Forêts humaines

Paysage au couchant à Villars-Santenoge
(photographie de l’auteur)

C’était au lendemain d’un orage batailleur. La lumière était limpide, les odeurs soyeuses des champs et des forêts embaumaient le vent. Nous cherchions en vain ce lieu discret : une mystérieuse formation naturelle autour d’un cours d’eau sous les arbres. Après plusieurs voies sans issue et en absence d’indications, nous fîmes halte devant une barrière verte face à une route de terre. Un rectangle coloré pour randonneurs nous faisait signe. Le chemin forestier descendait après la poutre de bois, en douces ondulations sous une canopée vertigineuse et mouvante ; des petits ruisseaux sonnaient comme des grelots. Nous vîmes des dizaines de limaces orange vif, rampant sur le sol ou grimpant de subtils entrelacements d’herbes, d’écorces et de plantes – des microcosmes cultivés par des nains. Les arbres bruissaient, dansaient avec le soleil.

Mais j’ai préféré continuer, traverser la forêt silencieuse, prendre entre deux rangées de hauts peupliers d’Italie la route de Santenoge et découvrir le soir, dans ce paysage ruiselant d’or, de mélilots, de libellules, le hameau de Villars et le café Au bon accueil. Je le recommande à tous ceux qui passent par là. C’est un gîte de fortune, isolé au seuil de la forêt, avec une ou deux chambres que l’on n’a pas dû retapisser depuis 1925 à en juger par le papier aux rosaces jaunies…
Jacques Lacarrière, Chemin faisant, 1977

Nous voulons des forêts, pas de faux rêves
Slogan de zadistes, cité par Gaspard d’Allens, Des forêts en bataille

Il entend, dit la légende, le chant des oiseaux, les hurlements des loups ; il comprend le cerf qui brame et la feuille qui craque en se détachant et va rejoindre ses sœurs dans les valses du vent.
Louise Michel, Contes et légendes

Les choses se sont succédé dans l’ordre suivant : d’abord les forêts, puis les cabanes, les villages, les cités et enfin les académies savantes
Giambattista Vico, La Science nouvelle (1744)
(cité par Harrison, Forêts. Essai sur l’imaginaire occidental)

Vers la page d’accueil

Le chemin se poursuivit sur un kilomètre avant d’aboutir à une cascade. Un ruisseau s’écoulait vers une zone dégagée de feuilles ou de buissons. D’étroits étangs disposés en gradins apparurent, séparés en aval par des diguettes surmontées de verdure. L’eau ruisselait entre elles par des chutes étroites avant de se fondre dans de grands bassins diaphanes, éclaboussés par des rayons de soleil faseyant entre les arbres. C’était une tuffière féerique, un jardin japonais sauvage, formé par une association intime d’eau, de calcaire et de mousses.

La tuffière d’Armorey
(photographie de l’auteur)

Le marais tuffeux d’Armorey se trouvait en bordure d’une étroite vallée solitaire et finissante, peuplée d’une seule ferme avec dépendances et pâturages, séparée du pays et du bourg d’Auberive par de vastes collines boisées. Ce dernier lieu ­­­– situé au bord de l’Aube, comme son nom l’indique – était cerné par la forêt, jouxtant une abbaye médiévale, reconstruite en style classique puis vendue comme « bien public » après 1789. Nous connaissions la localité, découverte il y a plusieurs années lors d’une étape vers le sud. La tente plantée dans un petit camping à l’entrée d’Auberive, nous avions découvert l’abbaye et son parc par hasard. Un site majestueux et presque vide de visiteurs. C’était avant la création en 2019 du Parc naturel national des forêts entre Champagne (Haute-Marne) et Bourgogne (Côte d’Or). Mais cinq années plus tard, le bourg et son monastère ne sont guère plus fréquentés. Seul l’Hôtel de l’abbaye, au décor inspiré du Moyen-Âge, attirait des hôtes de passage.

Quelques personnages célèbres se sont succédé dans l’histoire d’Auberive : Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux, le fondateur de l’abbaye ; la fille de Diderot (originaire de Langres, ville toute proche) qui y vécut après la Révolution, et Louise Michel qui fut prisonnière dans un lugubre cachot avant d’être déportée en Nouvelle-Calédonie. Quant à Claude Lévi-Strauss, il avait sa maison de campagne à Lignerolles, un village proche. Sa sépulture s’y trouve. Les forêts immenses lui ont peut-être rappelé l’Amazonie. L’Académicien savant avait rejoint la forêt (voir citation de Vico en épigraphe). Sa tombe est discrète, surmontée d’une curieuse formation rocheuse rappelant de la lave refroidie, une pierre percée (1). En face du cimetière, un des nombreux lavoirs de la région fait bouillonner l’eau captée dans la rivière. Le bruit de l’eau; le silence des morts, la vibration des frondaisons…

Sépulture de Claude Lévi-Strauss au cimetière de Lignerolles
(photographie de l’auteur)

Qu’un Parc naturel des forêts ait été créé en France, et qu’il soit le dernier en date n’est sans doute pas le fruit du hasard. Et non sans rapport avec l’Amazonie. Comme on le sait, les forêts, outre des réservoirs complexes de biodiversité, sont des puits de carbone qui absorbent le CO2, stockent l’humidité et permettent sa diffusion loin des mers par évaporation. Mais le changement climatique les menace, ainsi que l’action des humains et la gestion industrielle et productiviste des forêts (incendies, déboisement, pesticides pour « nettoyer », sylviculture et monoculture intensive, production de pellets et de biomasse…). Phénomène qui avait été sous-estimé en quantité et en qualité jusqu’à présent. Nous y reviendrons, notamment sur base des livres de Gaspard d’Allens. D’autre part, la passion pour les arbres et les forêts s’est fortement développée en Occident, pour différentes raisons analysées ici.

Ce séjour dans le Parc des forêts, nous l’avons réalisé en grande partie en le parcourant à bicyclette à partir d’un logement fixe. Ce dernier était une petite bâtisse du XIIIe siècle (la maison de l’homme chargé de collecter la dîme à l’époque), adossée à une grange tout aussi antique – la « grange dîmière » où étaient entreposés ces prélèvements – et à sa ferme. La fermière nous avait montré avec fierté la charpente majestueuse, qui avait été datée de la même période par des experts. Un peu plus loin, le long de la « Grande rue » – il y en a une dans presque chaque village, sans oublier la « Rue principale » -, un artiste exposait ses assemblages d’objets trouvés, avec lesquels il avait composé des êtres hybrides : notamment les Coriaces. Des animaux fantastiques et forcément résistants, faits de bêtes empaillées et d’artefacts métalliques assemblés, portant parfois un masque à gaz pour échapper à la pollution. Nous découvrîmes bientôt que ce genre artistique était fort répandu dans la région, notamment lors d’une exposition au musée d’art contemporain de l’abbaye d’Auberive, ou dans un étrange café d’art le long de la Seine à Chamesson, nommé « Les Z’uns possible ». Dans certains villages, de petits êtres hybrides aux yeux écarquillés étaient nichés dans une encoignure de mur ou devant une ferme – y compris chez notre voisine à la charpente du XIIIe siècle.

Dans le village de Chaugey
(photographie de l’auteur)

La région n’est pas facile à arpenter sur un deux-roues non motorisé. Le territoire peut être très pentu, mais comme l’écrivait justement Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques : « L’effort physique que je dépensais à le parcourir était quelque chose que je cédais, et par quoi son être me devenait présent ». Les montées sont longues et raides, les descentes vertigineuses et tournoyantes fouettées par le vent. Ce fut une connaissance par corps » (pour reprendre l’expression de David Le Breton), une immersion sensuelle dans le paysage. Mais également un vecteur de contact avec les habitants et les (très rares) autres cyclistes (2). Le Tour de France était passé dans « notre village » peu de temps auparavant ; les routes et les maisons étaient décorées de vélos, de drapeaux, de maillots peints, de figurines selon le style du pays. Nous vîmes un jour un père, et son fils, qui était notre voisin, en train d’enlever de vieux biclous accrochés à une clôture. Nous avons échangé longuement avec eux, nos bicyclettes témoignant de notre passion commune, bien que très différente. 

Le duo assurait également le ravitaillement à bicyclette, ce qui n’est pas une mince affaire étant donné la rareté des épiceries et boulangeries. Dans notre village, il y avait eu une épicerie « néo-rurale » et un bistrot, mais ils avaient été fermés. Notre voisine fermière achetait ses surgelés au Lidl  de Langres ; elle nous a offert des herbes du jardin, deux œufs fraîchement pondus et un pot de confiture de ses fraises. Nous avons heureusement découvert un petit marché bio (pain, fromages, légumes, miel…) qui se tient deux fois par semaine en plein air au village de Chambain. Près d’une heure de vélo aller-retour… Mais un lieu convivial. Et bon ! Dans un autre registre, un espace de baignade en plein air avait été aménagé avec l’eau de la rivière, l’Ource, à moins de deux kilomètres de chez nous. Mais il avait été fermé pour d’obscures raisons sanitaires…

Nous avons dès lors rayonné au départ de notre fermette médiévale, n’utilisant la voiture que pour une visite lointaine. Ce qui est merveilleux dans ce type de pérégrination – si la pluie n’est pas de la partie –, c’est à la fois le départ, le parcours et le retour. Soit le plaisir d’établir l’itinéraire la veille ou le matin en fonction de la météo, l’immersion dans le paysage verdoyant par monts et par vaux avec quelques arrêts et visites, le retour « à la maison » (sans monter la tente !), la douche, le repas et l’échange des impressions de la journée devant une bonne bière locale dans notre petit jardin. Bien plus exotique que les Canaries ou la Thaïlande…

Exposition au Musée de la vénerie, Abbaye du Val des Choues
(photographie de l’auteur)

Le pays, dont nous n’avons visité qu’une petite partie à la mesure de nos faibles jambes, n’est pas qu’une réserve « naturelle », il est aussi un lieu d’histoire très ancienne, dont témoigne d’ailleurs le célèbre Cratère (communément appelé vase) de Vix découvert dans un tumulus funéraire près de Châtillon-sur-Seine et qui daterait de 530 avant notre ère. Une pièce en bronze d’une contenance de onze cents litres et en provenance de Grèce. Le « vase » atteste des relations, sans doute fluviales, entre la population néolithique du centre de l’actuelle France et la lointaine Grèce. D’innombrables châteaux plus ou moins masqués (dont la vaste demeure de Lévi-Strauss, invisible dans sa petite forêt), des abbayes de divers ordres (cisterciens, chartreux, bénédictins, hospitaliers et autres) au fond des bois, des commanderies templières (un ordre combattant), des cathédrales, églises et chapelles, ponts antiques et gentilhommières datant de la Renaissance, etc. On y passerait des mois en toute saison.

Dans le registre abbatial, l’Abbaye du Val des Choues est singulièrement impressionnante. Sa localisation est admirable : une étroite clairière profondément encaissée dans la forêt, des bâtiments épargnés par le « classicisme » (elle a été fermée après 1789, puis abandonnée au XIXe siècle et en partie démantelée pour construire un château à Rochefort-sur-Brévon). Nous avons la chance d’y assister au repas de la meute des chiens – menée par une singulière jeune femme épaisse aux cheveux ras –, entre aboiements et mastications silencieuses. Je pense un instant au Roi des Aulnes de Michel Tournier. Mais l’abbaye est loin des dévotions chartreuses ou cisterciennes : c’est un lieu de « mariage bourguignon » (nous avons vu défiler les caisses de champagne) et un gîte, ainsi qu’un « Musée de la vénerie ». Des colombes immaculées sorties tout droit d’un tableau de Picasso se promenaient sur les toits. Un site ébouriffant.

À cela, il convient d’ajouter ce que l’on appelle « le petit patrimoine » qui foisonne, notamment les superbes lavoirs en pierre de Bourgogne, parfois plusieurs par village, les vieilles fermes, les colombiers, les moulins, les tanneries, les maisons de forestier, les vieilles forges. Le tout dans une région très préservée avec des villages admirables, d’énigmatiques ruelles étroites cernées par la végétation, de vieilles demeures. Tels ceux que nous avons traversés à bicyclette : Villars-Santenoge, Menesble, Colmier-le-Bas, Colmier-le-Haut, Gurgy-le-Château, Chambain, Essarois, Vivey, Aprey et j’en passe. Rochefort-sur-Brévon est un village très curieux, surmonté d’un château un peu « dominant » et pourvu de quelques manufactures du siècle passé. Et puis de petits bourgs paisibles comme Auberive, Arc-en-Barrois, Recey-sur-Ource, Chamesson…

Dans le village de Menesble
(photographie de l’auteur)

L’Abbaye d’Auberive fut aux origines un monastère cistercien (le vingt-quatrième)  fondé en 1135 par le redoutable Saint Bernard de Clairvaux dans un fond de vallée marécageux et désert, en plein milieu de la forêt. Elle fut construite après avoir détourné la rivière Aube, ce que l’on peut voir encore aujourd’hui par la canalisation de cette dernière qui contourne l’abbaye. Elle forme une romantique promenade arborée, nommée « entre deux eaux ». La direction d’Auberive – la « commende » – tomba quatre siècles plus tard (en 1516) sous la coupe de François Ier et « l’Abbé » devint une sorte de titre nobiliaire donnant droit à un tiers des revenus de l’abbaye. Nous sommes loin des idéaux cisterciens d’origine. Après les guerres de religion (XVIe et XVIIsiècles), l’abbaye est en partie reconstruite en style classique et connaît une nouvelle période de prospérité. Elle devient un « bien public » à la Révolution, racheté par le gendre de Diderot qui y installe une filature de coton. L’abbaye fut ensuite vendue à un « maître des forges ». L’usage industriel du bois débutait, comme en témoignent aussi Rochefort-sur-Brévon et sans doute d’autres lieux du Parc.

En 1856 l’État rachète l’abbaye et en fait une « maison centrale pour femmes » durant près de trente ans. C’est la « période carcérale » de l’abbaye d’Auberive, que connaîtra la militante féministe et anarchiste, Louise Michel, qui y fut incarcérée en décembre 1871 et restera vingt mois avant d’être déportée en Nouvelle-Calédonie. Puis l’abbaye devint une « colonie industrielle » pour mineurs délinquants en 1885 et ensuite une « colonie agricole » pour jeunes garçons de 1894 à 1924. Après un renouveau monastique, notamment cistercien,  de 1927 à 1960, elle fut rachetée par Solvay en 1960 qui y fera une « colonie de vacances » pour son entreprise. Dans les documents actuels de l’abbaye, on qualifie encore de « colons » les personnes qui vécurent dans ces différentes « colonies » avant que le monument ne soit classé et ouvert au public.

Sculpture de Marc Petit dans le jardin des prisonnières à Auberive
(photographie de l’auteur)

En ce qui concerne la « maison centrale pour femmes » et ses conditions de vie, nous nous inspirons des Lettres d’Auberive de Louise Michel, de sa préface par Xavière Gauthier (militante féministe, autrice d’une biographie – La vierge rouge – et directrice de la collection « Œuvres de Louise Michel »). Mais à lire ces lettres, on n’y trouve quasiment aucune indication quant aux conditions de vie des femmes détenues. Comme l’écrit Gauthier, après avoir mis en doute un témoignage paru dans les mémoires posthumes de Louise Michel : « À son arrivée à Auberive, le 24 décembre 1871, elle est terrassée par l’échec de son idéal, par la répression sanglante, endeuillée par la mort de l’être aimé, « seule avec l’Idée » ». Vingt mois plus tard, quand elle quitte la centrale le 24 août 1873, elle a été capable de mettre à profit sa détention pour se montrer curieuse, avide d’acquérir du savoir et de dispenser ses connaissances et ses bienfaits. La Louise Michel, telle que l’Histoire l’a reconnue. » 

Le désavantage du vélo par rapport à la marche dans le pays des forêts, c’est que l’on ne parcourt que les routes, les rues des villages ou les gros chemins. L’un des cyclistes (moi en l’occurrence) n’était pas entièrement remis d’une intervention aux hanches ; il marchait en éprouvant une certaine gêne. Hors la visite de la tuffière d’Armorey et une balade autour de l’abbaye du Val des Choues, la forêt, ses défis, ses délices et ses mystères sont restés lointains, presque abstraits bien que défilant à quelques mètres. On ne peut la connaître dans sa complexité et éprouver ses richesses (dont les bruits et les parfums) qu’en la parcourant à pied. La randonnée procure une plus grande immersion sensitive que le vélo.

La forêt est aujourd’hui, à lire des auteurs comme Gaspar d’Allens (2019, 2024) (3) et beaucoup d’autres, un enjeu majeur pour notre vie sur terre. Pas seulement pour notre survie face au changement climatique et à la dégradation de la biodiversité, mais aussi pour notre survie culturelle et sensible en tant que communauté co-habitante de la terre. D’Allens, qui a fait son tour de France des forêts comme journaliste, rapporte de nombreux témoignages de ruraux désorientés, désespérés et souvent prolétarisés par la destruction industrielle lente, voire parfois très rapide, de leur milieu de vie et de mémoire. Par ce qu’il nomme, à juste titre, « l’exode forestier » qui est une variante spécifique de l’exode rural.

Soir après l’orage, Villars-Santenoge
(photographie de l’auteur)

On lui reprochera en passant – mais ce n’est pas sans importance pour comprendre ce qui est en jeu – qu’imputer ces destructions aux seuls capitalisme et néo-libéralisme est un peu sommaire, alors que c’est le productivisme industriel qui est en cause. Les exemples des régimes communistes soviétique et chinois montrent le contraire (collectivisation des terres ou « deuxième servage » en URSS, mainmise totale de l’État sur les campagnes en Chine, destruction du patrimoine rural, quasi-esclavage, monoculture, famines paysannes dans nombre de pays communistes, dégradations environnementales majeures…). 

Mais bien évidemment nous ne contestons d’aucune manière les ravages du capitalisme contemporain dans ce domaine, y compris les actions de « greenwashing » que d’Allens dénonce très justement, avec de nombreux exemples à l’appui. Nos ressources, notre sensibilité et notre imaginaire doivent se reconnecter à la forêt vivante qui est notre bien commun.

Bernard De Backer, août 2024

Mes remerciements à nos amis de Tournai qui nous offrirent une belle étape vers les Forêts.
Et pour Anne qui partagea cette passionnante exploration sur deux roues
(et la découverte initiale d’Auberive).

Complément du 11 septembre 2025. « Pourquoi la valeur économique de la forêt française est largement sous-estimée. » Le Conseil d’analyse économique dévoile une méthode permettant d’estimer le prix des multiples services rendus par la forêt, comme le rôle de puits de carbone ou la protection de la biodiversité. Ces bénéfices sont beaucoup plus importants que ceux tirés de l’exploitation du bois, Le Monde, 11/9/2025

Complément du 6 février 2025. Plus de détails sur Claude Lévi-Strauss et sa maison de campagne à Lignerolles, les raisons de son choix et son lien avec la forêt, qui détermina en bonne partie l’acquisition de cette résidence secondaire (« une sorte de château avec 12 hectares de terrain »), dans la monumentale biographie de l’anthropologue par Emnanuelle Loyer parue fin janvier 2025 chez Flammarion. Notamment les pages 542 et suivantes. Par ailleurs, le livre de souvenirs de Monique, l’épouse de Claude Lévi-Strauss, J’ai choisi la vie, montre une photographie de la « propriété » de Lignerolles qui est effectivement un château de style néo-classique.

Complément du 29 janvier 2025. IKEA, le seigneur des forêts, Arte

P.S. Notre voyage s’est terminé par un retour sinueux vers Bruxelles, en passant deux jours dans la ville de Laon, puis en visitant le Familistère de Guise. La visite de Laon mériterait un article en soi, tant historique que social, notamment par le truchement de deux rencontres surprenantes que nous y avons vécues (un chirurgien d’origine marocaine charmant et très accueillant, Nagib, qui a travaillé dans les raffineries d’Anvers pour payer ses étude de médecine) et un couple américain (l’architecte Nash et sa femme Linda, de l’État de Washington vivant sur une île en face de Victoria – « on pourra se réfugier en barque au Canada si nécessaire » – qui aime « les coins perdus de France« ). Mais également pour la particularité humaine de cette ville médiévale, quelque peu en déshérence, nichée au sommet d’un plateau en forme de haricot. Quant au Familistère de Guise, en partie restauré, c’est une « utopie réalisée » de l’industriel J.-B. Godin au XIXe siècle. Il est splendide, pourvu d’une riche librairie sur les utopies sociales passées et contemporaines. J’aime ces coins perdus de France (Avesnois, Lorraine, Argonne, Ardennes, Meuse…) et d’Europe en général. C’est, comme je l’ai écrit, plus intéressant que nombre de voyages lointains. Surtout à vélo et avec peu de carbone. P.S. Sur la route entre Laon et Mons, nous avons traversé une région laminée par les grandes monocultures après le remembrement (voir la bande dessinée très documentée, Champs de bataille. L’histoire enfouie du remembrement), suivie d’une découverte de l’Avesnois qui est resté tout en bocages et biodiversité. Une succession de deux paysages emblématiques et une belle leçon.

Cathédrale de Laon et Familistère de Guise
(photographie de l’auteur)

Sources

d’Allens Gaspard, Main basse sur nos forêts, Éditions du Seuil, 2019
d’Allens Gaspard, Des forêts en bataille, Éditions du Seuil, 2024
Gaspard d’Allens – Écrivain et journaliste engagé, interview par Nous Sommes Forêt, 2024
Harrison Robert, Forêts. Essai sur l’imaginaire occidental, Flammarion, 1992
Échos des forêts, le nouveau magazine du Parc national des forêts comportant un article sur « L’extraordinaire résilience des marais tufeux ».
Michel Louise, Lettres d’Auberive, préface et notes de Xavière Gauthier, Abbaye d’Auberive – L’Œuf sauvage, 2005
Site officiel du Parc national des forêts
Site de l’Abbaye du Val des Choues
Site de l’Abbaye d’Auberive
Site du sculpteur Marc Petit
Site des Z’uns possible
Cinq escapades en forêt aux couleurs d’automne, Le Monde 19 octobre 2019

Quelques sites en lien avec la « bataille des forêts »
(nombreux liens vers des sites de mouvements associés)

Dryade AMAP bois bûche
Pro Silva
Réseau pour les alternatives forestières
Sylva Foundation (UK)
Société royale forestière de Belgique
Sylvo’lution, un site belge étonnant et très beau visuellement. Projet : « Sylvolutions vous propose de régénérer vos écosystèmes forestiers et terriens donc humains. Nous vous emmenons au coeur de la forêt et à la rencontre de la vie du sol pour renforcer votre chemin individuel ou collectif, redynamiser votre groupe, ou trouver l’élan et l’inspiration pour passer à l’action. Puis, nous vous conseillons pour semer des graines de changement : intégrer la nature et ses bienfaits dans vos projets et les faire rayonner. »
Woodwideweb, un site bruxellois sur les arbres de la ville

Sur Routes et déroutes

L’arbre qui cache la forêt
Voyages à vélo (récits et articles associés)

Photographies

Les images de la galerie peuvent être agrandies en cliquant sur elles ; on peut les faire défiler en utilisant les flèches et les afficher en « taille réelle » (celle hébergée sur le site). 

Copyright

Toutes les photographies ci-dessous sont de Bernard De Backer (sauf celle de la statue dorée de Louise Michel, une capture d’écran de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024). Elles ne sont pas libres de droits. Toute utilisation de ces images est soumise à une autorisation préalable de l’auteur. La dernière image est l’Abbaye d’Auberive avec une sculpture de Marc Petit en avant-plan.



(1) Selon le témoignage de l’ancien maire de Lignerolles, M. Cornibert, l’anthropologue serait tombé amoureux de la région lors d’un retour de voyage en 1964. Selon le maire, « « Il n’aurait jamais voulu que sa présence dans le village change les habitudes de ses habitants », explique M. Cornibert qui se remémore l’emménagement du savant à « La Charmette », une grosse maison bourgeoise (ndlr : un « château » selon d’autres sources) entourée d’un parc boisé de 9 hectares. » Il vivait donc au milieu des bois. « M. Cornibert se souvient aussi des « longues promenades solitaires » en forêt de Claude Lévi-Strauss, de ses « cueillettes de champignons » dont « il connaissait chaque nom » et qu’il n’hésitait pas « à croquer tout crus » pour prouver qu’ils étaient comestibles. ». Bien que mort à Paris, Claude Lévi-Strauss fut inhumé à Lignerolles en toute discrétion. « Seule une demi-douzaine de personnes ont assisté mardi matin aux obsèques du célèbre anthropologue Claude Lévi-Strauss dans le petit village de Lignerolles, en Côte d’Or, dont les habitants eux-mêmes n’avaient pas été informés. » (Dans La Dépêche du midi, 4 novembre 2009)

(2) Nous n’avons croisé qu’un groupe de cyclo-voyageurs, lourdement chargés, entamant la côte de Vivey.

(3) Curieusement, aucun des deux livres cités  de d’Allens n’évoque le Parc national des forêts alors que leur publication est contemporaine (2019) ou postérieure (2024) à sa création. On aurait aimé savoir ce qu’il en pense.

3 réflexions sur “Forêts humaines

  1. Oui, cher Bernard, la forêt nous est indispensable et il y a tant de coins où on continue sans état d’âme apparent les coupes à blanc. Il y a quelques années à peine, nous avons été catastrophés d’en constater de nombreuses au cœur du Plateau de Millevaches, dans le Parc naturel du même nom. Un crève-cœur ! Et pourtant, la forêt soigne le corps, l’âme et le climat, elle nourrit, elle abrite, elle rassure.
    Merci pour ces conseils de découverte d’une région méconnue. Je note !

    Et toutes les vies que nous avons vécues
    Et toutes les vies à venir
    Sont pleines d’arbres et de feuilles changeantes
    Charles Elton (1839-1900), cité par Virginia Woolf dans « Vers le Phare ».

    J’aime

    1. Michel, c’est une région que nous n’avons fait qu’effleurer, tant elle est vaste (à vélo musculaire, c’est raide), diverse, surprenante, profonde dans l’espace et dans le temps… Il y a la forêt (ou plutôt les forêts), les villages, les bourgs, les abbayes (avec le splendide musée d’art contemporain à Auberive). On aurait pu y passer une année entière ! Et elle est très peu fréquentée. Le soir, dans notre village de Villars-Santenoge, le silence était magique.

      J’aime

  2. J’ai eu la curiosité d’envoyer ce récit à notre hôtesse de Villars-Santenoge qui l’a trouvé « captivant » et été impressionnée par le travail de documentation. C’est une région dans laquelle je passerais volontiers une plus longue période, voire une partie de l’année si les circonstances personnelles s’y prêtaient.

    J’aime

Répondre à Bernard De Backer Annuler la réponse.