Chenille des Lumières et papillon transhumaniste

Scorpion rouge
(source Wikipédia)

Un ouvrage à la fois enlevé, inquiétant et souvent ironique, retrace l’histoire socio-politique de l’individu européen – des Lumières à la civilisation transhumaniste entrevue. Il s’agit du livre de Julien Gobin, L’individu fin de parcours ? Le piège de l’intelligence artificielle (2024). Il m’a fait penser au premier article que j’avais publié dans La Revue nouvelle en 1996. C’était une contribution à un dossier sur les sectes – « Les religions en vadrouille » – dans lequel mon texte titrait : « New Age : entre monade mystique et neurone planétaire ». À ma grande surprise, en effet, le titre et le contenu de cet article sont en phase avec la thèse de l’auteur. Le sujet m’intéresse d’autant plus que j’avais proposé un dossier sur le transhumanisme pour la même revue. Les membres de la rédaction ignoraient jusqu’au mot. L’analyse de Gobin peut se comparer à celle d’un scorpion qui se pique lui-même. En effet, le déploiement de la démocratie libérale génère, d’un côté, une individuation des sociétés jusqu’à la « monade » individuelle (terme que Gobin emprunte à Leibniz), et, de l’autre, un développement vertigineux des sciences et des techniques, dont les algorithmes et l’intelligence artificielle constituent « la pointe ». Ils soutiennent l’individu autonome dans l’expression de sa singularité tout en pilotant ses désirs. De la « monade radicalement autonome » au « neurone totalement incorporé », en effet. Voyons cela.

« Mais cet idéal européen de l’homme libre avait son revers : une inquiétude permanente et l’insatisfaction, l’angoisse et l’avidité, qui poussèrent les Européens dans tous les coins du monde… »

Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka
(réflexion d’un philosophe déporté au Goulag sur les différences entre Européens et Russes)

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Pour faire comprendre ce « paradoxe des conséquences »[1] (expression de Max Weber) qui est au cœur du livre de Gobin, il suffit de déplacer notre angle de vue. Nous ne parlerons pas ici des apories de l’individu « autonome », mais de la biosphère nécessaire à notre vie et survie. Il aura fallu à l’humanité des centaines de milliers d’années pour se dégager d’une appréhension magico-religieuse du cosmos et développer une intelligence scientifique de celui-ci, avec les artefacts techniques qui en sont un des prolongements. Ce qui a débouché sur la révolution industrielle, les croissances économique et démographique, l’anthropisation de la nature, ainsi que sur les menaces écosytémiques à plusieurs niveaux (climat, ressources, déchets, etc.). L’anthropocène est un « paradoxe des conséquences » de la technoscience. Le scorpion scientifico-industriel a mordu le support dont il se nourrissait, jusqu’à menacer sa propre vie et survie. Il en va de même, selon Gobin, pour l’individu libéral – issu, par ailleurs, de la même matrice culturelle.

Après cette comparaison que nous espérons éclairante, reprenons les choses au début du livre de Gobin. Il s’agit d’en comprendre la logique structurante, mais aussi l’argumentation et le développement historique étayé, cela étape par étape.

Tout au long de l’ouvrage, l’image de la métamorphose de la chenille en papillon est mobilisée, en passant évidemment par la chrysalide dans laquelle les éléments anciens sont « liquéfiés » avant de se recomposer. Ces trois étapes correspondent à celles du livre. La chenille est le processus initié à l’époque des Lumières (et ailleurs en Europe, Gobin est terriblement franco-centré) et qui accouche de la figure du citoyen devenant progressivement individu ; la chrysalide est l’étape intermédiaire que nous vivons – la « Société liquide » selon les termes du sociologue Zygmunt Bauman (décidément à l’honneur en ce début de siècle) –, durant laquelle l’individu autonome, devenu « monade », butte sur les impasses de l’autonomie radicale et la société « liquéfiée » ; la troisième, résolument prospective, argumente l’hypothèse des contours du papillon à venir : la « nouvelle civilisation transhumaniste » dans laquelle la monade individuelle est d’une certain manière devenue « un neurone planétaire » (selon notre expression de 1996).

Ajoutons que, dans l’introduction, l’auteur dresse un bilan sévère (attribué à d’autres ; il ne se l’approprie pas totalement) de l’Occident contemporain : « société en décadence », « Occident sénile dans le couloir de la mort », etc. On croirait entendre Houellebecq ou Todd, voire Poutine et le Patriarche Kirill. Mais pour Gobin, cette phase est transitoire, c’est celle de la chrysalide durant laquelle la chenille se transforme en « bouillie liquide ». L’Occident est dans cette phase de chrysalide, en transition « mouvante », « liquide », « le signal d’un organisme qui retourne ses armes contre lui-même pour pouvoir se transformer » (Gobin, op. cit.).

C’est bien l’image du scorpion qui se pique lui-même, non pour mourir mais pour se transformer. Nous sommes passés de la construction (les Lumières et le citoyen responsable) à la déconstruction (l’individu autonome qui déconstruit ses déterminismes, comme dans le « wokisme »), avant la reconstruction (transhumanisme, IA), mais qui risque d’aboutir sur « la négation de ce qui fait notre individualité ». Mais reprenons ce cheminement depuis le début, pour en comprendre la logique, éviter les pentes apocalyptiques, parfois si séduisantes. Le but du livre est clair : « décrypter la métamorphose civilisationnelle aujourd’hui à l’œuvre en Occident ».

La première partie du livre décrit le cheminement du citoyen des Lumières à l’individu moderne, « une tragédie en trois actes », à savoir « la naissance de l’individu », « le citoyen idéal » et « l’effroi » de l’individu autonome, « fatigué d’être soi » (Ehrenberg). La seconde partie analyse les trois paradoxes de l’individu contemporain : « se libérer, s’assumer, se lier ». La dernière partie traite de la manière dont la technique vient au secours de l’individu en peine d’être « autonome », de « l’hypothèse transhumaniste » à « la logique contre la vie », en passant par « les promesses de la technique » et « un changement de civilisation ».

Ouvrage de Julien Gobin
(source Gallimard)

Revenons donc à la chenille, à cette phase germinale de ce qui aboutira à une « société des individus », supposés devenir « authentiquement eux-même[s], c’est-à-dire affranchi[s] des déterminismes sociaux et biologiques » (Gobin, ibidem). Il s’agit, selon l’auteur, « d’un processus (…) enclenché depuis plusieurs siècles et il est irréversible ». « L’enzyme » responsable de ce processus est la démocratie libérale. Cette dernière va « éduquer et remodeler l’homme selon ses idéaux (…) elle va faire de lui un individu ». Cela avec les valeurs d’autonomie, de liberté et d’indépendance. Gobin prendra Œdipe comme allégorie du citoyen idéal, « héros tragique de la modernité » avec Laïos, qui représente les droits de l’Homme, comme père, et Jocaste, sa mère, qui représente la démocratie.

Pour la déclaration (dite) universelle des droits de l’Homme de 1789, ces droits ne dépendent plus du rang, de la famille, de la fortune et de la condition. Le citoyen est titulaire de ces droits du simple fait d’être un Homme. Mais pour que cette égalité soit effective, il faudra lutter contre les déterminismes « qui entravent la liberté de pensée et d’expression ». Le programme est lancé. Œdipe n’est cependant pas toujours à la hauteur de ces ambitions de 1789, et il faudra donc des « pédiatres », notamment Benjamin Constant et Karl Marx pour l’éduquer.

Constant précisera que « la liberté des anciens » n’est pas celle « des modernes », qu’elle ne concerne pas que la participation aux affaires publiques mais également aux affaires privées, sous la protection bienveillante de l’État qui est garant des droits. Quant à Marx, comme nous le savons, il considère que les droits de l’Homme ne sont qu’une mascarade visant à défendre les intérêts de la classe dominante. Il sera donc nécessaire de mettre en place tout un programme éducatif et politique ambitieux, cela afin de corriger ces entraves et ces tares. Et il faudra une Histoire de deux siècles de luttes sociales et culturelles, comme marche tumultueuse vers la liberté et la Raison, pour que la fin du XXe siècle soit annoncée comme celle de la fin de l’Histoire.

Mais un grain de sable va se glisser dans cette belle mécanique, un grain interne et non pas un grain géopolitique externe – une dimension quasiment pas abordée par Julien Gobin, malheureusement très franco- et occidentalo-centré. Cela à une exception révélatrice près : la guerre de la Russie contre l’Ukraine.

Mais il n’empêche que son analyse interne, à l’image du scorpion qui se pique lui-même (figurant en couverture du livre La démocratie contre elle-même de Gauchet), nous semble pertinente et instructive. Il nous apparaît cependant nécessaire de tenir compte des deux « grains de sable » pour comprendre les menaces actuelles contre la démocratie libérale, l’un interne, l’autre externe et de nature géoculturelle, que nous ne pourrons aborder ici.

Le grain de sable interne, selon Gobin qui individualise la cause (c’est bien le sujet) en la personne du philosophe et « reste Français », même à Genève, se nomme Jean-Jacques Rousseau. L’aboutissement de la démocratie, ce n’est plus l’Homme. C’est l’Individu. Car pour faire aboutir le projet démocratique, il faut « retravailler l’Homme » socialisé pour en extraire l’individu libre, singulier, et désiré par la démocratie. C’est-à-dire « la part du sujet, unique et singulière qui existe indépendamment de tout ce qui lui vient de l’extérieur » (Gobin, ibidem). Soit la « monade singulière », la substance indivisible selon Leibniz qui ne peut être affectée par aucune autre (sinon sa nature intime et singulière, dont on se demandera quelle peut bien être son origine extime).

L’édition originale d’Émile ou De l’éducation
(source Wikipédia)

Le programme ultime de la démocratie est dès lors pour l’Individu de « réaliser sa nature propre, sans être entravé par les déterminismes extérieurs » (Gobin, ibidem). On reconnaît déjà le « moi profond » ou le « Soi » du New Age, qui est la visée des innombrables ateliers mystiques-ésotériques et de développement personnel. Mais n’anticipons pas, nous y reviendrons. L’Individu est donc l’Homme original d’avant la société. Il est dès lors nécessaire de « déconstruire » l’homme social adulte, ou, si possible, d’agir dès l’enfance, théorie développée notamment dans Émile ou De l’éducation (Rousseau, 1762). On y découvre évidemment les prémices de L’éducation nouvelle ou de Libres enfants de Summerhill et son self-government, parmi d’autres projets des XXe – XXIe siècles ou antérieurs.

Les transformations démographiques des XVIIIe-XXe siècles viendront fournir un appui massif à la naissance de la société des individus. Les progrès de la médecine et de l’hygiène diminuent la mortalité infantile et augmentent l’espérance de vie à la naissance. Plus besoin, grâce à la contraception, de faire de nombreux enfants pour espérer quelques adultes, notamment pour nos vieux jours : c’est la transition démographique.

L’enfant n’est plus un « mioche » ou un « moutard », mais un « enfant désiré » au lieu d’être un « enfant subi » ; il est désiré tout comme l’Individu visé par la démocratie. Ce qui, affirme Gobin, donnera un boulevard au modèle d’éducation et à la vision de l’enfant de Rousseau. Les parents vont progressivement tout faire pour, écrit l’auteur, « favoriser l’émergence de cet être unique et destiné à survivre ».

En résumé, et pour reprendre les mots de l’auteur : « L’héritage théorique de Leibniz sécularisé par Rousseau et associé à la transition démographique qui fit reculer la mort a permis l’émergence, au fil de l’histoire, de l’individu entendu comme être singulier ayant sa propre nature à réaliser ». (Gobin, ibidem)

Nous voici parvenus au cœur du drame en trois actes qui vit succéder l’Individu à l’Homme, dans la continuation du projet démocratique moderne et dans l’examen de ses conséquences et paradoxes, voire de ses impasses. Le premier acte, nous venons de le décrire brièvement, est l’avènement de l’Individu désiré qu’il faut extraire des déterminismes sociaux – ou favoriser depuis l’enfance – en lieu et place de l’Homme des Lumières brut de décoffrage.

Pour favoriser l’avènement du « noyau dur » de l’individu, il faut donc le déconstruire. Il s’agit dès lors d’une conquête intérieure de la démocratie libérale. En plus des extranautes (explorateurs, conquérants, voyageurs, cosmonautes…) déjà à l’œuvre depuis des siècles pour les premiers, l’Individu doit devenir intranaute[2]. La conquête extérieure (y compris celle de la nature) doit s’accompagner d’une conquête intérieure. D’où la prolifération des pratiques d’exploration de soi depuis le XIXe siècle, de la psychanalyse au développement personnel sous toutes ses formes, en passant par la Scientologie et autres « libérations des engrammes » comme le bien nommé rebirth (Dericquebourg, 1998).

C’est un véritable marché de la « cure des âmes » (Bourdieu) qui se met en place pour accompagner l’individu dans sa quête d’autonomie authentique. Ce sera une autonomisation très assistée…

Le « citoyen idéal » est donc l’individu qui se libère de toutes influences et entraves, le « moi radicalement autonome » ou « le citoyen totalement émancipé ». Il y a donc, ajoute très justement Gobin, une « extension du domaine de la politique », car « la liberté politique est synonyme d’expression de sa propre singularité ». Ou encore, dans une de ces formules dont l’auteur a le secret : « Garantir la liberté d’expression, c’est garantir que l’expression soit libre ! ».

Et le piège commence à se refermer, le scorpion retourne son dard contre lui-même. La démocratie s’aventure avec une « hubris prométhéenne » dans le champ de la (dé)construction de l’individu pour fabriquer le « citoyen parfait ».

La démocratie libérale quitte pas à pas le domaine de l’autogestion politique rationnelle par des citoyens supposés stables, dont l’identité individuelle n’est pas encore affectée par l’enzyme de la déconstruction, pour entrer dans la jungle des individus en quête de  leur « vraie nature » et de leur libération individuelle associée. Mais cela comporte inévitablement une défiance vis-à-vis des « structures qui l’on fait émerger », à commencer par la famille, l’école, la coutume, le pouvoir politique et, pour finir, l’autorité en général. On connaît ses répercussions dans la sphère éducative et familiale : les parents n’osent plus « s’opposer aux souhaits de l’enfant désiré ». L’autorité devient par essence une force antidémocratique.

Recueil d’articles de Marcel Gauchet
(source Gallimard)

De manière concomitante, c’est le collectif lui-même qui est en crise. Comment des monades individuelles peuvent-elles « faire société » ? Car il ne s’agit plus de contrat social basé sur la confrontation rationnelle des idées, mais bien de l’affrontement des ressentis fondés sur l’intimité profonde et l’identité supposée spécifique de chacun. Les exemples sont aujourd’hui nombreux : le genre, la race, le poids, la taille, la couleur, « le droit de l’enfant », l’identité des traducteurs et des interprêtes d’un auteur d’une « autre race » ou d’un autre genre, etc. La société « se transforme en gigantesque bac à sable », résume rudement Gobin, en se référant aux livres « liquides » du sociologue Zygmunt Bauman (L’amour liquide, 2004, La vie liquide, 2006, Le présent liquide, 2007).

Comment ne pas penser à « L’ère du Verseau » prophétisée par le New Age, faisant référence à cette liquidité par son signe astrologique ? Car si l’on déconstruit toutes les rigidités identitaires héritées, l’on aboutit nécessairement à une phase de « liquéfaction ». N’est-ce pas la journaliste américaine, Marylin Fergusson, l’autrice de Les Enfants du Verseau (The Aquarian Conspiracy. Personal and Social Transformation in the 80’s), qui écrivit dans ce livre : « Le soi en transformation est un architecte dessinant son propre environnement […] c’est un sculpteur libérant sa propre forme du bloc de l’habitude […] il tient son journal intime, rédige son autobiographie, examinant les fragments de son passé comme un archéologue. (nous soulignons) » ? Il s’agit bien de se libérer du « bloc », du solide. Il reste encore « sa propre forme », mais elle est spécifique au soi en transformation, donc authentique.

Julien Gobin consacre son chapitre central aux tensions, par définition irréconciliables à terme, qui, selon lui, tiraillent l’individu contemporain écartelé entre deux mondes qui se succèdent, celui de l’enracinement et celui de l’affranchissement. D’innombrables coachs et thérapeutes en tout genre se pressent pour accompagner les égonautes « en quête de leur Toison d’or » que constitue leur identité profonde. Il s’agit à la fois, selon les termes de l’auteur, de se libérer, de s’assumer et de se lier.

L’exemple paradigmatique de « l’émancipation démocratique par la déconstruction des déterminismes biologiques et sociaux » que va examiner Gobin, c’est le transgenre. Comme je l’avais précédemment écrit dans « Voyage au Wokistan » : « La différence des sexes, comme donnée biologique, héritée par chacun à la naissance, doit être récusée. Vient à sa place le genre, soit « la conscience que l’on a d’être un homme ou une femme ou n’importe quoi entre les deux » (Braunstein, 2023). On peut en quelque sorte changer de genre à volonté.

Le transgenre devient dès lors « le nouveau héros de notre temps », incarnant la fluidité, le fait de ne plus être esclave du donné corporel. C’est, si nous poussons un peu les choses, le « syndrome du Baron de Münchausen » qui pouvait sortir des marais en tirant sur ses bottes. La volonté, le désir, la conscience peuvent commander au corps. »

Dans les situations de dysphorie de genre (« inconfort ou détresse liés à une incongruence entre l’identité de genre d’un individu et le sexe attribué à la naissance »), quand le genre ressenti ne correspond pas au sexe biologique, d’où vient « la petite voix intérieure » qui revendique une « nature profonde » qui ne serait ni sociale, ni biologique ? Et quels sont les traits de cette identité authentique ? Les témoignages que rassemble Gobin sont éloquents. Ces traits ne sont rien de moins que des stéréotypes de genre ! Les conséquences vécues des traitements hormonaux, notamment tels que répercutés par des individus « en transition », correspondent en effet à ces caractéristiques identitaires biologiques et modelées par le discours social. En d’autres mots : l’inné supposé authentique, vierge de toute influence, est socialement construit sur base d’un trait biologique. Ce que résume Gobin en une phrase lapidaire : « Il n’y a pas plus stéréotypo-genré que le transgenre ! »

La dysphorie de genre ne remet en effet pas en question l’existence du genre, ni les traits socialement construits qui y sont liés dans une société donnée. Dans les cas de changements biologiques (paradoxal quand on affirme que genre et sexe sont indépendants), les témoignages récoltés sur les sites Internet d’associations impliquées ou les articles de presse le confirment. Comme, par exemple, ce que raconte cet homme devenu femme (MtF) : « Très vite mon corps s’est féminisé et mon tempérament a changé, car les hormones exacerbent ce que vous êtes. Je suis devenue extrêmement sensible. Je me suis mise à pleurer pour un rien. C’est assez troublant de vivre cela. » (Gobin, témoignage publié dans la presse en 2018). Des situations inverses, femme devenue homme (FtM) vont, si j’ose dire, dans le même sens : homme hyperactif, exploreur, obsédé sexuel… Déterminismes biologiques et sociaux imprègnent la « nature authentique » révélée par la déconstruction… « Le transgenre serait ainsi l’idiot utile du patriarcat » résume Gobin.

L’exemple trans illustre de manière emblématique la contradiction de l’individu autoconstruit et émancipé : « Au même titre que la révolution du prolétariat ne put lutter contre la réalité de la nature humaine, celle de la déconstruction, avec pour idéal l’individu, doit faire face à l’intrication ontologique de l’homme avec les déterminismes » (Gobin ibidem). Ou comme l’écrivait Bernard Lahire dans Les structures fondamentales des sociétés humaines : « Elle [la nature humaine] n’est donc pas « un sac vide » ou une cire molle que la culture viendrait « remplir et déformer à sa guise ». Le même constat de cet « oubli du réel », comme le titre Lahire, vaut aussi pour l’individu « autonome ».

Si l’individu désiré de la démocratie « épluche une à une toutes les couches parasites de son identité » pour répondre à l’injonction « be yourself », sur quel noyau dur va-t-il tomber ? Fatalement, sur sa « vraie nature » (son conatus écrirait Spinoza) qui s’impose à lui et impose sa loi ! Belle émancipation des déterminismes… Mais comme l’écrit aussi ironiquement Gobin, quand l’individu ouvre enfin le coffre de son « moi profond » auquel la société l’a toujours empêché d’accéder il s’écrie : « Stupeur ! Il est vide ! Impossible ! »[3]. Il fera dès lors appel aux professionnels (qui ont perçu le marché de manière commerciale et/ou en vrais croyants) en « développement de son petit trésor personnel », si réduit mais « plein de promesses », lui assurent-ils.

Ce que Gobin appelle « la dictature de la singularité » fait inévitablement penser au livre L’élite artiste de la sociologue Nathalie Heinich, évoqué pendant un long paragraphe de L’individu fin de parcours ? Après la Révolution française, les « artistes » ­- et la société progressivement avec eux – ont de manière croissante valorisé leur singularité, leur talent ne s’originant plus dans leur rang de naissance, leur corporation ou leur fortune, mais bien dans leur génie individuel, leur « moi profond ». Ce dernier sera forcément opposé aux règles sociales, aux codes sociaux, et donc « hors normes ». Mais tout le monde ne dispose pas des ressources pour intégrer cette nouvelle aristocratie. Et s’il échoue, ce sera de sa propre faute. En effet : « Autrefois réservée aux élites, la singularité démocratisée fait peser sur chacun le poids d’être l’écrivain auteur de sa propre vie, et avec lui l’angoisse de la page blanche ! (…) S’il échoue, ce ne pourra être que de sa faute. » (Gobin)

Car la quête de la singularité n’est plus un privilège ou un luxe, c’est devenu une obligation sociale : « Sois autonome ! ». Comme l’individu peut de moins en moins se reposer sur les obligations et les règles collectives, il doit devenir flexible, développer l’esprit d’initiative, être authentique, « condamné à être libre ». Sa « liberté conquise devient une valeur marchande » dit Gobin. Il devient auto-entrepreneur et participe à une multitude de stages où le mystique-ésotérique voisine avec « le management de soi ». Mais il peut aussi sombrer dans la dépression ou l’addiction ; les deux pathologies seraient liées à l’individualisation du monde contemporain selon Ehrenberg dans La fatigue d’être soi publié en 1998 (phénomènes déjà décrits comme « conséquences de la modernité » par le sociologue britannique Anthony Giddens au début des années 1990).

Gobin le résume à sa manière hardie : « Révolutionnaire sans programme au lendemain du Grand Soir sanglant, l’individu autonome est à présent seul dans son palais de la liberté ».

L’auteur pointera quelques stigmates qui marquent le corps de la « descente de Croix des certitudes ». Un de ceux-là est le tatouage des corps qui se multiplie, et qui n’a sans doute pas grand-chose à voir avec celui des sociétés pré-modernes (tout comme le néo-chamanisme, le Yoga de bien-être, le néo-animisme, le bouddhisme occidentalisé, etc., sont fort différents des pratiques d’origine).

Car autrefois le tatouage était « marqueur du collectif sur le singulier » ; il est devenu aujourd’hui la « marque du singulier sur l’absence de collectif ». Gobin donne les chiffres de la multiplication considérable des salons de tatouage et du nombre de tatoués en France (aux USA plus de la moitié de millenials seraient tatoués). Signes qui sont à la fois ceux d’une recherche d’individualisation du corps, mais également de sa fragilité, d’une somatisation de celle-ci, ainsi que de la quête d’un rite de passage marquant le corps.

D’autres « phénomènes collectifs de l’individualisation » (c’est bien le paradoxe) sont passés en revue, comme certaines formes de démissions de l’autonomie par des « retours en arrière », telles les applications de rencontre dans le marché de l’amour, qui permettent de faire « un libre choix » d’un partenaire avec l’aide des algorithmes. Nous approchons à pas comptés du papillon transhumaniste. La « science » remplace la pression sociale ou familiale. Le « pacte faustien » commence à se nouer, soit celui de renoncer à son autonomie durement conquise en échange de la sécurité apportée par la science et ses prolongements techniques.

Bien évidemment, sur un autre bord moins « scientiste », la nébuleuse New-Age déjà évoquée multipliera son offre pour soutenir la quête de l’individu délesté des cadres de la tradition, afin de devenir « un surhomme bio » (Gobin, ibidem). Si la variété des pratiques et des référents (psychothérapeutiques, corporels, ésotériques, spirituels, écologiques, alimentaires, artistiques, médicaux doux…) est immense, la matrice de fond est à peu près la même comme le souligne Gobin (« proposer à chacun une voie d’accès vers sa nature profonde authentique ») et comme nous l’avions repéré il y a plus de vingt ans (De Backer, 1996, 1999). Si la dimension messianique collective, l’avènement d’une nouvelle Ère de l’humanité une fois la « masse critique » des mutations individuelles atteinte, s’est euphémisée, la prolifération des pratiques demeure pour « supporter l’autonomie » dans les deux sens du mot.

Bien entendu, si malgré toutes ces pratiques et ces soutiens pour accoucher de l’individu désiré, ce dernier n’y parvient pas et demeure en souffrance, ce sera de sa faute. De la même manière, et partageant une matrice en bonne partie commune, bien que plus charpentée et moins candide, la psychanalyse attribuera bien souvent les échecs d’une cure à la pulsion de mort du patient ou à l’obstination de ses résistances. Mais tout comme dans la théorie freudo-lacanienne qui, de manière lucide, a aussi pensé très tôt cette limite, l’individu en transition heurtera le point de butée du réel (le corps, l’entropie, la mort, le refoulement originaire), une limite impossible à franchir et à symboliser : « En voulant maximiser l’équation de l’être, le développement personnel plonge le sujet dans une quête de perfection, d’autodiscipline et de pureté impossible à atteindre » (Gobin, ibidem).

Après les difficultés de se libérer et de s’assumer, voici celles de se lier. On l’aura compris (et déjà anticipé plus haut), comment faire société avec des monades individuelles, soucieuses d’être affranchies de tout déterminisme et autorité ? À supposer, bien entendu, que ces monades en devenir ne soient pas pieds et poings liés à leurs coachs et autres « développeurs individuels » dans une quête infinie d’émancipation (ce qui est aussi souvent le cas pour la psychanalyse « qui ne le lâche plus », selon les mots de Freud ; le fondateur de la psychanalyse ne s’interrogeait-il pas à la fin de sa vie sur la cure « finie et infinie » ?).

Gobin développe longuement cet aspect sur plusieurs plans, que nous ne pouvons qu’effleurer rapidement pour laisser de la place aux contours du « papillon transhumaniste » à venir. Notons tout d’abord que l’individu contemporain, tout occupé à développer sa singularité et son ressenti, cherchera sur les réseaux sociaux ce qui lui ressemble, ce qui est « infra-politique » note Gobin, car sans débat. Il se regroupe en communautés, éphémères, liquides et émotionnelles. Il fait comme les criquets pèlerins, des solitaires qui se regroupent en essaims pour former des nuages temporaires se dissolvant après un certain temps.

La vie sociale contemporaine en donne de multiples exemples, comme les « Gilets jaunes » rassemblés dans des non-lieux (carrefours, ronds-points, supermarchés…). Mais les nuages peuvent s’entrechoquer, s’étriper rapidement en « clash » et divers « buzz », comme le démontrent également les nuées des Gilets jaunes qui se sont entredéchirées (voir notamment « le fondamentalisme démocratique » et les Gilets jaunes, Gauchet, 2020, p. 167).

Vient enfin le « refus du réel » majeur de l’individu « monadisé », celui de la procréation et de la filiation et, par là, de la mort elle-même. Car la mort est le réel par excellence, « le maître absolu » qui ne cédera pas aux « caprices de l’enfant désiré » (Gobin, ibidem). L’individu désiré ne peut vivre dans le réel, car il devrait accepter qu’il ne soit pas le maître, mais « le réel finit toujours par fondre sur son adversaire », dit Gobin, par la maladie et la mort. L’auteur résume et annonce la seconde partie du livre : « Le règne de l’individu est celui du refus de la mort ».

Car le refus de la mort est en effet au cœur du projet transhumaniste : l’homme y sera « augmenté » jusqu’à atteindre l’immortalité. En un mot, le programme du transhumanisme est contenu dans son nom. Il s’agit d’aller au-delà de la condition humaine, souffrante et mortelle, grâce à la science (notamment la médecine et la génétique) et ses prolongements techniques. Cela jusqu’à atteindre le « post-humain », une civilisation d’êtres immortels qui est vouée à conquérir le cosmos dans sa version la plus audacieuse (voir les projets d’Elon Musk).

Julian Huxley (1887-1975) qui forgea le terme « transhumanisme » en 1957
(source Wikipédia)

Il ne s’agit pas seulement d’améliorer la vie humaine, mais de modifier profondément la lignée d’Homo Sapiens jusqu’à générer une nouvelle espèce. Et, de ce point de vue, le transhumanisme est un enfant des Lumières, mais se manifestant dès avant le mouvement intellectuel français, comme dans ce propos de Francis Bacon : « Prolonger la vie. Rendre, à quelque degré, la jeunesse. Retarder le vieillissement. Guérir des maladies réputées incurables. Augmenter la force et l’activité. Transformer la stature. Transformer les traits. Augmenter et élever le cérébral. Métamorphose d’un corps dans un autre. Fabriquer des espèces nouvelles. Transplanter une espèce dans une autre. Rendre les esprits joyeux, et les mettre dans une bonne disposition » (La Nouvelle Atlantide, 1624, nous soulignons). Il s’agit d’appeler l’humanité à se construire elle-même, à s’améliorer, à s’augmenter, à se métamorphoser.

Mais les développements actuels des sciences et des techniques, notamment médicales et eugénistes, permettent de donner une assise concrète aux utopies de Francis Bacon (La Nouvelle Atlantide est un récit utopique) ou celles de Condorcet. Il s’agira donc de « faire mieux que les Lumières ». D’arracher l’Homme à sa condition animale, de le « dénaturer ». De se défaire de la Nature, au fond. Le transhumanisme est à l’opposé de l’écologie profonde, il pousse la cosmologie dite « naturaliste » (selon la typologie de Descola) des Modernes occidentaux, qui sépare l’Homme de la Nature, jusqu’à son paroxysme.

La seule transcendance qui vaille, c’est l’auto-transcendance de l’Homme s’appliquant à lui-même ce qu’il a fait à la Nature. Il s’agit donc d’un prolongement techno-scientifique des Lumières.

Et l’individu désiré dans tout cela ? Le transhumanisme est à la fois un moyen, une capacité de modifier la nature humaine, et une finalité dans sa version libérale (comme la visée du post-humain dans la lignée de l’individu désiré). La lignée humaine et l’individu singulier peuvent être profondément modifiés par la révolution techno-scientifique, non seulement pour soutenir l’autonomie, mais aussi pour incarner le « refus du réel ». Gobin passe différents aspects en revue : modification de la lignée humaine grâce à la génétique, interfaces cerveau-machine, neuromédicaments, refus de la mort, intelligence artificielle (un des gros enjeux des années à venir, avec le climat, dont les transhumanistes ne semblent guère se préoccuper, sinon par le biais de technologies climatiques).

Dans un premier temps, le transhumanisme semble pouvoir réaliser le rêve de l’individu auto-construit : abolir les limites (de sexe et de genre, de sélection des gènes par l’eugénisme, etc.) ; l’aider à supporter son autonomie en soutenant l’individu à naviguer et faire des choix dans un monde devenu trop complexe, notamment grâce à son smartphone ; faire lien par le biais de communautés électives , des safe space et des bulles cognitives « moelleuses » qui ne contredisent pas ses croyances et ses désirs. Bref une offre de services et de biens adaptée à chaque individu ! Le rêve des Lumières et de l’individu désiré se réalise-t-il ?

Papillons Monarques au Mexique
(source Wikipédia)

Eh bien non ! Car il y a un loup. Le langage du transhumanisme et de l’intelligence artificielle n’est pas le symbolique avec ses métaphores, son imagerie et ses doubles sens, mais la logique, celle du langage mathématique. Le codage binaire des ordinateurs et du numérique, celui de Turing – inventeur de l’ordinateur. Et la négation du libre arbitre de l’Homme est au coin de la rue, car la codification logique le dépossède. L’humain est une machine, comme le reste de la nature, susceptible de traitement logique de son information cachée derrière le vivant. C’est une lecture du monde entièrement mécaniste.

Le sujet pur et authentique n’existe pas, le transhumanisme nie en fin de compte le libéralisme. L’intelligence artificielle comme « super coach » fournira toutes les réponses, comme le GPS ou ChatGPT. C’est l’obsolescence programmée du libre arbitre. Et la perte de l’autonomie cognitive. Le bien-être remplacera la liberté. L’auteur enfonce le clou : « Jamais l’humanité n’aura été aussi dépendante d’un système qui la dépossède en grande partie de ses facultés ». C’est la mort de l’individu, dont l’hubris a enfoncé son dard dans son propre corps.

La monade est devenue neurone. Voilà, prédit Gobin, le danger qui nous menace.

Bernard De Backer, avril 2024

Extrait de mon article de 1996 (pp. 71-72) : « Le leitmotiv de la plupart des stages et des ateliers de la nébuleuse est bien de se « libérer des conditionnements », de se défaire du « pilote automatique » pour désenfouir ce « Soi profond », ce trésor intérieur qui est connecté à l’énergie cosmique. Il suffit de lire la Conspiration du Verseau pour remarquer combien cet ouvrage est traversé par ces deux questions. Quant à la conception du divin dont parle Fergusson (« un circuit invisible nous liant tous ensemble », « une matrice organisationnelle indicible ») et qui est présente dans l’ensemble de la mouvance sous différents noms (« ordre implicite », « énergie cosmique »), elle évoque plus un système expert (Internet) ou un principe impersonnel (énergie cosmique) sacralisés qu’un Dieu personnel. Caractéristique aussi de notre modernité, que cette confiance dans les systèmes experts… » (je souligne aujourd’hui)

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Sur le paradoxe des conséquences

« Où l’on voit que l’ordre posé comme entièrement subi est en même temps celui avec lequel une adéquation volontaire sans réserve est possible, tandis que l’ordre que nous créons est en fait celui en lequel, pour commencer, il est difficile de se reconnaître – il nous demande effort de déchiffrement –, et celui ensuite dont les ressorts et les résultats nous débordent et dont nous subissons les effets sans pouvoir les contrôler. Paradoxe capital qui contient la clé de toute notre histoire.  »

Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde

Mes remerciements à Pierre Hanjoul et Vincent Kersten pour leur relecture attentive.


[1] Conséquences non intentionnelles et non voulues des actions humaines.

[2] « L’expression se trouve dans le livre de M. Lambiliotte, L’homme relié. L’aventure de la conscience (Sodis, 1985), dans la citation : « De nouveaux horizons intérieurs peuvent proposer de nouvelles recherches et de nouvelles aventures. Aux cosmonautes pourront être, non opposés, mais unis dans la voie de la grande aventure de l’existence, des intranautes « . L’auteur, ancien conseiller des ministres Van Zeeland et Spaak, cheville ouvrière et rapporteur de l’expo 58, fut l’introducteur du néologisme « reliance » en langue française, néologisme repris par Marcel Bolle de Bal (1985) et Michel Maffesoli (1988). Ces deux néologismes, « intranaute » et « reliance », construits par le même auteur, nous semblent significatifs d’une double problématique qui traverse notre projet : celle des conséquences de la modernité sur la subjectivité individuelle, et celle des impasses ou limites rencontrées sur le chemin de la (dé)construction réflexive de soi. » Source, Bernard De Backer, projet de doctorat en sociologie, Les Intranautes de la modernité (UCL, 1999)

[3] On peut penser à ce roman, La Puissance du néant, qui aurait été écrit par le lama Yongden, traduit et annoté par sa mère adoptive Alexandra David-Néel (Plon, 1954). À la fin de la quête du héros, celui-ci ouvre le coffre secret de son saint ermite vénéré. Il est vide….

Sources et références

Braunstein Jean-François, La religion woke, Grasset, 2022
De Backer Bernard, « Voyage au Wokistan », Routes et déroutes, août 2023
De Backer Bernard, « L’autonomie à l’épreuve d’elle-même », La Revue nouvelle, août 2007
De Backer Bernard, « Note sur le transhumanisme » pour le Comité de rédaction de La Revue nouvelle, novembre 2015
De Backer Bernard, « New Age : entre monade mystique et neurone planétaire », La Revue nouvelle, novembre 1996 (La Revue nouvelle avait titré erronément « nomade » au lieu de « monade »…)
Dericquebourg Régis, « De la thérapie à la spiritualité́et inversement l’exemple de la scientologie et du rebirth », Recherches sociologiques, 1998/2
Ehrenberg Alain, La fatigue d’être soi, Odile Jacob, 1998
Ehrenberg Alain, L’individu incertain, Calmann-Lévy, 1995
Fourquet Jérôme et Viard Jean, « Dans quelle société vivons-nous ? », Répliques, France culture, 9 mars 2024
Gauchet Marcel, « À la découverte de la société des individus », Le débat, mai-août 2020
Gauchet Marcel, La démocratie contre elle-même, Gallimard, 2002
Gauchet Marcel, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, 1985
Giddens Anthony, The Consequences of Modernity. Cambridge, Polity, 1990
Giddens Anthony, Modernity and Self-Identity. Self and Society in the Late Modern Age, Cambridge, Polity, 1991
Giddens Anthony, The Transformation of Intimacy : Sexuality, Love and Eroticism in Modern Societies, Cambridge, Polity, 1992
Gobin Julien L’individu fin de parcours ? Le piège de l’intelligence artificielle, Gallimard, 2024
Heinich Nathalie, L’Élite artiste : excellence et singularité en régime démocratique, Gallimard, 2005
Hottois Gilbert, Le transhumanisme est-il un humanisme ?, Académie royale de Belgique, 2014
Le Breton David, Disparaître de soi, Métaillé, 2015
Lebrun Jean-Pierre et Eraly Alain, Réinventer l’autorité. Psychanalyse et sociologie, érès, 2021

Sur Routes et déroutes (avec bibliographies associées)

De Backer Bernard, « La leçon de Bernard Lahire », Routes et déroutes, février 2024
De Backer Bernard, « Voyage au Wokistan », Routes et déroutes, août 2023
De Backer Bernard, « Guérir « par » ou « de » l’écriture ? », Routes et déroutes, avril 2023
De Backer Bernard, « Extension du décolonial », Routes et déroutes, octobre 2020
De Backer Bernard, « Géopolitique de l’intelligence », Routes et déroutes, mars 2018
De Backer Bernard, « Déverrouiller la porte de l’intérieur ? », Revue nouvelle, dossier  « Le travail sur soi », octobre 2007
De Backer Bernard, « Les Intranautes de la modernité », projet de doctorat, UCL, avril 1999
De Backer Bernard, « New Age : entre monade mystique et neurone planétaire », La Revue nouvelle, novembre 1996 (La Revue nouvelle avait titré erronément « nomade » au lieu de « monade »…)
Bernard De Backer, « Croyance et reliance : le cas du New Age », mémoire de DEA en sociologie, UCL, juin 1996

4 réflexions sur “Chenille des Lumières et papillon transhumaniste

  1. Merci, Bernard, pour la « critique » positive de ce livre.

    As-tu lu le livre de Mark Hunyadi « Le second âge de l’individu » : très intéressant, bien que je ne sois pas d’accord avec lui sur le « remède  » proposé à cette difficulté de notre culture.

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  2. Non, je n’ai pas lu. Ce sont des sujets qui m’intéressent depuis longtemps, notamment par mes travaux sur le New-Age, auxquels je fais référence. Je me garde autant d’une vision apocalyptique que techno-optimiste, voir quasi-millénariste. Il est intéressant de noter que Julian Huxley, qui a forge le mot « transhumanisme », a été traducteur de Theillard de Chardin qui utilise une expression proche : « transhumain ». Theillard est par ailleurs l’auteur le plus cité par Marilyn Fergusson dans « Les enfants du Verseau ».

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  3. Merci Bernard de nous faciliter la vie par ce résumé et commentaire d’un livre que je n’aurais certainement pas  lu. J’en tire la conclusion que pour échapper au déterminisme nous sommes particulièrement doués pour nous en inventer d’autres peut-être d’ailleurs plus enfermants. J’ai toujours du plaisir à te lire. A bientôt Bernadette 

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  4. Merci pour ta lecture, Bernadette. Et content de t’en avoir évité une autre plus vaste ! Ta conclusion est bien vue. Mais nous ne pouvons pas anticiper « le paradoxe des conséquences », par définition ! Ni lui échapper…

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