11] au cœur de la cathédrale qui est le siège de l’Église luthérienne suédoise. Si la séparation entre l’Église et l’Etat ne s’est faite qu’en 2000, la stratégie des sociaux-démocrates a été de moderniser l’Église de l’intérieur plutôt que de s’y opposer de manière frontale.

Il n’y a personne – hors l’Archevêque et ses acolytes – pour saluer le roi Carl XVI Gustaf qui sort de sa voiture avec sa famille pour assister à la cérémonie ; selon nos amis, l’on ne trouvera pas un mot de l’événement dans la presse locale. Mais le désastre de l’Académie Nobel sous autorité royale est peut-être pour quelque chose dans ce manque de popularité ; des affaires de mœurs auraient déjà terni sa réputation en 2010.

Résumons l’affaire du Nobel de littérature en quelques lignes. Le prix est attribué par un groupe d’académiciens, richement dotés et élus à vie, qui s’appellent eux-mêmes les Dix-Huit (leur nombre). Leurs membres sont cooptés et se réunissent tous les jeudis dans un restaurant privatif au cœur du vieux Stockholm. En novembre 2017, suite à l’affaire Weinstein, Jean-Claude Arnault, mari français d’une des académiciennes, la poétesse Katarina Frostenson, a été accusé de deux viols et de harcèlements sexuels répétés. Le couple aurait par ailleurs utilisé des fonds du Nobel pour le centre d’art contemporain d’Arnault à Stockholm (« Le Forum ») et divulgué des informations concernant les délibérations secrètes des Dix-Huit. En outre, certains de ces délits sexuels auraient eu lieu dans des appartements appartenant à l’Académie. Suite à ces révélations, dont nombre de faits étaient connus depuis plus de vingt ans par des académiciens, six d’entre eux ont démissionné et deux autres ont été exclus. Comme le quorum pour les cooptations est de dix, l’Académie est paralysée et se déchire en luttes intestines que la population découvre dans la presse. Le Roi de Suède étant l’autorité suprême de l’Académie, il est éclaboussé par le scandale. Il pourrait être tenté de la dissoudre, ce qui signifierait la fin du prix Nobel de littérature. Jean-Claude Arnault sera jugé pour viol en septembre 2018 à Stockholm[12],

Vieux Stockholm

Vieux Stockholm, quartier de Kungsholmen (photographie de l’auteur)

Après la consécration des évêques, l’économiste me rejoint dans le café de la cathédrale où tout ce beau monde – hormis le Roi et les prélats – se retrouve pour boire du café et manger des smörgasbröd (petit pains fourrés). « Le scandale du Nobel me dit-il, c’est surtout celui de l’entre-soi d’une petite élite culturelle incestueuse qui tire les ficelles du pouvoir intellectuel en Suède (ce qui est aussi le cas pour le pouvoir économique, détenu par les grandes familles du « tout Östermalm », le quartier huppé de Stockholm). Ce qui a profondément choqué la population suédoise, c’est la découverte d’une omerta qui règne au sein de cette richissime coterie de happy few, car ils savaient ce qui se passait depuis des années et ils n’ont rien dit. Le Roi est aussi impliqué par son silence ».

L’effet du scandale est désastreux, car il vient se combiner à une autre forme d’omerta concernant la problématique migratoire, l’islam politique et diverses formes de criminalité associées[13]. La perception d’un complot ourdi par des élites, libérales ou libertaires contre le peuple suédois autochtone s’en trouve accrue, selon un scénario qui traverse toute l’Europe.

Les nouveaux Suédois

Le pays, « superpuissance humanitaire », est réputé depuis des décennies pour son ouverture aux réfugiés depuis la fin de l’immigration de travail, et pour son système social universel (détaillé dans Kalinowski, 2017). Une ouverture qui vient notamment compenser une culpabilité larvée pour des formes de collaboration de la Suède avec le nazisme durant la Seconde Guerre (sans parler de l’eugénisme qui déboucha sur la stérilisation de plus de soixante mille femmes entre 1934 et 1975), même si le pays avait accueilli des milliers de réfugiés juifs exfiltrés du Danemark par le détroit d’Øresund[14]. Ayant opté pour la neutralité dans le conflits, la Suède avait laissé passer des trains allemands qui allaient piller la Norvège et fourni des matières premières aux nazis. De nombreux entrepreneurs avaient profité de la situation pour s’enrichir. Par ailleurs, des réfugiés originaires des Pays baltes avaient été extradés à la fin de la guerre vers l’URSS (où ils ont été fusillés ou déportés au Goulag).

La « tyrannie de la pénitence »[15] trouve ici un ancrage récent, la Suède n’ayant été que peu impliquée dans l’entreprise coloniale. Le compromis social-démocrate était basé sur une alliance entre le Parti social-démocrate (SAP), le syndicat unique (LO) et la fédération des entreprises suédoises (SAF). Les trois partenaires, et surtout les grandes familles (les plus célèbres étant les Wallenberg et les Bonnier) qui détenaient un bonne part des entreprises, tentèrent de faire table rase du sentiment de culpabilité lié à la période 1939-1945 (Booth, 2014). Le pays adopta dès lors un « profil identitaire bas », qui déboucha plus tard sur le multiculturalisme prôné par Olof Palme[16] en 1975 (Palme était lui-même issu d’une famille très aisée, liée aux Wallenberg et établie dans le quartier d’Östermalm à Stockholm).

On en trouve trace dans la littérature suédoise, notamment dans les romans policiers d’Henning Mankell, tel Meurtriers sans visage, publié en 1991. De manière emblématique, tous les ingrédients de la problématique actuelle s’y trouvent réunis (que le lecteur nous pardonne le dévoilement de l’intrigue) : le meurtre d’un couple de paysans pour un magot caché trouvant son origine dans la collaboration avec les nazis ; les soupçons contre un groupe de réfugiés africains dont les logements sont incendiés ; les démêlés de l’inspecteur Kurt Wallander avec des autorités politiques ne parvenant pas à contrôler l’immigration et pratiquant la langue de bois ; la responsabilité finale de la mafia bosniaque, entrée clandestinement en Suède par les plages de la Baltique. Et nous sommes avant l’entrée de la Suède dans l’UE (1995), l’application de Schengen (2001) et la crise des réfugiés de 2015.

Après avoir été un pays d’émigration massive, surtout aux USA, entre 1850 et 1930, la Suède a connu un retournement de la situation dans les années soixante (toutes les données qui suivent proviennent des sites officiels Sweden and Migration et Statistics Sweden). Après la Seconde Guerre mondiale, 4 % de la population était née à l’étranger et il s’agissait surtout d’une immigration européenne de voisinage (principalement de Finlande et des Pays baltes). Une phase d’immigration de travail (Grèce, Turquie, Italie) eut lieu dans les années 1950, et déboucha notamment sur la construction de cent mille logements sociaux par an (Miljonprogrammet), à l’allure parfois « soviétique », entre 1965 et 1974.

Après une diminution du flux migratoire, l’arrêt de l’immigration de travail et des retours au pays (notamment des Finlandais) dans les années 1970-1980, une première vague importante de réfugiés est consécutive à la guerre entre l’Iran et l’Irak et aux guerres des Balkans (éclatement de la Yougoslavie, puis guerre du Kosovo) dans les années 1990. Cet accueil déboucha notamment sur l’octroi de l’asile selon la Convention de Genève à vingt-sept mille Iraniens et cent mille Bosniaques. Cet afflux de réfugiés fut suivi rapidement par des populations en provenance du Proche et Moyen orient (Irak, Iran, Liban, Syrie, Turquie, Erythrée et Somalie) et d’Amérique du sud (Chili, Argentine). L’intégration dans l’UE (1995) et Schengen (2001) entraîna la fin des contrôles aux frontières et une hausse des flux migratoires (d’immigration mais aussi d’émigration hors de Suède) intra et extra-européens. Sur la période qui va de 1980 à 2017, 73 % de la croissance de la population est le fait du solde migratoire.

Etudiants à Strägnäs

Etudiants fraîchement diplômés sortant de la cathédrale de Strägnäs (photographie de l’auteur)

Entre 2012 et 2017, le pays a connu une immigration de 787.567 personnes, principalement des réfugiés, ce qui fait 8,3 % de la population totale de fin 2011. Pendant la même période, 301.027 personnes ont émigré, ce qui donne une solde migratoire positif de 486.540 personnes. Les neuf premiers pays d’origine des demandeurs d’asile en 2015 étaient (hors apatrides) : la Syrie, l’Afghanistan, l’Irak, l’Érythrée, la Somalie, l’Iran, l’Albanie, le Kosovo et l’Ethiopie. 9 % des demandeurs d’asile de ces origines seraient mineurs d’âge. L’essentiel de la croissance démographique du pays provient de l’immigration, par les flux entrants et le taux de natalité des « Nouveaux Suédois ». Les données actuelles indiquent qu’environ 17 % de la population est de nationalité ou d’origine non européenne (selon les critères suédois : né à l’étranger ou de deux parents nés à l’étranger). Bien entendu, ces chiffres ne tiennent pas compte des personnes en situation irrégulière, dont l’estimation est par définition très difficile. Selon une déclaration de l’Agence suédoise des migrations en 2016, 50.000 personnes sans papiers travailleraient dans l’Horeca, les transports et la construction[17]. Ce nombre a sans doute augmenté, depuis que la Suède applique une politique d’asile plus restrictive et que la proportion de déboutés du droit d’asile augmente.

La problématique migratoire est devenue dès lors, selon les propres termes d’un des sites officiels cités plus haut, « un sujet très chaud à l’agenda politique ». Cela surtout parce que cette question s’associe à des difficultés d’intégration et de cohabitation avec certains migrants dans les grandes villes (ou de petites villes, voire des villages où des réfugiés furent répartis). À ces difficultés viennent s’ajouter des émeutes dans des quartiers de Stockholm en 2013 l’attentat dans la même ville par un camion bélier en avril 2017, conduit par un réfugié d’Ouzbékistan débouté du droit d’asile et se réclamant de Daech, qui fit cinq morts. Un attentat à la bombe avait déjà eu lieu en décembre 2010 à Stockholm, perpétré par un réfugié irakien ayant obtenu la nationalité suédoise en 1992. Au mois d’août 2018, plus de cent voitures ont été incendiées par cocktail Molotov et de manière coordonnée à Göteborg, ce qui a fait dire au Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven : « Vous détruisez vos propres chances, vos parents et vos quartiers ». On constate aussi une croissance d’actes antisémites, mêlés d’antisionisme, qui ont fait fuir une partie de la communauté juive de Malmö (attentats contre la synagogue de Malmö, mais également contre celle de Göteborg).

Chez des amis d’une ville au nord de Stockholm, des universitaires dont l’un est d’origine juive américaine et a travaillé dans la communauté noire de Chicago, le malaise est perceptible. « Les Suédois ont été un peu ingénus dans leur accueil à bras ouverts et n’ont pas voulu voir certains problèmes, notamment l’islamisme, l’antisémitisme et la forte hausse de la criminalité, pour l’essentiel entre groupes de migrants et non pas contre des Suédois ». Dans la maison où nous logeons, un système de surveillance sophistiqué a cependant été mis en place. La fille du propriétaire n’ose plus laisser ses enfants jouer seuls dans le quartier.

Gamla Uppsala

Les trois grands tertres funéraires à Gamla Uppsala (photographie de l’auteur)

Paranoïa ou crainte légitime ? Le fait est là, symptôme d’un climat de méfiance dans un pays où la confiance dans les institutions et l’esprit communautaire sont des dimensions centrales du modèle social-démocrate (Kalinowski, 2017). Il est difficile de se faire une opinion, voire de collecter certaines données, entre un certain déni des réalités et l’hystérie apocalyptique d’une « Suède à feu et à sang » dont Trump et Fox News se sont fait l’écho. C’est aussi entre ces écueils que doit naviguer l’électeur suédois, les classes populaires étant attirées par une droite anti-immigration (Sverigedemokraterna, Démocrates de Suède)[18], qui appelle également à un referendum sur la sortie de la Suède de l’UE (le Swexit).

Pays européen comme les autres

C’est donc ce pays prospère, mais fragilisé et blessé dans son identité (on lui a même dérobé deux couronnes royales cet été), qui s’est rendu aux urnes le 9 septembre. À l’approche des élections législatives, les sondages d’opinion, bien qu’en dent des scie, indiquaient une poussée importante du parti anti-immigration, les Démocrates de Suède. Ce dernier dépassait parfois le Parti social-démocrate dans les intentions de vote et menaçait de devenir le premier parti de Suède.

Les résultats seront cependant différents des sondages ; les Démocrates de Suède ont effectué une percée plus faible que prévue, avec 17,6 % des voix au lieu des 20 % annoncés. Mais ils renforcent leur place de troisième parti avec une progression de 14 sièges par rapport à l’élection de 2014 (12,9 % des voix). Comme aucun des deux « blocs » (le « rouge-vert » et « l’alliance du centre ») n’atteint la majorité, les Démocrates de Suède sont en position d’arbitre et les négociations pourraient être longues. Selon toute probabilité, la politique suédoise devrait être plus restrictive en termes d’immigration et plus exigeante en termes d’intégration (elle a déjà changé en novembre 2015, lorsque le gouvernement a décidé de fermer les frontières et de durcir les conditions du regroupement familial et des titres de séjour). Peter Wallmark, président des sociaux-démocrates à Stockholm, déclarait ainsi au soir des élections : le parti des Démocrates de Suède « a forcé les autres partis à ouvrir les yeux ». Le parti vert suédois (Miljöpartiet), qui espérait capitaliser sur les questions d’environnement, suite à la canicule et aux incendies, a failli passer en en dessous du seuil électoral des 4 %, notamment en raison de certaines attitudes « islamo-gauchistes »[19].

Cette poussée de partis anti-immigration touche les autres pays nordiques. Au Danemark, le Parti populaire danois est devenu le premier parti du pays aux élections européennes de 2014 ; en Norvège, le Parti du progrès est le troisième parti aux législatives de 2013 ; en Finlande, le parti Les Finlandais de base est également le troisième parti aux élections européennes de 2014 (avant son éclatement en deux partis en juin 2017) ; l’Islande, enfin, est protégée par son glacis maritime, mais le Parti de l’indépendance hostile à l’UE est la principale formation politique du pays. Cette montée des partis anti-immigration est présente dans quasiment toute l’Europe, ce qui a fait dire à l’ancien Premier ministre, Carl Bildt, que la Suède était devenu un « pays européen comme les autres ». Si la social-démocratie n’ouvre pas les yeux sur le désaveu croissant des classes populaires, il est à craindre que sa maison ne soit dévorée par l’incendie (Kahn, 2018). Reste à savoir comment les pays européens feront face, chacun selon ses spécificités, à l’un des plus grands défis démographique, politique et culturel de l’histoire continentale contemporaine : un « nouveau peuplement européen » (Bastenier, 2005), ce qui est bien autre chose qu’une « crise des réfugiés ». La transformation profonde d’un peuple ne fait pas moins de bruit que la chute d’un Dieu[20].

Forêt d'Ottenby

Dans la forêt d’Ottenby (photographie de l’auteur)

Nous quittons le pays deux mois avant les élections. Dans l’île d’Öland, la sécheresse marque déjà le paysage à la fin juin. Longue de cent quarante kilomètres et large d’une dizaine, l’île calcaire est surnommée « la Provence suédoise ». Une réserve naturelle a été créée autour de son cap méridional et l’ancien manoir royal d’Ottenby. Des centaines de chevreuils et des cerfs vivent librement dans la grande forêt de chênes et les herbages longeant la Baltique, face à la lointaine Lettonie. Au sortir de la forêt, la lande tremble sous la chaleur. Des hardes de chevreuils se découpent comme un mirage dans les hautes herbes roussies bordant la mer et un long îlot de dunes bardées d’oyats. De retour à Grönhögen, le dernier village au sud d’Öland, notre hôte Lars partage notre admiration pour les lieux, tout en s’inquiètant du climat : « On se croirait dans la savane ! »

Bernard De Backer, septembre 2018

Post-scriptum de mars 2019. Sur la social-démocratie scandinave, « Splendeur et misère de la social-démocratie » dans Le Monde du 15 mars 2019. Avec une interview en fin d’article (un peu brève) de Wojtek Kalinowski − auteur de Le modèle suédois. Et si la social-démocratie n’était pas morte ?, Éditions Charles Léopold Meyer, 2017. Le livre est entièrement téléchargeable en pdf sur le site relayé.

Post-scriptum de janvier 2019 : Ce n’est certainement pas un hasard si c’est une adolescente suédoise, Greta Thunberg, qui est devenue l’icône des jeunes manifestant contre le réchauffement climatique. C’est en effet après la vague caniculaire et les feux de forêt de l’été 2018 qu’elle commence sa grève de l’école à Stockholm. Tous les jours, l’adolescente proteste en s’asseyant durant les heures scolaires devant le Riksdag (parlement suédois) avec le panneau Skolstrejk för klimatet (grève étudiante pour le climat)  Elle est venue porter son message à Davos, après 32 heures de train…

Make the World Greta again

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Greta Thunberg (source Wikipedia)

Post-scriptum de décembre 2018 : « Le réchauffement climatique a transformé la Suède en terre viticole », Le Monde, 23 décembre 2018

Ressources bibliographiques

Les livres récents sur l’histoire et les problématiques socio-politiques de la Suède contemporaine (et des pays nordiques en général) sont absents chez les librairies et les éditeurs francophones. Les romans policiers, la littérature et les ouvrages de design ou d’architecture sont par contre surabondants. Sans oublier les inévitables Vikings. Ce vide bibliographique, hors Le modèle suédois de Kalinowski (2017), est d’autant plus étonnant que la Suède est souvent citée comme source d’inspiration dans de nombreux domaines. Si les éditeurs semblent vouloir rattraper leur retard en ce qui concerne la Finlande (Bernard Le Calloc’h, Histoire de la Finlande, Yoran Embanne, 2018) et l’Islande (Michel Sallé et Æsa Sigurjónsdóttir, Histoire de l’Islande : Des origines à nos jours, Tallandier, 2018), il n’y a toujours pas d’Histoire de la Suède. Le livre le plus instructif (et le plus drôle) sur le « miracle nordique » (Danemark, Islande, Norvège, Finlande et Suède) est sans conteste celui de Michael Booth, The Almost Nearly Perfect People : The Truth About the Nordic Miracle (2014).

Notes

[1] En Suède, comme dans les autres pays nordiques, la vente d’alcool au-dessus d’un certain nombre de degrés est le monopole d’une chaîne de magasins d’Etat, le Systembolaget. Les magasins équivalents se nomment Alko en Finlande, Vinmonopolet en Norvège et Vínbúð en Islande. Le Danemark fait exception, ainsi que les ferries qui croisent dans les eaux internationales.

[2] Le terme de Scandinavie désigne traditionnellement les trois monarchies nordiques (Danemark, Norvège et Suède) appartenant au même ensemble ethnolinguistique germanique, alors que l’Islande et la Finlande sont des républiques. La langue finlandaise appartient à la famille finno-ougrienne (comme l’estonien et le hongrois) ; l’islandais, quant à lui, est une vieille langue nordique (le norrois) qui n’est plus comprise par les Scandinaves. Le Conseil nordique regroupe les cinq pays précités, ainsi que les îles Féroé et l’archipel d’Åland, situé dans le golfe de Finlande entre Stockholm et Helsinki. Åland est un « État libre associé » à la Finlande, dont les habitants sont majoritairement des Suédois ethniques. Il dispose de son parlement.

[3] Une célèbre photo de 1971 montre Oussama ben Laden adolescent et sa famille dans la ville suédoise de Falun, posant devant une Cadillac rose. Un des membres de sa famille, Salem ben Laden, y venait pour des négociations commerciales avec Volvo. Serait-ce pour des raisons économiques que l’Académie Nobel de littérature avait refusé de signer une motion de soutien à Salman Rushdie après la fatwa de 1979 ?

[4] L’indice de Gini mesurant les inégalités de revenu (et non de patrimoine) était en Suède de 29,2 en 2015 contre 27,1 en Finlande, 27,5 en Norvège. Il était de 41,5 aux États-Unis. La croissance des inégalités en Suède, mesurée par cet indice (un des plus bas au monde au début des années 1990), serait liée aux immigrants à faibles revenus qui sont plus nombreux en Suède qu’en Finlande ou en Norvège (Booth, 2014). Source : La Banque mondiale. Le taux de chômage était de 6,8 % pour l’ensemble de la population active en mai 2018 ; 3,5 % pour les personnes nées en Suède et 20,2 % pour les personnes nées à l’étranger. Source : The Local, 14 juin 2018.

[5] C’est sur base du Allemansrätt que l’Office du tourisme a placé le pays tout entier sur Airbnb…

[6] Avec une réserve importante dans la gestion forestière qui a débouché sur des monocultures rendant les forêts très sensibles aux incendies, comme on l’a vu cet été 2018.

[7] L’écrivain suédois Vilhelm Moberg a raconté cette épopée dans sa célèbre Saga des émigrants (quatre romans publiés entre 1949 et 1959). Environ un million cinq cent mille émigrants s’établiront dans le Midwest et dans l’industrie lourde à Chicago. Le « rêve américain » trouvait son origine dans une colonie suédoise, la « Nouvelle Suède » (1638-1655), qui avait été établie à l’embouchure du fleuve Delaware, avant d’être absorbée par la Nouvelle Néerlande. En dehors des motifs économiques, les migrants suédois voulaient aussi échapper à l’atmosphère oppressive de l’église luthérienne de l’époque. Parmi les descendants célèbres des Suédo-Américains : Candice Bergen, Jean Seberg ou Charles Lindbergh. Les patronymes suédois purent être librement modifiés au début du XXe siècle pour diversifier un stock de noms très restreint, formés à partir du prénom du père (Johansson, Andersson, Karlsson, Nilsson, Eriksson, Larsson,…). Nombre de nouveaux patronymes sont des « noms de nature » (Berg, Lind…).

[8] La forêt est non seulement très importante pour l’économie suédoise, mais aussi pour l’identité nationale comme le souligne Catherine Edwards dans le journal suédois anglophone, The Local. Voir « Sweden’s green soul : why forests are vital to the Swedish culture and economy », The Local, 24 juillet 2018.

[9] Comme l’écrit le correspondant du journal Le Monde, Olivier Truc, « Le niveau des lacs baisse au point que des navires sont en difficulté pour décharger leur cargaison dans certains ports, sur les grands lacs intérieurs, comme le Vänern. La chaleur qui sévit en Europe du Nord depuis le début du mois de mai a poussé les professionnels suédois du tourisme à baisser les prix sur leurs destinations méditerranéennes, tandis que les journaux parlent de « nuits tropicales ». Il est interdit de faire du feu dans la nature dans tout le pays, tout comme d’arroser sa pelouse. Des paysans ont commencé à abattre du bétail, pour faire face au manque de foin – de la viande en partie brûlée et transformée en biocarburant, car tout ne peut être consommé. » « Incendies, chaleur, sécheresse… la Suède suffoque », Le Monde, 21 juillet 2018.

[10] Un record absolu de chaleur a été battu en Suède, près du cercle polaire, à Kvikkjokk, le 17 juillet 2018 avec 32.5°C. Le climatologue Jean Jouzel (ancien vice-président du GIEC) explique le phénomène : « Il faut voir aussi que le réchauffement climatique en Scandinavie est en moyenne deux fois plus rapide qu’il ne l’est à l’échelle de la planète. Il y a donc une amplification des températures dans les hautes latitudes nord qui est très visible depuis un siècle et qui va se poursuivre. Cela est lié en particulier à la fonte des glaces de mer et des surfaces enneigées. Il y a moins de zones enneigées actuellement qu’il y a trente, quarante, cinquante ans. Or ces surfaces ont la propriété de renvoyer une large partie du rayonnement solaire vers l’atmosphère. Ce n’est pas le cas des zones de forêts, de toundra ou de l’océan libre qui ont remplacé la neige. Elles absorbent au contraire largement la chaleur et les rayonnements solaires. Cela explique en partie le fait que les températures augmentent deux fois plus rapidement dans les régions de l’Arctique qu’elles n’augmentent en moyenne globale. », France Culture, 25 juillet 2018.

[11] D’autres signes glanés ici et là donnent une idée des transformations de l’église luthérienne suédoise. Ainsi, dans le célèbre village côtier de Skärhamn, le clocher de l’église a été transformé en smiley par un trait en dessous des fenêtres. À Göteborg, dans le cœur d’une des plus vieilles églises de la ville, une trentaine de retraités mangent des gâteaux sous le christ en croix. Le pasteur et sa femme font le service. Dans la cathédrale de Strängnäs (dans laquelle des joyaux de la couronne suédoise datant du seizième siècle furent dérobés le 31 juillet), des étudiants en uniforme chantent Sinatra. « La Suède est un des pays les plus laïcisés au monde, dit notre hôte à Uppsala. Les églises sont utilisées comme lieux de célébrations communautaires laïques. » Enfin, dans un registre différent, le commandant en chef de l’armée suédoise, Micael Bydén, a chanté une chanson d’Elvis Presley (Suspicious Minds) lors de l’EuroPride de Stockholm le 6 août.

[12] Pour plus de détails, voir Andrew Brown, « The ugly scandal that cancelled the Nobel prize », The Guardian, 17 juillet 2018.

[13] Comme mentionné dans une note précédente, l’Académie Nobel de littérature avait refusé de signer une motion de soutien à Salman Rushdie, après la fatwa qui l’avait frappé en 1979.

[14] Selma Lagerlöf, l’auteure du Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1907) et prix Nobel de littérature en 1909, fit don de tous les revenus d’un de ses livres pour venir en aide aux réfugiés juifs de l’Allemagne nazie en 1933. Elle le fit en souvenir de sa compagne juive, Sophie Elkan. Un geste qui entraîna l’interdiction de l’ensemble de ses œuvres dans le Reich.

[15] Pascal Bruckner, La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental, Grasset, 2006.

[16] Cette politique multiculturelle trouverait sa source dans les écrits d’un réfugié juif polonais, David Schwarz, arrivé en Suède en 1954. Il publia le premier article sur le sujet dans le très influent quotidien suédois Dagens Nyheter le 21 décembre 1964. Il y affirma que les immigrés devaient être autorisés de manière inconditionnelle à conserver leur culture, et que la Suède avait besoin de devenir une nation avec de nombreuses cultures. Le Dagens Nyheter, qui appartient à la famille Bonnier (une des plus riches familles suédoises), est le « journal de référence » des élites libérales et des « leaders d’opinion ». Il a été critiqué à plusieurs reprises pour ne pas avoir diffusé des informations sur la problématique migratoire.

[17] Johan Ahlander et Mansoor Yosufzai, « Sweden intensifies crackdown on illegal immigrants », Reuters, 13 juillet 2017.

[18] Le parti a été fondé en 1988. Il était de type « suprématiste blanc » avant que de nouveaux leaders et des transfuges du Parti modéré expulsent des membres néo-nazis. Le parti a subi une scission en 2017, lorsque les « Jeunes démocrates suédois » (Sverigedemokratisk Ungdom), collectivement exclus en 2015, fondèrent le parti Alternativ för Sverige. Selon une enquête publiée en 2017 par Statistics Sweden, le parti des Démocrates de Suède obtient ses scores les plus élevés parmi les personnes (davantage des hommes que des femmes) ayant un niveau d’étude primaire ou secondaire, ainsi que parmi les ouvriers et les travailleurs indépendants (notamment les agriculteurs). D’un point de vue géographique, le vote est surtout localisé dans le sud de la Suède (la Scanie, proche du Danemark), porte d’entrée des réfugiés.

[19] Les Verts suédois ont été touchés par un scandale en 2016, lorsque le ministre écologiste du logement, Mehmet Kaplan, avait été contraint de démissionner suite à ses proximités affichées avec des nationalistes turcs et les Frères musulmans. Il avait précédemment comparé Israël à l’Allemagne nazie. D’autres affaires similaires ont secoué le Miljöpartiet (un de ses membres, Yasri Khan, avait refusé de serrer la main d’une journaliste à la télévision ; Åsa Romson, ministre de l’environnement, avait qualifié les attentats du 11 septembre d’« accident »).

[20] Selon le mot d’Edgar Quinet (1803-1875), « On ne déplace pas un dieu sans que cela fasse du bruit. » dans La Révolution, 1865.

 

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