Geniul Carpaților

Paysanne au marché de Cluj en Transylvanie, juillet 1990 (photographie de l’auteur)

Six mois après l’exécution du « Génie des Carpates », Nicolae Ceaușescu, ainsi que de son épouse Elena le 25 décembre 1989, j’ai pris le train pour Budapest et, de là, pour Sighișoara en Transylvanie. Cette région alors oubliée d’Europe centrale, sinon le mythe de Dracula, m’attirait depuis la lecture de deux romans de Jules VerneLe château des Carpates, et Mathias Sandorf (originaire de Făgăraș). Son attrait avait été ravivé par le survol de ces montagnes bossues et sombres, au retour de Turquie. À la gare Nyugati de Budapest, je m’introduisis avec circonspection dans un train roumain déglingué qui devait me conduire à Sighișoara – ville natale de Vlad Dracul où mourut, quelques siècles plus tard, le poète national hongrois, Sandor Pëtofi. Ce train presque vide, et d’une lenteur épouvantable malgré son nom de « Pannonia Express », finit par me déposer au pied de la ville médiévale nichée sur une colline.

Comme la plupart des cités de Transylvanie, elle portait trois noms et autant de cimetières : Sighișoara (roumain), Schäßburg (allemand), Segesvár (hongrois). À cette époque, elle n’était pas encore inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO et ne disposait d’aucun « Motel Dracula » – seulement d’un hôtel d’État et d’épiceries en déshérence. Les premiers mots de roumain que j’ai retenus étaient « nu avem » (nous n’avons pas). La vieille ville poussiéreuse était presque déserte, hors quelques personnes âgées et des enfants. J’observais ces derniers jouer à chat perché le long de maisons bombées couleur pastel. De là, j’ai voyagé en train vers Sibiu (Hermannstadt, Nagyszeben) avant de gravir les Monts Făgăraș à partir de Sebesu de Sus, non loin de Rășinari – le village natal d’Emil Cioran. Vinrent ensuite Brașov (Kronstadt, Brassó) et Cluj (Klausenburg, Kolozsvár) après un passage à Bucarest. Il ne s’agit pas de raconter ce voyage ici (je l’ai fait dans La Cité et Alpirando – voir plus bas) seulement de montrer quelques images d’un monde évanescent qui aura cependant échappé à la « systématisation des campagnes ». Pour se faire une idée de la Transylvanie ancienne, il faut lire la Trilogie transylvaine de Miklós Bánffy et Entre fleuve et forêt  de Patrick Leigh Fermor, qui a traversé le pays à pied en 1934.

Aujourd’hui, après l’intégration de la Roumanie dans l’UE, la Transylvanie a d’autres défis à relever : l’exode rural et le départ de nombreux jeunes vers l’Ouest, la mainmise sur les terres, la pression touristique (comme, à titre anecdotique, suite à la présence du prince Charles à Viscri), les transformations de l’agriculture, la déforestation, l’exploitation minière, le choc de la modernité européenne, le développement durable, la sauvegarde d’un patrimoine matériel et immatériel exceptionnel… Sans oublier les tensions avec la Hongrie, consécutive à la présence d’une importante minorité hongroise (plus d’un million de personnes), aux différentes lectures historiques et à la politique d’Orban. C’est une autre histoire, mais qui hérite de celle qui a précédé.

Pour mémoire :

Article impressioniste publié dans La Cité en septembre 1990
(les intertitres sont de la rédaction – j’y parle à tort des « Allemands » de Transylvanie qui sont en fait des « Saxons », terme utilisé pour les qualifier à une époque ou l’Allemagne n’existait pas ; au Banat on parle de Souabes)

Article publié dans le dossier « Pays de l’Est » du magazine Alpirando en janvier 1991
(le titre un peu convenu est de la rédaction, j’avais proposé « Les marches de Transylvanie » pour éviter le sempiternel Dracula – le mot « marche » étant pris dans son double sens, les Carpates formant le frontière de la Transylvanie ; je parle également à tort des « Allemands » pour désigner les Saxons)

Photographies

Les images de la galerie peuvent être agrandies en cliquant sur elles ; on peut les faire défiler en utilisant les flèches et les afficher en « taille réelle » (celle hébergée sur le site). D’autres photographies « retrouvées dans le coffre » seront publiées sur ce site, en écho à des récits de voyage ou de manière isolée.

Les Carpates sur Routes et Déroutes

À vélo au pays du cimetière joyeux
Trois plateaux dans la Puszta
Les Carpates oubliées
Voyage au centre de l’Europe
Tchornohora – saison d’hiver
Tchornohora – saison de printemps
Tchornohora – saison d’automne

Copyright

Toutes les photographies ci-dessous sont de Bernard De Backer. Elles ne sont pas libres de droits. Toute utilisation de ces images est soumise à une autorisation préalable de l’auteur. Les premières images sont prises à Sighișoara, les suivantes à Sibiu, ensuite Sebesu de Sus et les Monts Făgăraș, puis Brașov et les dernières au marché de Cluj. Elles datent toutes de l’été 1990.

Carte physique de la Roumanie en 1933, la Transylvanie est au centre (source Wikipedia)

Carte ethnographique de l’Autriche-Hongrie en 1892, la Transylvanie au centre du cercle bleu à droite, avec les minorités saxonnes (rouges) et hongroises (blanches) (carte de Heinrich Kiepert, source Wikipedia)

Une réflexion sur “Geniul Carpaților

  1. Si j’avais écrit davantage, j’aurais notamment raconté cette anecdote piquante et instructive : végétarien à l’époque (personne n’est parfait), je demande stupidement à Cluj s’il y a une restaurant végétarien dans le coin. Un Roumain revêche me répond : « Mais Monsieur, ici nous sommes tous végétariens ! » (allusion au régime alimentaire que la géniale Elena voulait imposer aux Roumains pour faire face aux pénuries).

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