
Publicité anglaise de 1897 pour une marque d’embrocation
(source Wikipédia)
La scène aurait paru surprenante en ville il y a quelques années : je dépasse en pédalant deux jeunes femmes, roulant côte à côte à bicyclette avec chacune un duo de fillettes sur les sièges arrière. Les enfants casquées échangent vivement entre elles, mais aussi d’un vélo à l’autre. Elles agitent les mains. On imagine le dialogue, qui est en allemand : « Meine Mama fährt schneller als deine », « Das ist nicht mal wahr ! ». Le vélo est à assistance électrique, de cette marque qui s’est spécialisée dans les engins pouvant transporter plusieurs enfants, ou des marchandises dans un coffre à l’avant. Ce sont des vélos-cargos qui se déclinent en d’innombrables versions. Une des enseignes qui les vendent à Ixelles est gigantesque, luxueuse, et cela depuis peu. À l’origine, c’étaient des jeunes qui y avaient ouvert une boutique avant le Covid. J’y avais acheté ma seconde bécane, un pliable robuste pour la ville, venant compléter mon Fahrrad de voyage. Ma voiture avait été liquidée quelques années plus tôt. Sa carcasse usée m’avait rapporté nonante euros, un abonnement à la Stib (société de transport public bruxellois) et à une entreprise de voitures partagées. L’actuel grand magasin de vélos, ironie du sort, appartient à un concessionnaire automobile. Le vent, aussi, tourne.
« Depuis toute la vie et pour toute la vie, je pédale. Sur les routes et déroutes qui vont de l’enfance à l’âge que l’on croit adulte, avec un petit vélo dans la tête qui n’en finit pas de me faire tourner en rond sur ma terre toute ronde, comme si la vocation première de la bicyclette était d’arrondir les angles du monde. »
Eric Fottorino, Petit éloge de la bicyclette
(cité par David Le Breton dans En roue libre)
Aux cyclistes méconnus, notamment Annie Cohen Kopchovsky, Hélène Dutrieux, Alexandre Soljenitsyne et Emil Cioran
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