Les vieux habits du président Poutine

Poutine enfant
Vladimir Vladimirovitch Poutine enfant
(source Wikipedia)

« L’Ukraine, c’est la “Nouvelle Russie”, c’est-à-dire Kharkov, Lougansk, Donetsk, Kherson, Nikolaev, Odessa. Ces régions ne faisaient pas partie de l’Ukraine à l’époque des tsars, elles furent données à Kiev par le gouvernement soviétique dans les années 1920. Pourquoi l’ont-ils fait ? Dieu seul le sait. »

Vladimir Poutine, déclaration à la télévision russe, 17 avril 2014

Ще не вмерла України і слава, і воля 

Dans l’actualité haletante, tortueuse et mortifère qui nous parvient d’Ukraine depuis l’automne 2013, il est une expression qui monte en puissance dans la bouche du président russe et de son pouvoir : la « Nouvelle Russie » (Novorossiya). Une commande d’État a même été faite auprès d’historiens russes pour en écrire l’histoire officielle. Ce nom désigne un espace géographique aux contours variables, mais situé dans la partie méridionale et orientale de l’Ukraine, pays pourtant souverain avec des frontières reconnues, dont la Fédération de Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, s’était portée garante en 1994. C’est un peu comme si Paris, après avoir garanti l’inviolabilité du territoire belge, qualifiait la moitié du pays de « Nouvelle France », massait ses troupes à la frontière et disait à qui voulait l’entendre que la Belgique est un pays artificiel, intégré naguère à l’Empire sous Napoléon, dominé aujourd’hui par le mouvement fasciste flamand de Bart De Wever. De nombreux francophones de Mons et de Charleroi, ne captant que les médias parisiens, auraient pris les devants avec l’aide de soldats français dégriffés, en proclamant une « République du Hainaut oriental ». La comparaison s’arrête là. Bruxelles n’est pas supposée être « la Mère des villes franques » et le « Grand Prince des Francs » n’y reçut pas le baptême dans la Senne en 988.

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Ce dessin circule sur la Toile. Cette version est d‘Igor Zhuk de Kyiv

Rappelons que le 5 décembre 1994 à Budapest, dans le contexte de l’adhésion de l’Ukraine au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, la Russie, les États-Unis et la Grande-Bretagne signèrent différents protocoles qui garantissent l’intégrité du pays. Ils s’engageaient à “respecter l’indépendance, la souveraineté et les frontières existantes de l’Ukraine”. Le deuxième article stipulait : “La Fédération de Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis réaffirment leur obligation de s’abstenir de la menace ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance de l’Ukraine, et qu’aucune de leurs armes ne sera jamais utilisée contre l’Ukraine, sauf en cas de légitime défense ou en conformité avec la charte des Nations unies”. Le “rapatriement” dans la Fédération de Russie des ogives nucléaires stockées sur le sol ukrainien s’était donc effectué en échange d’une garantie de l’inviolabilité des frontières du nouvel Etat, né du démembrement de l’URSS.

Soulignons en outre que la République socialiste soviétique (RSS) d’Ukraine avait le droit de sécession, dans ses frontières actuelles (Crimée incluse), selon l’article 72 de la Constitution de 1977[1]. La RSS d’Ukraine fut un des membres fondateurs de l’Organisation des Nations unies en 1945. Elle avait un siège à l’Assemblée générale de l’ONU à l’instar de la RSFS de Russie et de la RSS de Biélorussie. Si ce droit de sécession n’était que “sur le papier”, c’est néanmoins sur base de cette Constitution que l’Ukraine gagna son indépendance en 1991. Invoquer son caractère purement formel n’est pas un motif pour la balayer, pas plus que ne le serait la ratification de la Convention internationale des droits de l’homme par certains Etats, sous prétexte qu’ils ne la respectent pas. Si, comme l’écrivait Simon Leys au sujet de la Constitution chinoise de 1954, “l’adoption d’une Constitution est un hommage que le totalitarisme rend périodiquement à la démocratie”, il ajoutait : “Il serait trop facile d’ironiser au sujet de ce document en faisant observer que pratiquement aucun de ses articles ne fut jamais respecté (…) il ne faut pas oublier que cette Constitution avait au moins un mérite (…) et c’était celui d’exister” (souligné par Leys). Dans le cas de l’URSS, la communauté internationale reconnut en effet les quinze Etats indépendants sur base des contours qui étaient ceux des Républiques “de l’Union”, définis dans Constitution de 1977.

Tout ceci n’empêche en tous cas pas le président russe d’affirmer  – avec bien d’autres, ici ou là-bas, maintenant ou naguère[2] – que l’Ukraine n’a pas de véritable existence, que les peuples ukrainiens et russes, après avoir été “frères”, sont en fait “un seul et même peuple”. Outre le Mémorandum de Budapest, la constitution soviétique est donc également balayée, même si le même homme fort du Kremlin affirmait, en 2005, que l’effondrement de l’Union Soviétique représentait pour lui “un désastre géopolitique majeur du siècle dernier”. A vrai dire, comme l’ont noté des observateurs attentifs[3], le discours de Vladimir Poutine n’a pas cessé de se durcir depuis quelques mois, et ses références historiques ne sont pas tant celles de l’URSS que celles du tsarisme impérial (voire du Troisième Reich, affirment ceux qui comparent la Crimée ou le Donbass aux Sudètes), dans le contexte du statut de “troisième Rome” qu’ambitionnait l’Empire des Romanov (dont la version contemporaine est le néo-eurasisme ou “quatrième théorie politique” défendue par Alexandre Douguine, idéologue et géopoliticien en vogue au Kremlin). C’est donc une très vieille histoire qui est en train de se rejouer, et quiconque connait un peu celle de la Russie a le sentiment du retour d’un mouvement pendulaire et familier.

Nouvelle Russie de Catherine II en 1800
(source Wikipédia)

C’est en effet dans le cadre de sa volonté d’expansion vers les “mers chaudes”, de sa lutte pluri-centenaire contre l’Empire ottoman et son vassal, le Khanat de Crimée, que l’Empire russe sous le règne de Catherine II s’empara du sud de l’Ukraine actuelle au XVIIIe siècle en lui donnant le nom de “Nouvelle Russie”. L’objectif ultime, déjà poursuivi par Pierre le Grand, était de ravir Istanbul aux Turcs et d’y restaurer la “religion grecque” de Constantinople (Tsarigrad pour les Slaves), ce qui explique le nom “grec” de nombreuses villes de ces territoires conquis (Odessa, Kherson, Simferopol, Sébastopol, Théodosia…). La Nouvelle Russie fut augmentée de la Bessarabie (d’où le nom de Tiraspol, aujourd’hui capitale de la Transnistrie) et de la région de Rostov ; ces territoires devinrent des colonies de peuplement où affluèrent diverses populations de l’Empire.

Il s’agissait donc d’un projet de conquête impériale, assortie d’une colonisation de continuité territoriale (Grenzkolonisation)[4], semblable à celle des Allemands vers les Pays baltes et l’espace slave à l’Ouest de l’Oural. Un vieux tropisme nous fait associer “colonie” et territoire d’outre mer, alors que la notion de colonisation n’implique pas nécessairement une césure maritime (mais bien politique et ethnique) entre la métropole et les territoires conquis, à des fins d’expansion et d’exploitation. Parmi d’autres – notamment la Conquête de l’Ouest par les Etats-Unis ou celle du Tibet et du Turkestan par la Chine – le “General Plan Ost” d’Alfred Rosenberg considérait potentiellement  les territoires situés au-delà de la frontière orientale du troisième Reich comme une colonie de peuplement (Siedlungskolonien), afin de remplacer les populations locale, perçues comme hostiles, par des populations germaniques. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait Staline – de manière moins planifiée et meurtrière que ne l’ambitionnaient Rosenberg et Hitler – en Ukraine orientale, dans la foulée de la russification de l’URSS après 1930. Les victimes ukrainiennes de la famine de 1932-1933 et de la seconde guerre mondiale (entre onze et quatorze millions de personnes) ont en effet été en partie remplacées par des populations russes, acroissant leur proportion dans les régions orientales de l’Ukraine[5].

Projet de Nouvelle Russie en 2016, comprenant deux morceaux de la Moldavie dont la Transnistrie. Le Donbass est en vert foncé – la Crimée, en blanc, est considérée comme déjà russe (Source Wikipédia)

Bien évidemment, si l’Ukraine orientale et méridionale redevient une « Nouvelle Russie », la partie occidentale et septentrionale demeure, comme chacun sait, “l’Ancienne Russie” dont le berceau millénaire serait la Rus’ de Kiev. L’affaire serait donc bouclée pour la fantomatique Ukraine[6], sauf la Transcarpatie située à l’ouest des Carpates, qui avait été annexée par la Hongrie en 1939. Les nationalistes hongrois, alliés géopolitiques et idéologiques de Vladimir Poutine, la réclament déjà. Ils veulent détricoter le Traité de Trianon (1920), consécutif à la chute des Empires centraux, alors que le Président russe lorgne vers celui des Romanov. Mais ses Vieux habits ne sont pas que géopolitiques, ils constituent également un tartan identitaire et idéologique d’une certaine texture, impregné notamment par la “quatrième théorie politique” d’Alexandre Douguine, qui se veut une alternative radicale à la modernité démocratique occidentale. La Revue nouvelle reviendra prochainement sur ce sujet.

Bernard De Backer, La Revue nouvelle,
éditorial de novembre-décembre 2014

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Carte d’Ukraine dessinée par des enfants ukrainiens en Turquie (leurs noms à gauche)

La partie-ci-dessous comporte des informations sur les trois premiers mois de l’invasion russe et de la guerre qui en résulta.

Guerre en Ukraine : le plan B de Vladimir Poutine, excellent podcast avec Sylvie Kauffmann du Monde, 28 avril 2022. Une synthèse remarquable, prônant par ailleurs une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne selon des modalités adaptées à sa situation. Appel du Groupe du 24 février de Bruxelles, publié le 19 avril dans La Libre Belgique. J’en suis co-signataire.

Guerre en Ukraine, en direct : la Russie veut prendre le « contrôle total du Donbass et du sud de l’Ukraine », selon un haut gradé de l’armée russe. « Au cours de la deuxième phase de son opération militaire en Ukraine, la Russie compte établir une continuité territoriale jusqu’à la Crimée, annexée en 2014, a déclaré vendredi un haut gradé de l’armée russe. Il précise que le contrôle du sud du pays donnera à la Russie un point d’accès à la Transnistrie, territoire séparatiste de l’est de la Moldavie. », Le Monde live Ukraine. C’est le scénario que j’avais envisagé en 2014 dans cet éditoral de la RN. La jonction avec la Transnistrie est évoquée dans Crimée : un pont d’Avignon pour la Russie ? (mars 2014)

Voici la version intégrale du texte de Timofeï Sergueïtsev, le « Mein Kampf » de Poutine, traduite du russe. « Quand une nation est sourde, muette et aveugle, Marioupol et Boutcha deviennent possibles », le politiste russe, Andreï Kolesnikov, interroge à juste titre la responsabilité du la société russe, Le Monde du 13 avril. L’Ukraine en passe de perdre Marioupol, détruite et affamée par le siège russe, Pierre Haski, France Inter, 12 avril 2022. La dénazification de l’Ukraine est en même temps sa décolonisation. », Timofeï Sergueïtsev, idéologue du régime, avril 2022. Il faut prendre au sérieux les parentés entre l’idéologie poutinienne et la décolonisation culturelle. Suite aux massacres de Boutcha près de Kyiv et de l’E40, de la dévastation de Trostianets entre Sumy et Kharkiv, cette impressionnante chanson et vidéo de Ihor Zavhorodnii – Gentle World. Dans un article du 4 avril du Monde, Benoît Vitkine écrit : « Dans ce climat, la publication d’une tribune par l’agence officielle RIA-Novosti, dimanche, a aussi été remarquée. L’écrivain Timofeï Sergueïtsev s’y interroge sur « ce que la Russie doit faire de l’Ukraine », et conclut en appelant non seulement à une « dénazification » de ce pays mais aussi à une « déukrainisation ». L’auteur préconise donc d’éliminer tous ceux qui auront pris les armes ou de priver l’Ukraine de son nom. » Ce qui constitue une intention de génocide culturel. Voir aussi « En Russie, le nouveau souffle des idéologues« . « Aiguillonnés par les discours extrêmes de nationalistes, des pans de la société russe voient dans l’« opération spéciale » en Ukraine un événement positif, une opportunité de renaissance nationale. » L’idéologie impériale grande-russe est cependant ancienne. A mettre en lien avec cette citation de l’écrivain russe Ivan Bounine : « Je n’imagine pas de pays plus beau que la Petite-Russie [l’Ukraine]. Ce qui me plait surtout, c’est de savoir qu’elle n’a plus d’histoire, son aventure historique est achevée depuis longtemps et pour toujours » La Vie d’Arséniev, 1939. Bounine a reçu le prix Nobel de littérature en 1933, année de la grande famine en Ukraine (Holodomor). Et il y a ceci : La « solution finale » de la « question ukrainienne » et ce que cela signifie pour le monde, dans Desk Russie. Le Monde du 6 avril signale que « L’étau russe se resserre dans le Donbass. Une course contre la montre s’est engagée entre les armées russe et ukrainienne pour se redéployer dans l’est du pays, dans ce qui sera probablement le principal théâtre d’affrontement entre les deux pays. » Un excellent article synthétique et d’histoire récente. Guerre en Ukraine : comment en est-on arrivé là ?, par Paul d’Anieri. Guerre en Ukraine : résister à la purification totalitaire, éditorial du Monde du 23 mars.

« Même si les Russes ne voulaient pas de cette guerre, ils attendent de leur président une victoire militaire convaincante », tribune du Monde par Tatiana Kastouéva-Jean. Extrait : « Enfin, l’anti-occidentalisme a progressivement dépassé le domaine sécuritaire et politique pour remplir la sphère culturelle et spirituelle. Les normes et valeurs de l’Occident sont désormais vigoureusement rejetées. En 2016, le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe a dénoncé les droits de l’homme comme une « hérésie globale ». En 2019, Vladimir Poutine déclarait la fin du libéralisme. En mars 2022, le même Patriarche expliquait qu’il y aurait dans la guerre en Ukraine une signification métaphysique : la Russie lutterait contre l’Occident non seulement pour sa propre survie, mais pour « le salut humain »Les sondages montrent que l’état de la démocratie, des droits de l’homme et de la liberté d’expression ne préoccupe qu’une minorité des Russes. » (nous souligons) Commentaire : cet anti-occidentalisme culturel et spirituel n’est pas nouveau et a des racines profondes.

Suivez l’évolution de la situation au jour la jour avec cette carte actualisée dans Le Monde. Les infos mises à jour du New York Times. Il faut d’inscire, mais c’est gratuit. Voir surtout The Guardian qui couvre remarquablement cette guerre. Et, bien entendu, Kyiv Independent qu’il faut soutenir. Informations et perspectives militaires jour après jour par l’historien militaire Michel Goya sur Le Grand Continent. Très instructif. On peut s’attendre à une boucherie dans le Donbass et des millions de nouveaux réfugiés en Ukraine ou à l’extérieur. L’Europe occidentale n’échappera sans doute pas à une guerre. Nous sommes déjà cobelligérants en fournissant des armes, mais cela suffira-t-il ?

31 mars 2022. Le retour de l’humour noir soviétique en Russie, Le Monde, 31 mars. « La décision prise récemment par le législateur russe d’interdire le mot « guerre » est ainsi tournée en dérision : « Afin de se mettre en conformité avec les exigences de Roskomnadzor [le gendarme russe des communications], le livre de Léon Tolstoï Guerre et Paix a été renommé Opération spéciale et haute trahison. »

30 mars 2022. La guerre en Ukraine tend les relations entre Varsovie et Budapest. « La Pologne condamne sans réserve l’invasion russe, tandis que la Hongrie se garde de critiquer directement la Russie. », Le Monde du jour. Extrait : « D’habitude alliés dans leurs virulentes attaques contre « Bruxelles »ils affichent au grand jour des divisions sur le président russe, Vladimir Poutine, à tel point que la position hongroise mine jusqu’à l’unité du groupe de Visegrad, qui regroupe depuis 1991 Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie. »

29 mars 2022. Guerre en Ukraine : des images authentifiées par « Le Monde » documentent l’usage d’armes incendiaires sur la ligne de front. « Dans la nuit du 22 mars, le recours à ce genre d’armes a été signalé à proximité de Kiev par différents observateurs. « Le Monde » a authentifié plusieurs images de ces armes, dont l’usage est interdit en zone civile. » En Ukraine, « les troupes russes font usage de moyens moyenâgeux ». Pour l’ONG Amnesty International, Moscou a recours à la même « stratégie délibérée » pour terroriser la population en Ukraine qu’en Syrie ou en Tchétchénie, Le Monde.

24 mars 2022. Guerre en Ukraine : de l’offensive ratée au carnage, un mois de guerre de l’armée russe, par Nathalie Guibert, Le Monde, 23 mars. De nombreux observateurs parlent d’enlisement.

23 mars 2022. « Nous n’avons pas pris conscience du risque qui s’installait en Russie »L’historienne et journaliste américaine Anne Applebaum ne croit pas que les sanctions suffiront à stopper Vladimir Poutine. Dans un entretien au « Monde », elle souligne que le combat des Ukrainiens est tout autant pour la défense de leur nation que pour la démocratie, Le Monde de ce jour. extrait : « Cette destruction de la société est préparée par un discours déshumanisant, ce qui, historiquement, est le prélude à des crimes de masse. Les dirigeants ukrainiens sont présentés par Poutine comme des nazis et des toxicomanes. Poutine affirme en outre vouloir faire disparaître l’Etat ukrainien et prétend qu’un génocide est en cours, autrement dit que l’Ukraine fait peser une menace existentielle. Une telle rhétorique a également été employée pour préparer la famine organisée par Staline en Ukraine en 1932-1933. Les Ukrainiens étaient décrits comme des êtres insignifiants, la paysannerie devait être éliminée, car elle était un obstacle au progrès. Staline, comme Poutine aujourd’hui, refusait de voir l’avènement d’une Ukraine souveraine. » On peut, bien entendu, y ajouter Lénine. Ce que fait Vassili Grossman dans Tout passe. Et cette vidéo à Odessa : Des couples de jeunes Ukrainiens se préparent à combattre ensemble, Le Monde. Qui sont les civils volontaires qui suppléent l’armée ukrainienne ?, interview de Coline Maestracci, doctorante au CEVIPOL (ULB), France Culture, 21 mars. Grenades et tirs des troupes russes sur les manifestants à Kherson. Impressionnant. L’inquiétant discours de Poutine sur la nécessaire « purification » de la Russie, dérive totalitaire en Russie, Pierre Haski, France Inter, 18 mars. Pendant ce temps-là, dans la Donbass « libéré des nazis », Le Dachau du Donetsk, En attendant Nadeau, 23 mars 2022.

22 mars 2022. Russian attack on Kharkiv kills Holocaust survivor, 96. Boris Romanchenko died after rocket hit building where he lived in Ukrainian city, The Guardian. A Loutsk, la hantise d’une attaque biélorusse, Le Monde, Thomas d’istrai. Guerre en Ukraine : à Kharkiv, « nous vivions notre vie normalement mais ils nous l’ont volée, en appelant ça la libération », Le Monde, Faustine vincent.

20 mars 2022. L’armée russe entre dans Marioupol détruite à 80 %. 300,000 people trapped in besieged Mariupol face living hell, The Kyiv Independent. Guerre en Ukraine : face à Poutine, un déni européen, Le Monde, 18 mars 2022. Témoignage d’un journaliste détenu par l’armée russe : « J’ai perdu beaucoup de poids. Très sale. Fatigué. Le 12 mars, à 17 heures, j’ai été arrêté à la gare routière de Kakhovka. Ils m’ont battu. Ils m’ont humilié. Ils m’ont menacé. Ils ont dit qu’ils allaient me tuer. Presque huit jours. Cent quatre-vingt-sept heures de captivité. Pratiquement pas de nourriture. Quelques jours presque sans eau. Pas de savon, pas de vêtements de rechange. Ne pas comprendre où je suis. Mais ils savaient clairement pourquoi [ils faisaient ça]. Ils voulaient me casser, me piétiner. Montrez ce qui arrivera à chaque journaliste : vous serez écrasés. Vous serez tués. Pendant près de huit jours, je suis resté assis, la tête basse ou couverte. Ils avaient peur que je voie leur visage. Mais je n’ai pas peur de montrer le mien, petite sœur. », Le Monde, 20 mars.

19 mars 2022. Guerre en Ukraine : « La guerre est en train de diviser Ukrainiens et Russes pour toujours » Dans un entretien au « Monde », le chercheur ukrainien Volodymyr Kulyk explique pourquoi la résistance dans des zones russophones comme Kherson, dans le sud du pays, était inimaginable pour Moscou. Et décrit « la montée d’une haine profonde envers le peuple russe, jugé complice du régime ».

18 mars 2022. Dans les villes ukrainiennes occupées, Moscou tente de légitimer sa présence par la force. Faustine Vincent, Le Monde. « Disparitions de personnalités, violences envers la population… Dans la région de Kherson, la Russie, qui se heurte à une résistance farouche, accentue la répression pour imposer son pouvoir (…) Depuis quelques jours, les disparitions se multiplient mystérieusement. Elus locaux, journalistes, activistes et prêtres sont enlevés à tour de rôle dans les villes ukrainiennes tombées aux mains des Russes. Certains refont parfois surface, mais pour la plupart le silence s’éternise, faisant craindre le pire. Qu’est devenue la coordinatrice des manifestations à Melitopol, Olga Gaisumova, kidnappée le 12 mars ? Où est passé le journaliste Oleh Baturin, disparu le même jour à Kakhovka ? Quel sort est réservé au maire de Dniproroudne, Yevgeniy Matveyev, enlevé le lendemain ? L’élu fait partie des trois maires kidnappés en moins d’une semaine dans ces régions du sud de l’Ukraine. Les deux autres, à Skadovsk et Melitopol, ont été relâchés depuis, mais la liste des disparus ne cesse de s’allonger dans les territoires occupés par les forces russes, en particulier dans la région de Kherson. »

17 mars 2022. « Poutine, l’agresseur de l’Ukraine, n’est pas le produit de l’extension de l’OTAN ou des humiliations de l’Occident », Alain Frachon, Le Monde : « Sur le site du New Yorker toujours (le 3 mars), Stephen Kotkin, éminent spécialiste américain de la Russie, situe Poutine dans une continuité russe ininterrompue. L’agresseur de l’Ukraine « n’est pas le produit de l’extension de l’OTAN » ou des humiliations que l’Occident aurait infligées à la Russie, dit Kotkin. Cette guerre relève d’une « permanence historique russe » – cette insatiable et mystérieuse « volonté d’expansion » d’un pays qui est pourtant le plus vaste Etat de la planète et potentiellement l’un des plus riches ». Un témoignage sur Marioupol dans The Kyiv Independent. Un théâtre servant d’abri y a été bombardé.

16 mars 2022. « Un autre exode a commencé : celui de la classe créative de Russie. Les forces vives du pays s’en vont, poussées à l’exil par la guerre de Poutine », par Sylvie Kauffmann dans Le Monde. Extrait : « Ceux qui partent depuis trois semaines, relève Tatiana Kastoueva-Jean, spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales (IFRI), représentent « la classe créative » de la société russe. Ceux qui ont compris qu’ils ne peuvent plus travailler dans les conditions actuelles – artistes et journalistes –, ceux qui craignent d’être enfermés derrière « un nouveau rideau de fer » et ceux qui redoutent le spectre des purges staliniennes. Peu d’entre eux gagnent l’Union européenne (UE) : les vols sont suspendus, les visas sont rares, le vaccin Spoutnik n’y est pas reconnu. Les mieux organisés ont quand même pu rejoindre la Finlande ou l’Estonie par le train. Les autres partent pour la Turquie, le Montenegro et les ex-républiques soviétiques : Bakou, Tbilissi, Erevan, voire l’Asie centrale. La Géorgie dit avoir vu arriver 25 000 de ces « réfugiés » russes ; ils seraient 80 000 en Arménie. L’économiste Konstantin Sorin, de l’université de Chicago, estime à 200 000 le nombre de ceux qui ont déjà quitté la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. »

15 mars 2022. Taïwan craint d’être l’Ukraine de la Chine, Frédéric Lemaître, Le Monde. Encerclement de Kyiv (avec carte), The Kyiv Independent. Envisager le scénario du pire : une Ukraine transformée en Syrie, et une Russie en Corée du Nord, Piotr Smolar, Le Monde. Discours de Jean-Yves Le Drian au colloque organisé par Mémorial France, 10 mars (il y rappelle que l’Ukraine était au coeur des « Terres de sang« ). Mémorial a été dissoute en appel le 28 février 2022. « Seule une défaite militaire en Ukraine peut arrêter Poutine« , Alexandre Skobov, historien, ancien prisonnier politique soviétique, Desk Russie, ce jour. Les chars russes s’approchent par le Nord-Est de Kyiv, l’armée de Poutine commet des crimes de guerre, notamment à Marioupol, Lavrov ment comme un arracheur de dents. Cela ressemble de plus en plus à une « guerre totale », avec des mercenaires syriens et autres Wagner. Je place d’autres informations et liens après cet article prémonitoire de 2014, dont le contenu est accessible en cliquant sur « Lire la suite ». A l’heure où Kyiv est dans la ligne de mire de l’armée russe et à moins d’une extraordinaire résistance des Ukrainiens armés par les démocraties, ce qui est visiblement le cas, l’issue ne semble pas favorable. Il faut cependant aussi tenir compte de l’affaiblissement du moral et de la logistique de l’armée russe. Il n’y aura pas d’intervention militaire de l’Otan afin d’éviter une troisième guerre mondiale, mais en n’évitant pas le déshonneur. Comme disait Churchill après Munich, « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ». Poutine ne s’arrêtera sans doute pas à l’Ukraine, et ce conflit s’inscrit dans le contexte du déclin des démocraties occidentales. Quand à l’Ukraine, elle risque d’être vassalisée ou absorbée par la Russie dans son lebensraum, à moins qu’elle ne soit néantisée par des armes nucléaires « tactiques ». Je ne crois pas à un coup d’Etat interne au Kremlin, car il ne s’agit pas d’un Empire guidée par un « paranoïaque », mais bien d’une sorte de pulsion messianique, hétéronome et antidémocratique de la « Grande Russie », à laquelle adhère un large cercle contrôlant les médias et le récit historique. Pour la profondeur de l’histoire, voir notamment ce texte sur l’Eurasisme et ses antécédents. Poutine face à Kyiv, c’est un peu Ivan IV « le terrible » face à la République de Novgorod.

12 mars 2022. Comment l’OTAN s’est élargie en Europe de l’Est, Le Monde de ce jour. « Loin d’être une provocation, comme Vladimir Poutine l’affirme pour justifier sa guerre en Ukraine, l’élargissement de l’OTAN vers l’Est n’a pas été décidé sans prendre en compte les intérêts de la Russie. » Voilà de quoi couper court, ou pour le moins informer, le sempiternel argument des « idiots utiles de Poutine ».

10 mars 2022. Bombardement d’un hôpital pédiatrique à Marioupol. Poutine, comme prévu, commence à employer les mêmes méthodes qu’en Syrie contre « le peuple frère ». Kharkiv, également, semble être punie de ne pas avoir accueilli les libérateurs comme attendu.

9 mars 2022. Deux villes martyres : Marioupol et Kharkiv. J’avais comparé la guerre en Ukraine à la guerre d’Espagne. « Comment des volontaires internationaux font route vers l’Ukraine pour participer à la résistance contre Moscou. Dimanche 6 mars, le ministre des affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, a affirmé que plus de 20 000 personnes originaires de 52 pays s’étaient déjà manifestées à cette fin auprès des autorités ukrainiennes », dans Le Monde du jour. Plus de donnés en provenance de la centrale de Tchernobyl, sous contrôle russe.

8 mars 2022. L’invasion russe semble marquer le pas et les lignes de front bougent peu, sauf dans le sud. Un général russe, Vitaly Gerasimov, a été tué à l’extérieur de Kharkiv (c’est le second qui aurait été tuée d’après le ministère de la défense ukrainien, mort qui serait confrmée par des sources russes interceptée) et neuf personnes sont mortes lors d’un bombardement à Soumy. Wikipédia menacé d’interdiction en Russie : Dans un tweet, Wikipédia a publié une photo d’une notification du régulateur russe des communications, Roskomnadzor. Celui-ci l’informe le site d’une menace des procureurs de l’État de bloquer le site en raison d’un article en langue russe intitulé “invasion russe de l’Ukraine (2022)”. Roskomnadzor a publié sa demande sur le canal Telegram de Wikipédia Russie.

6 mars 2022. The Guardian. Vladimir Poutine menace de priver l’Ukraine de son « statut d’Etat », Le Monde de ce jour. 5 mars 2022. Guerre en Ukraine : A Marioupol, « c’est un enfer, c’est Alep. Je voudrais que tout le monde l’entende en Europe », Le Monde, 5 mars (voir la carte). Dans The Guardian, qui couvre remarquablement l’invasion russe et la guerre qui en est la conséquence. Sofi Oksanen : « Pour la Russie, l’idéal serait de finlandiser toute l’Europe, et pas seulement l’Ukraine ». Un texte de l’écrivaine finno-estonienne qui montre bien les conséquences de la finlandisation, notamment au niveau culturel (comme l’opposition à la traduction de l’Archipel du Goulag). Nous avions parlé de cela en 2016 dans Vladimir l’Européen, sur base notamment d’Oksanen.

4 mars 2022. Un texte russe édifiant de l’agence Novosti destiné à être publié après la victoire sur l’Ukraine, accidentellement mis en ligne le 26 février 2022, traduit par la Fondation française Fondapol : « La Russie n’a pas seulement défié l’Occident, elle a montré que l’ère de la domination occidentale mondiale peut être considérée comme complètement et définitivement révolue ». Un texte qui doit être lu. Nous revoici à Huntington. Dans le même sens : « Poutine pense en termes civilisationnels. Il croit à une décrépitude inéluctable de l’Occident, sur le plan de l’influence et des valeurs. », Piotr Smolar Le Monde. Depuis le temps qu’on le dit dans La Revue nouvelle et, ensuite, sur Routes et déroutes.

3 mars 2022. Guerre en Ukraine : « Est-ce si difficile de dire les choses comme elles sont ? Un dictateur, en mal de reconstitution d’un empire perdu, agresse un pays indépendant », un texte remarquable par Alain Frachon dans Le Monde. 2 mars 2022. Je l’avais pensé dès le début : la guerre en Ukraine sera notre Guerre d’Espagne. Zelensky a lancé en appel dans ce sens, des volontaires s’engagent en Suède, au Danemark

1er mars 2022. L’armée russe s’attaque aux civils à Kharkiv, reportage dans The Guardian. La jonction entre le Donbass et la Crimée est en train de se faire (voir la carte du Guardian). Pour suivre l’actualité sur un media ukrainien : The Kyiv independent. Avis du Monde de ce jour : « Tout à fait, le Kyiv Independent, journal anglophone opérant depuis Kiev, est une source d’information fiable. Il a été fondé par d’anciens du Kyiv Post, journal anglophone dont la parution avait été brutalement suspendue en novembre dernier, après vingt-six ans d’existence, en raison d’un conflit entre le propriétaire et les journalistes. Pour dire les choses simplement : le propriétaire de l’hebdomadaire depuis trois ans, l’homme d’affaires Adnan Kivan, goûtait assez peu l’indépendance de sa rédaction. » Voir aussi Novaya Gazeta (Новая газета) en Russie.

26 février 2022. « Le viol de l’Ukraine », par Bruno Tertrais, Le Grand Continent, 22 février 2022. « Que ça te plaise ou non, ma belle, il va falloir t’y résoudre ». Nous, Européens, devront « assumer le coût des sanctions contre la Russie », comme l’écrit Le Monde dans son éditorial de ce jour. Extrait : « Alors que l’armée, les dirigeants et les civils ukrainiens opposent une résistance héroïque à l’envahisseur russe, le moment est venu pour les dirigeants politiques européens d’affronter clairement le prix de la solidarité et d’y préparer les opinions publiques. Reculer devant le coût des sanctions aujourd’hui, c’est s’exposer à devoir payer un prix infiniment plus lourd si Vladimir Poutine atteint son objectif en Ukraine.» « L’Ukraine cherche à s’émanciper d’une tutelle de plusieurs siècles », par Alexandra Goujon, Le Monde du 27 février 2022. « Pour une Ukraine libre ! », Revue Esprit, 26 février (une texte qui prend bien la mesure de l’enjeu). Live du Monde et du Guardian.

24 février 2022. Cette fois, ça y est, l’invasion russe est lancée en de multiples points : Marioupol, Odessa, Karkhiv, Soumy, Kyiv, frontière polonaise, cyberattaques des ministères, neutralisations des aéroports, entrée des troupes russes dans le Donbas. Et, une fois de plus, les politiques et les « experts », à quelques exceptions près, n’y ont pas cru, tout comme en 2014. La palme revient sans doute à Pascale Boniface qui, dans « C’est dans l’air » d’il y a quelques jours, jugeait une invasion de l’Ukraine très peu probable. N’oublions pas que, au-delà de l’Ukraine, c’est l’Europe qui est dans le viseur de Vladimir Vladimirovitch Poutine, comme nous l’avions écrit dans « Vladimir l’Européen ».

Ce 23 février 2022 dans « Géopolitique » sur France Inter : « Poutine ou la dangereuse négation de l’identité ukrainienne » par Pierre Haski. « C’est un assaut permanent qu’a engagé Vladimir Poutine depuis des années contre l’Ukraine », un pays « qui n’existe pas » écrit Isabelle Madraud dans Le Monde. Editorial du « Monde » de ce jour : Crise en Ukraine : sanctionner vigoureusement le pouvoir russe. Le texte sur le discours de Vladimir Vladimirovitch Poutine est musclé. « Cinquante-cinq minutes de cynisme et de réécriture familière de l’histoire, une litanie de griefs, de fantasmes et d’accusations mensongères à l’égard de Kiev et de l’Occident, formulés avec une violence à peine contenue, ponctués de soupirs rageurs. »


[1] Статья 72. За каждой союзной республикой сохраняется право свободного выхода из СССР (“Article 72. Chaque république de l’Union a le droit de quitter librement l’URSS”).

[2] Comme le Russe Ivan Bounine, prix Nobel de littérature en 1933, dans La vie d’Arséniev : “Je n’imagine pas de pays plus beau que la Petite-Russie [l’Ukraine]. Ce qui me plait surtout, c’est de savoir qu’elle n’a plus d’histoire, son aventure historique est achevée depuis longtemps et pour toujours”. Cette citation ouvre de manière significative le premier livre en langue néerlandaise consacré à l’histoire de l’Ukraine (vingt-trois ans après l’indépendance), Grensland, de l’historien Marc Jansen, chez Van Oorschot, 2014. Comme l’écrit Giuseppe Perri dans “Euromaïdan, quel prix pour l’indépendance de l’Ukraine ? ” (Revue nouvelle, septembre 2014), il “persiste une difficulté majeure à reconnaître à l’Ukraine une place sur la carte mentale de l’Europe”.

[3] M. Tual et D. Papin, « Comment le discours de Poutine sur l’Ukraine s’est radicalisé », Le Monde, 3/9/2014.

[4] Les historiens allemands distinguent notamment la Überseekolonisation (colonisation d’outre-mer) de la Grenzkolonisation (colonisation de frontière). Voir à ce sujet Jürgen Osterhammel : Kolonialismus. Geschichte, Formen, Folgen, C. H. Beck, München 1995 (et également sa typologie dans Colonialism: A Theoretical Overview, Princeton 2005). Les colonies européennes d’outre mer sont une « Nouvelle-Europe ». Il suffit de penser aux « Nouvelle-France », « Nouvelle-Espagne », « Nouvelle-Angleterre »…

[5] Voir notamment Timothy Snyder, Terres de sang, Gallimard 2012, et Nicolas Werth, La grande famine en Ukraine 1932-1933. Le plus grand crime de masse du stalinisme, De vive voix, 2010. Pour la période après la guerre et la question coloniale, voir l’article cité plus haut de Giuseppe Perri, Revue nouvelle, septembre 2014.

[6] Ce projet était précisément celui de Catherine II, comme le décrit Michel Heller dans sa volumineuse Histoire de la Russie et de son Empire (Flammarion, 1999) en évoquant les deux grandes questions en suspens dans le domaine de la politique étrangère russe au début du règne de l’impératrice : “L’une concerne la nécessité de prolonger la frontière de la Russie jusqu’à la mer noire, l’autre le rattachement de la Rus’ occidentale”.

Complément du 8 février 2022. Macron à Moscou face à un Poutine inflexible, de Pierre Haski sur France-Inter le 8 février. Haski dit que « Poutine emploie la machine à remonter le temps« , mais seulement jusqu’en 1997. Nous pensons évidemment qu’il remonte beaucoup plus loin, et Vladimir Vladimirovitch Poutine aussi…

Complément du 21 janvier 2022. Mon ami Igor Zhuk chante Bella Ciao en ukrainien, en prévision de la résistance à venir… Sa chaîne You Tube m’emplit de nostalgie et de drôlerie. C’est lui qui m’a accuelli à Kyiv en 1991.

Complément du 15 janvier 2022. Lire à ce sujet la remarquable lettre du Grand Continent de ce jour, consacrée à « L’État long de Poutine« . Extrait : « Plus de vingt ans après (ndlr : Primakov en 1998), Vladislav Sourkov, l’un des principaux propagandistes du Président russe qui est notamment chargé du dossier ukrainien, exposait sa vision de l’État poutinien. Traduit et commenté par Galia Ackerman, ce texte plaide pour le renforcement de « l’État long » de Vladimir Poutine. Contrairement aux démocraties européennes affaiblies, Poutine s’inscrirait dans la lignée des grands bâtisseurs de l’État russe : Ivan III, Pierre le Grand et Lénine. Tous auraient eu une « volonté de long terme », favorisant l’ascension du monde russe et sa domination impériale sur un vaste espace eurasiatique. Dans le sillage de Primakov, l’une des forces de cet État long serait de prendre ses adversaires au jeu de leurs contradictions pour accélérer le délitement de la domination américaine. D’Ivan III à Poutine en passant par Lénine, la chaîne des temps russes, brisée en 1989, aurait donc été réparée. » (nous soulignons). La traduction de Galia Ackerman est accessible sur le site de Grand Continent.

Complément du 11 janvier 2022. Article de Vladimir Poutine sur « L’unité historique des Russes et des Ukrainiens », publié sur le site du Kremlin en juillet 2021. Voir également Le Tsar, c’est moi de Claudio Ingerflom sur ce site. Enfin, n’oublions pas que le « poutinisme » n’est pas qu’une volonté de puissance impériale et militaire, mais également une idéologie dont nous avons retracé la genèse.

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