Alexandre Douguine en 2018 à Téhéran
(source Wikipedia)
Aujourd’hui M. Pascal consacre à Lénine le culte qu’il vouait naguère au petit père le Tsar. Il était de bonne foi avant 1917 comme il est maintenant sincère. C’est devant le maitre absolu de la Russie, c’est devant le principe d’autorité qu’il a fait hier et qu’il fait aujourd’hui la révérence. Il brule d’un amour mystique pour la Sainte Russie, il la vénère, et même quand elle massacre l’ancien autocrate, il voit en elle l’agent d’exécution des plans de l’Éternel. »
Ludovic Naudeau, En prison sous la terreur russe, 1920.
Cité par Sophie Cœuré (2014).
Depuis la fin de l’Union soviétique et la chute des régimes communistes vassaux, les tensions entre le monde euro-atlantique et la Fédération de Russie furent longtemps et communément perçues ou interprétées à travers le prisme des luttes géostratégiques, des intérêts économiques divergents et des enjeux de pouvoir. L’idéologie alternative du communisme s’étant évaporée, il semblait que la Russie s’était grosso modo convertie à la « démocratie-économie-de-marché », même si cette conversion se faisait à son rythme et selon ses modalités propres. Nous étions encore dans le récit populaire ou savant de la « fin de l’Histoire » (Hegel, Kojève, Fukuyama…), de l’extension irrésistible d’un modèle supposé universel, né en Europe occidentale, version libérale du défunt millénium marxiste. C’est cependant à La Revanche de l’histoire (titre d’un ouvrage du néo-eurasiste Alexandre Panarin) que l’on semble avoir progressivement assisté.
Complément du 6 mars 2026. La vue-du-monde eurasiste, socle profond de la grande stratégie russe, par Jean-Sylvestre Mongrenier, Desk Russie, 1er mars 2026. Extrait : « Longtemps, on aura voulu se persuader que le maître du Kremlin et les siens étaient assimilables à un gang mafieux, avec le lucre pour seul moteur : leur volonté de puissance serait soluble dans l’affairisme et l’enrichissement personnel. D’une certaine manière, Steve Witkoff et Jared Kushner, tout à leur marchandage avec Kirill Dmitriev, illustrent cette illusion. Par-delà la dimension kleptocratique du régime, les ambitions du Kremlin sont plus larges : le grand motif de Vladimir Poutine et de ses siloviki est la domination géopolitique de l’espace autrefois soviétique, non pas dans une perspective néo-communiste mais dans celle d’une « Russie-Eurasie », à la pointe de l’opposition contre l’Occident. Ce programme géopolitique est sous-tendu par l’eurasisme, aux racines profondes et toujours vivantes. » Ce texte de Sylvestre Mongrenier rejoint, près de 11 ans plus tard, ce que j’ai écrit ci-dessous et publié dans La Revue nouvelle en mai 2015.
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