Bienvenue dans ces confins

Rives du lac Peïpous, frontière entre l’Estonie et la Russie
(photographie de l’auteur)

« C’est un monde à peu près ignoré des étrangers : les Russes qui voyagent pour le fuir payent de loin, en éloges astucieux, leur tribut à leur patrie, et la plupart des voyageurs qui l’ont décrit n’ont voulu y découvrir que ce qu’ils allaient y chercher. Si l’on défend ses préventions contre l’évidence, à quoi bon voyager ? Lorsqu’on est décidé à voir les nations comme on les veut, on n’a plus besoin de sortir de chez soi.« 

Marquis de Custine, Lettres de Russie. La Russie en 1839

Comme nous le savons, mais l’oublions souvent au profit d’un universalisme européen négligeant sa contingence provinciale, l’humanité n’est pas un club anglais ou une collection d’individus tombés du ciel. Les hommes et les femmes ne sont pas répartis au hasard et associés librement par un contrat social. L’espèce humaine est composée de collectifs concrets — doués de mémoire, de croyance et d’imaginaire — inscrits dans un espace et un voisinage, fruits de métissages et de heurts, héritiers et producteurs d’une histoire. Le voyageur peut s’en trouver d’autant plus instruit qu’il sera dérouté.

Les voyages, en effet, pour peu qu’ils nous confrontent de manière intense à d’autres cultures, peuvent faire vaciller les routines les plus solides qui constituent notre ancrage cognitif et émotionnel. Expérience qui n’est pas sans risques. Lorsque la route déroute, elle peut aussi ouvrir les yeux. Les assurances les plus solidement ancrées se trouvent progressivement déboîtées par le jeu qui s’introduit dans leurs fondements. Une fenêtre, au sens balistique du terme, permet alors d’apercevoir le caractère relatif d’une série de traits que l’on supposait universels. Le modelage des corps et des esprits par l’incorporation de normes sociales apparaît dès lors d’une profondeur insoupçonnée.

Ce samizdat vise à arpenter ces temporalités, ces cultures et ces géographies fragmentées à l’heure d’une globalisation accélérée produisant des effets inattendus ; à analyser les accidents, les conflits et les confluences qui en procèdent. Vous y trouverez des articles en lien avec l’actualité et d’autres analyses ou récits en écho : recensions critiques de livres, synthèse de recherches sociologiques et disciplines connexes, récits de voyage. J’y ai rassemblé des textes couvrant une période de 1992 à aujourd’hui.

Vous avez la possibilité de vous abonner en introduisant votre adresse dans la fenêtre prévue à cet effet, ou dans la cartouche « suivre… » à droite en bas de la page en cours de lecture (faire remonter le curseur). N’ayez crainte : je ne publie pas plus d’un article par mois, et encore…

Ceci n’est donc pas un blog, mais une slow revue en ligne (plus de 190 articles dont 6 récits de fiction à ce jour ; davantage en comptant les renvois vers des articles publiés ailleurs). Les commentaires sont les bienvenus. Ils sont modérés, notamment pour éviter les spams. Je ne suis par ailleurs pas présent sur les réseaux sociaux, après m’en être retiré (j’avais une page Facebook) et ne diffuse pas les contenus de ce site par ce biais, mais ceux qui y sont peuvent évidemment le faire. Je n’ai pas recours à l’IA.

Bonne visite, c’est gratuit, on vient et on s’en va quand on veut.

Bernard De Backe

Mes articles en lien avec l’Ukraine
(pays dans lequel j’ai beaucoup voyagé entre 1991 et 2013)


Mode d’emploi pour ne pas être dérouté

  • Le contenu du site est accessible par le biais du menu « hamburger » — le carré avec les trois barres, en haut à droite de la page en cours de lecture (remonter tout en haut de cette dernière). Il est classé par rubriques ou mots-clés, avec une mise en évidence des derniers articles publiés.
  • Pour vous abonner, il suffit de remplir le document ad hoc par le biais du menu « hamburger » ou par la cartouche « suivre… », en bas à droite de la page en cours (faire remonter le curseur).
  • Le retour à la page d’accueil se fait en cliquant sur le bandeau « routes et déroutes ». Viser le texte au milieu de l’image, le curseur se transformant en petite main.
  • Pour les textes publiés en page Web (et non en fichier PDF attachés), vous avez la possibilité d’utiliser l’outil « lecture zen » — ou autre appellation selon votre navigateur — pour disposer d’une version imprimable. Vous pouvez convertir cette version en fichier par le biais de la fonction « enregistrer en format PDF ». J’ai, depuis un certain temps, systématiquement (sauf lorsqu’il s’agit de photographies avec un court texte de présentation) joint un fichier PDF en bas du texte. Mais celui-ci ne comporte ni les images ni les liens actifs.
  • Les images figurant sur le bandeau sont des détails de photographies de l’auteur, sauf  exception mentionnée sur la page d’accueil.

L’image du bandeau est parfois un portrait de Vladimir Poutine, composé avec des photos de ses destructions en Ukraine (merci à Igor Zhuk de Kyiv). Avec, de temps à autre, un moment de respiration en fonction des nouveaux articles.

Portrait de Putine ruines

P. S. Je ne fais pas de renvois vers des sites « amis », mais cette règle souffre d’un exception notable pour Le Grand Continent, une revue en ligne géopolitique et européenne en plusieurs langues, remarquable. Une véritable « revue nouvelle », selon leurs mots. On peut y joindre The conversation, « L’expertise universitaire, l’exigence journalistique », selon ses propres termes. Tout un programme ! J’y ajoute Memorial France qui fait un puissant travail d’information sur les répressions des droits humains en Russie et dans l’ancien « bloc de l’Est », passées et présentes, en lien avec Memorial International. Voir le film Nous sommes Memorial d’Alexandra Dalsbaek, projeté à Paris le 8 décembre 2021 lors de la soirée de Memorial France.

Je suis membre de Memorial France et du Groupe du 24 février. Tribune publié le 28 février 2023 dans Le Libre Belgique : Conflit en Ukraine: l’urgence de mesurer l’urgence et dans Le Courrier d’Europe centrale. Un excellent site d’information sur l’Ukraine du journaliste Sébastien Gobert qui vit à Lviv. Il est membre du groupe 24/2.

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Sur Memorial, ces deux émissions récentes (avril 2023) de RCF avec Irina Galkova (historienne au sein du mouvement russe Memorial) : La création du mouvement Memorial et Le mouvement MEMORIAL, les droits humains et l’historien Iouri Dmitriev.

Dans un autre registre, je suis aussi membre de « Grands-Parents pour le climat » – même si je ne suis pas grand-père et que je ne suis pas trop fan du nom…

Pour le reste, je puise mes informations dans le savoir accumulé par des années de terrain, associé à mes recherches dans de nombreux domaines, ainsi que les livres (mentionnés dans les sources des articles), les revues et les grands quotidiens européens. Sans oublier les voyages de diverses natures.

Copyright

Les textes et images de l’auteur contenus dans ce site ne sont pas libres de droits. Toute utilisation d’un ou plusieurs de ces éléments, texte ou image, est soumise à une autorisation préalable de l’auteur.

Relecture

Je souhaite remercier vivement Pierre Hanjoul, géographe et professeur d’arabe, ainsi que Vincent Kersten, informaticien et co-organisateur d’un évènement culturel annuel bien connu, pour leur relecture attentive des articles de Routes et déroutes.

Citations en épigraphe

Ces phrases placées en tête d’un article ne reflètent pas nécessairement mon point de vue, mais ont pour but d’annoncer ou d’illustrer le contenu du texte. Elles s’éclairent à la lecture de ce dernier.

Écriture inclusive

Certains aspects de l’écriture inclusive sont utilisés sur ce site, comme, par exemple, la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre. Par contre, le « point milieu » ou « médian » ne sera jamais utilisé, comme dans « musicien.ne.s », « motivé.e.s », pas davantage que « ielle » et « elleux ».  Le masculin à titre épicène est employé pour les pluriels qui associent les deux genres, ou davantage s’il y a lieu. Par ailleurs, actualité oblige, nous écrirons « atterrir » au lieu de « amarsir » ou « avénusir » et « acomètir » (en attendant la suite). Par respect pour les autres corps célestes et pour son ancienneté, nous conserverons néanmoins alunir qui date de 1921. Certes, c’est une manifestation de domination terrienne et de géocentrisme élargi, nous en sommes bien conscients.

Succession des articles

La succession est en principe chronologique, mais cet ordre peut être modifié en fonction de l’actualité ou du souhait de valoriser un article ancien, souvent en rapport avec l’actualité.

Liens internet

Les textes soulignés sont des liens internes ou externes qu’il suffit d’activer en cliquant dessus.


Comprendre la guerre coloniale de la Russie contre l’Ukraine

La guerre de la Russie contre l’Ukraine, qui a débutée en 2014 en ce qui concerne ce siècle, ne peut s’éclairer que sur fond de la Grande Famine de 1932-33 et de ce qui lui a précédé, cela dès 1917 (et, bien entendu, la volonté impériale russe de conquérir l’Ukraine qui lui est bien antérieure). La volonté de briser l’identité ukrainienne et de se saisir de ses récoltes en affamant sa paysannerie sont concomitants. Sur base du livre minutieux d’Anne Applebaum, Red Famine, et d’autres ouvrages, je retrace le processus inexorable qui enferma des millions de paysans dans des villages silencieux, vidés de leur âme et de leurs moyens de subsistance. Il s’agissait à l’époque de « soviétiser » l’Ukraine et de tuer son identité rebelle. L’objectif actuel de « dénazifier » ou « désukraïniser » l’Ukraine est le même. Les Ukrainiens sont de « sous-Russes » qu’il faut faire rentrer dans le giron impérial, de gré ou de force. Il s’agit de les détruire, physiquement et culturellement. Poutine tente avec l’Ukraine ce que son ancêtre Ivan Le Terrible fit avec la République de Novgorod.

Ukraine : d’Holodomor à la dénazification

Actualité, et pour longtemps

La Chine sera sans doute « l’affaire du siècle », notamment pour les démocraties et la géopolitique mondiale, dans le contexte d’une perte d’influence du modèle démocratique et de la « décolonisation culturelle » qui en est la cause, après le transfert de la techno-science occidentale (et ses effets militaires). Cela sans la dynamique symbolique et politique qui a permis son développement, ce que l’on a coutume d’appeler « les Lumières ». Mais contrairement à ce que l’on entend souvent, ce qui est en jeu fondamentalement, ce ne sont pas tant « les Chinois » ou « la Chine », que l’idéologie marxiste-léniniste (russo-européenne, elle) associée au modèle impérial des Qin et à la théorie des Légistes, auxquels Mao et Xi Jinping se réfèrent. Quand les Chinois s’éveilleront, la Chine communiste impériale tremblera. Mais auront-ils le temps et la volonté de sortir du « rêve chinois » ? Par ailleurs, cette menace ne peut être séparée de l’évolution de plus en plus autoritaire du régime russe et de la question ukrainienne, comme l’a rappelé Pierre Haski dans Géopolitique sur France Inter ce 16 décembre 2021. « Chine-Russie, une entente au sommet pour défier l’ordre occidental« . L’invasion d’une partie de l’Ukraine, notamment le couloir qui sépare le Donbass de la Crimée, la « Nouvelle Russie », n’est pas à exclure (depuis l’écriture de cette page, elle a effectivement eu lieu le 24 février 2022 comme je l’avais anticipé en 2014). A défaut ce sera un grignotage du pays, une déstabilisation par oligarques interposés et autres guerres hybrides.  Enfin, n’oublions pas l’influence grandissante de la Chine au sein de l’ONU.

Première page du journal Le Monde, 1er septembre 2025
(capture d’écran par un abonné)

Articles sur la Chine.

J’ai lu Les structures fondamentales des sociétés humaines dans un contexte difficile pour moi, avant et après une opération lourde, bien que sans gravité apparente. Mais cette intervention m’a rappelé à mon corps, ce qui n’est pas sans rapport avec ce livre. Cet ouvrage de plus de neuf cents pages, extraordinairement documenté, fut une prise de risque pour l’auteur, comme il l’explique en détail. Il revient en effet vers les ambitions scientifiques des pionniers de la sociologie, celle d’établir des « lois » régissant le fonctionnement des sociétés humaines, sans pour autant les « geler » ou de faire de la sociobiologie. C’est en quelque sorte un pavé (dans le double sens du mot) contre le constructivisme dans les sciences sociales, à savoir l’idée que l’Homme se crée collectivement ou individuellement lui-même à partir de rien, qu’il s’auto-construit comme s’il dessinait sur une page blanche. Cela en « oubliant » sa condition d’animal humain, le « réel » de sa nature biologique et ses conséquences. Mais sans, bien évidemment, nier ses capacités symboliques, le travail de la culture et des artefacts, cela dans le prolongement de sa nature biologique. Un livre que je vous invite à lire, à moins que ma longue recension vous suffise.

La leçon de Bernard Lahire

Il s’agit de Nomadland de la cinéaste Chloé Zhao, qui a réalisé une œuvre totalement plongée dans l’imaginaire américain, sur base du livre de Jessica Bruder. La cinéaste est chinoise, née à Pékin, mais son film – inspiré par le reportage en immersion de Jessica Bruder – est imprégné du thème de l’espace et de la grand-route, pour reprendre le titre du livre de Pierre-Yves Petillon, La grand-route. Espace et écriture en Amérique. Au-delà d’une incursion dans l’univers des travailleurs nomades âgés, vivant en vans et en caravanes, frappés par la crise de 2008, la chute des fonds de pension, astreints aux petits boulots et réfugiés dans des sortes de nowhere – déserts, campings ou parkings – le film nous entraîne au cœur d’un imaginaire qui nous est à la fois étranger et familier. Nomadland est une œuvre avec un foyer secret et c’est sans doute pour cela qu’elle nous remue, qu’elle nous touche au plus vif. Elle nous enseigne aussi, comme disait Orwell, la common decency de ces hobos sexagénaires, frappés par le déclassement et la précarité.

Nomadland : entre Steineck, Kerouac et Malick

Un article de rêve et de paysage

Il s’agit du seul texte dans lequel je parle de peinture, en particulier de celle qui a « inventé » le paysage en Europe dans la Flandre de mon enfance. L’article est à la croisée de plusieurs chemins. Un rêve récurrent de mon adolescence à Anvers, la ville des peintres, qui m’a longtemps intrigué ; ma passion pour la peinture flamande de la renaissance ; la lecture de Philippe Descola et de Tsvetan Todorov ; mes années d’escalade à Freyr et beaucoup d’autres choses. Pour mon bonheur, ce texte est très consulté. Une ou deux années plus tard, je suis allé avec une amie voir un tableau de Patenier à Cassel en Flandre française, dont j’ai également rendu compte sur ce site. Un article récent sur le dernier livre de Philippe Descola, Les formes du visible, y fait écho de manière plus large.

L’invention du paysage occidental

Article le plus consulté

Ce n’est pas celui qui me semble le plus intéressant, mais sa fréquentation largement supérieure (plusieurs milliers de vues) aux autres obéit peut-être à la loi dite du « putaclic », à savoir que ce sont les informations relatives au sexe, à la dispute, à la surprise, à la peur, à l’inédit, au « tabou » qui sont les plus consultées sur Internet, comme le documente le sociologue Gérald Bronner dans Apocalypse cognitive (dont le titre obéit un peu à la même logique). Sans oublier la véritable « pédopholie » qui fait amas autour de ce signifiant et devient parfois lassante. Par ailleurs, cet article a commencé à être fréquenté et diffusé sur Facebook (pas par moi, qui ne suis pas sur les réseaux sociaux) après « l’affaire Duhamel ». Il n’empêche, la « pédophilie féminine » semble bien un « impensable ». C’est pour cela que j’ai voulu comprendre quelle étaient les déterminants de cette impensabilité en croisant différentes approches.

P.S. du 3 octobre 2023. Cet article a longtemps été en tête des recherches Google sur le sujet, puis a disparu (tout en étant toujours bien visible si l’on clique sur « images », et également en-dessous d’intitulés connexes, ce qui relance sa fréquentation – il réapparait curieusement sur le lien « puis a disparu », mais pas dans une recherche actuelle). Ceci peu de temps après un complément sur le film L’été dernier (2023), qui raconte l’histoire d’une liaison amoureuse entre Thomas, 17 ans, et la compagne de son père. Je ne faisais qu’y reproduire un extrait d’un article du Monde sur ce film, sans parler de « pédophilie » (terme générique que mon texte critique par ailleurs). Mon article étant toujours bien référencé par d’autres moteurs de recherche, je ne peux que supposer une action de la part des producteurs du film à l’encontre de Google, cela pour faire enlever la référence à mon texte. Sans me prévenir. Aurais-je enfreint le « tabou » en question ? Une explication possible : le cinéaste ou la maison de production a fait appel à une entreprise de « nettoyage contenu web« . P.S. Mon article est rediffusé par la « Plateforme Jonas » (Espace collaboratif contre la pédocriminalité) sous format PDF et figure à nouveau en tête de Google… Voilà qui est pour le moins singulier.

Le tabou de la pédophilie féminine

Il s’agit de « Vers l’émergence primordiale« , une recension très détaillée du livre volumineux et remarquable de Jean-Loïc Le Quellec, La caverne originelle. Arts, mythes et premières humanités (2022). À ma grande surprise, cet article est vu plusieurs fois par jour depuis sa parution. Comme ce n’est pas la cas pour d’autres articles que j’estime tout aussi instructifs et argumentés, voire parfois très critiques sur certains points, comme parmi d’autres « Une anthropologue fauve » ou « Descola, le refus de l’histoire ?« , je ne comprends pas les raisons de cette focalisation. Mystères du web… P.S. du 9 septembre 2025. Je pense avoir trouvé la raison. Mon article est une des références de la page Wikipédia de Jean-Loïc Le Quellec, entre Philosophie magazine et Le Monde

Un destin singulier

L’histoire de Kaspar Hauser m’intrigue depuis longtemps, comme celles des « enfants trouvés » ou « placardisés ». J’avais évidemment vu le film étrange de Werner Herzog, qui m’avait scotché sur le siège du cinéma de l’époque. Mais la lecture du livre d’Hervé Mazurel, Gaspard l’obscur ou l’enfant de la nuit, m’a passionné. Ne voulant pas en rester là, j’en ai fait une longue recension, en lien avec l’extension du champ de l’histoire, et des sciences sociales en général, à des domaines jusque là réservés notamment aux psychologues. Comme l’a fait le sociologue Bernard Lahire pour le rêve. D’où cette citation de Marcel Gauchet que j’ai placée en épigraphe :  « Un sociologue qui ne se poserait à aucun moment la question de savoir ce qui se passe dans la tête des individus singuliers qu’il appréhende comme acteurs sociaux, c’est-à-dire de l’extérieur et en masse, serait un étrange sociologue ». Elle est accompagnée par celle de Peter Burke : « Au cours des cinquante dernière années, l’histoire a revendiqué des secteurs de l’activité humaine dont on considérait jadis qu’ils n’étaient pas soumis au changement. » En effet. L’accélération de la modernité réflexive, comme dirait le sociologue britannique Anthony Giddens, induit après-coup une perception de la construction historique sur ce qui semblait jusque-là intemporel, naturel, éternel, inné.

La leçon de Kaspar Hauser

Une petite folie dans l’Himalaya

Un voyage à pied dans la solitude la plus totale (ou presque) entre 4.500 et 5.600 mètres. Avec tente mais sans réchaud, sans bonne carte et sans boussole (l’aiguille étant bloquée par les bulles d’air). Le verrou était un col glacière séparant le Rupshu du Spiti. J’ai bivouaqué à son pied, à 5.000 mètres d’altitude dans ma tente trois saisons. Tout comme Peter Matthiessen, je n’ai pas vu le léopard des neiges qui rôdait autour de ma tente. Mais le plus dur était à venir, après le passage du col et les extraordinaires monastères de Key et de Tabo. Ce fut la route en bus jusque Shimla sur une piste vertigineuse, coupée par un glissement de terrain, offrant une vue plongeante sur des carcasses rouillées de véhicules ayant échappé à la bienveillance des dieux. Le lien ci-dessous conduit aux photographies de cette folie. Le récit, « Himalayan Queen », a été publié dans La Revue nouvelle et est accessible depuis la page des images. Ce projet a été réalisé alors que la zone était encore interdite. Il constituait une des plus belles étapes de la traversée intégrale de l’Himalaya, du Bouthan à l’Aghanistan, que j’avais envisagée. J’en ai encore la carte avec l’itinéraire, mais Sylvain Tesson est passé avant moi (ou après, je ne sais plus). Je préfère nettement le léopard à la panthère… Paolo Cognetti a également rôdé dans ces parages, sur la trace de Matthiessen. Le otto montagne est un roman alpin et himalayen, d’une profondeur dépouillée qui m’a bouleversé. Le film lui rend admirablement justice.

La piste du Parang La

Un récit de voyage qui a ma faveur, au Kerala

Un voyage « hivernal » de trois semaines au Kerala, en Inde du sud, dans des familles indiennes chrétiennes et hindouïstes. De Kochin au plateau du Wayanad, d’Aranmula aux backwaters et à la grotte d’Edakkal, en passant par les routes encombrées dans une Ambassador pilotée par notre ami Harry, sans doute le chauffeur le plus impassible du  Kerala. Sans oublier une extraordinaire messe de Noël dans une église jacobite et la dernière synagogue de Kochin, non loin des flammes rampantes du temple hindou dans lequel nous sommes entrés par effraction. Mais nous étions souvent loin des images sur papier glacé des agences touristiques, y compris celles de la petite ONG qui avait organisé notre voyage. Le lieu qui m’a le plus marqué, c’est la cabane du chaï-wallah du temple Parthasarathi, non loin d’Aranmula. Comme je l’écrivais, « On ne dira jamais assez combien les chaï-wallah et leurs cabanons sont un des lieux les plus intéressants en Inde, loin devant le Taj Mahal ou le Palais des vents. Bien à l’abri du soleil et assis devant un coin de table, on peut y passer des heures à siroter son thé, manger des bananes ou des biscuits pour quelques roupies. Les gens vont et viennent, font un brin de causette. D’autres passent dans la rue à pied ou à vélo, des enfants en uniforme reviennent de l’école, des sâdhus marchent l’air absent. »

Malabar Blues

L’article qui a posé problème à La Revue nouvelle

Je n’ai jamais su quel était le problème. Peut-être était-ce l’usage du terme « islamo-gauchiste » (utilisé entre guillemets et sourcé) concernant le parti écologiste suédois ? Ou le fait d’évoquer les questions migratoires, qui ont fortement pesé dans les élections suédoises de septembre 2018 ? J’imagine que l’on devait sans doute me reprocher « de faire le jeu de … », voire peut-être de me rapprocher du « camp du Mal ». C’est un signe, parmi d’autres, de « la fin du débat » et de la nuance. Avec le recul du temps et l’évolution de La Revue nouvelle à travers ses articles, je pense que la nouvelle équipe de direction présentait nombre de caractéristiques de ce que l’on appelle aujourd’hui le wokisme, mot qui n’existait pas encore en Europe à cette époque (2018). J’y reviendrai. Pour information, le sous-titre de La Revue nouvelle est « Les questions de société en débat ». Ce récit est le fruit d’un voyage d’un mois sur place, chez des Suédois, de très nombreuses lectures et d’un travail sur les données statistiques des autorités suédoises.

Allumettes suédoises.

Les dernières élections suédoises de 2022 donnèrent largement raison à ce que je pressentais en 2018.

P.S. Le livre de Renaud Camus, de la collection Demeures de l’esprit, consacré à des maisons d’écrivains suédois, m’avait été recommandé par une amie libraire. Il a été lu après cette affaire. Il ne figurait donc pas dans la bibliographie du texte discuté à la RN. Le fait de mentionner ce robuste ouvrage sur de grands écrivains suédois, leur vie et leur environnement au départ de leur demeure, ne fait évidemment pas de moi un adepte de la théorie du « Grand remplacement »…